<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://nedjma.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nedjma Institute</title>
	<link>https://nedjma.org/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://nedjma.org/spip.php?id_rubrique=23&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nedjma Institute</title>
		<url>https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L144xH30/logonedjmawebsite2-d342a.png?1776885745</url>
		<link>https://nedjma.org/</link>
		<height>30</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Interview de Mouloud Mammeri &#224; propos d'Ibn Khaldoun </title>
		<link>https://nedjma.org/Interview-de-Mouloud-Mammeri-a-propos-d-Ibn-Khaldoun</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/Interview-de-Mouloud-Mammeri-a-propos-d-Ibn-Khaldoun</guid>
		<dc:date>2025-12-09T10:33:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Propos recueillis par le journal Le Peuple. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette interview est r&#233;alis&#233;e apr&#232;s la conf&#233;rence de Mouloud Mammeri tenue &#224; la salle des actes de l'universit&#233; d'Alger, le samedi 27 avril 1963 ct intitul&#233;e : &#034;la solitude d'Ibn Khaldoun&#8221; : voir &#034;Si Ibn Khaldoun revenait parmi nous&#8221;, in : R&#233;volution africaine, n'14, Alger, 4 mai 1963, p. 22-23, aussi in : Culture savante - Culture v&#233;cue (&#233;tudes 1938-1989), Alger : Tala, 1991, p. 35-42. &lt;br class='autobr' /&gt;
[Note de Boussad Berrichi] &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Peuple : Monsieur Mammeri, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH100/planche_mouloud_mammeri_3-09ea8.png?1777349341' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par le journal Le Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interview est r&#233;alis&#233;e apr&#232;s la conf&#233;rence de Mouloud Mammeri tenue &#224; la salle des actes de l'universit&#233; d'Alger, le samedi 27 avril 1963 ct intitul&#233;e : &#034;la solitude d'Ibn Khaldoun&#8221; : voir &#034;Si Ibn Khaldoun revenait parmi nous&#8221;, in : R&#233;volution africaine, n'14, Alger, 4 mai 1963, p. 22-23, aussi in : Culture savante - Culture v&#233;cue (&#233;tudes 1938-1989), Alger : Tala, 1991, p. 35-42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note de Boussad Berrichi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Monsieur Mammeri, avant d'aborder le sujet pour lequel nous sommes l&#224;, pourriez-vous nous dire quelles ont &#233;t&#233; vos activit&#233;s ant&#233;rieures, et quels sont les projets que vous comptez r&#233;aliser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouloud MAMMERI : Eh bien, je vous parlerai tout d'abord de mon activit&#233; pr&#233;sente. Je suis en premier lieu professeur de sociologie &#224; la facult&#233; d'Alger, et j'enseigne d'autre part les lettres. Pour terminer, je vous dirai que je suis membre de la Soci&#233;t&#233; africaine de Philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Pouvez-vous nous faire le point de votre activit&#233; litt&#233;raire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. : J'ai fait para&#238;tre deux romans aux &#233;ditions Plon : La Colline oubli&#233;e et Le Sommeil du Juste . J'ai &#233;galement &#233;crit une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre : La preuve par neuf et je suis en train de pr&#233;parer actuellement un roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Monsieur Mammeri, revenons &#224; notre sujet et je d&#233;buterai en vous demandant de nous mettre en &#233;vidence la personnalit&#233; d'Ibn Khaldoun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. : Ibn Khaldoun est &#224; mon sens un g&#233;nie exceptionnel de l'histoire universelle en g&#233;n&#233;ral et de l'histoire de l'islam en particulier. La valeur intrins&#232;que d'Ibn Khaldoun d&#233;passe le cadre historique. Il naquit en 1332 et mourut en 1406 ; durant toute sa vie, il marqua une attirance certaine pour toutes les activit&#233;s de l'esprit. Il fut philosophe, moraliste, g&#233;ographe, &#233;conomiste, po&#232;te et bien entendu historien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Dans quel milieu a v&#233;cu Ibn Khaldoun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. : Ibn Khaldoun a v&#233;cu dans une famille de hauts fonctionnaires au service des dynasties maghr&#233;bines. Lui-m&#234;me &#224; d'ailleurs mis son savoir et son exp&#233;rience au service du Maroc, de la Tunisie et de l'Alg&#233;rie. Il fut un grand serviteur du Maghreb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : &#192; votre avis, que repr&#233;sente l'&#339;uvre et la personnalit&#233; d'Ibn Khaldoun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. : Comme je vous l'ai dit pr&#233;c&#233;demment, Ibn Khaldoun est un . &#234;tre extraordinaire, tant par son &#339;uvre que par sa personnalit&#233;. Il &#233;tait par excellence le g&#233;nie &#034;multiple&#034;. Il a mis en &#233;vidence des donn&#233;es historiques, qui rel&#232;vent du g&#233;nie compte tenu du si&#232;cle dans lequel il vivait (XIV&#176;). Ibn Khaldoun &#224; &#233;t&#233; en quelque sorte un visionnaire, il a pr&#233;vu notre soci&#233;t&#233; actuelle et ce, Il y a cinq si&#232;cles. Il sut se maintenir et garder toute sa dignit&#233; dans un si&#232;cle de d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Monsieur Mammeri, pourriez-vous nous pr&#233;ciser ce qui fait essentiellement la valeur d'Ibn Khaldoun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. : C'est sa conscience nette, claire et pr&#233;cise des &#233;v&#233;nements qui lui &#233;taient contemporains et puis son courage, je dirais m&#234;me sa volont&#233; de manifester une ind&#233;pendance d'es pat Ibn Khaldoun a longtemps &#233;t&#233; ignor&#233; des historiens orientaux, ce sont les orientalistes qui ont mis en &#233;vidence son authentique valeur. Malgr&#233; les pressions qu'il subissait de la part des historiens accr&#233;dit&#233;s aupr&#232;s du souverain qui voyaient le d&#233;roulement des faits historiques comme cons&#233;quence logique du bon vouloir du prince &lt;br class='autobr' /&gt;
Ibn Khaldoun n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; affirmer qu' &#8216;un individu ne pouvait &#224; lui seul d&#233;terminer le cours de l'histoire, mas que, ce sont les conditions mat&#233;rielles aid&#233;es de la volont&#233; du peuple qui font force de loi en mati&#232;re de d&#233;terminisme historique&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple . Pourquoi avoir choisi pour th&#232;me de votre conf&#233;rence *La solitude d'Ibn Khaldoun&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. Eh bien tout simplement parce que la solitude est chez Ibn Khaldoun une des caract&#233;ristiques premi&#232;res. Le si&#232;cle dans lequel il a v&#233;cu &#233;tait celui du d&#233;clin de l'islam, ce si&#232;cle &#233;tait caract&#233;ris&#233; par la pr&#233;ciosit&#233; et la scl&#233;rose de toute activit&#233; f&#233;conde de l'esprit. Ibn Khaldoun ne pouvait admettre cela, et il n'est pas &#233;tonnant que son &#339;uvre ait &#233;t&#233; longtemps ignor&#233;e et qu'il ait &#233;t&#233; lui-m&#234;me contraint la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple . Ibn Khaldoun &#233;tait un croyant ne croyez-vous pas qu'ainsi il ne pouvait pas avoir une vue objective des faits historiques et de l'histoire et g&#233;n&#233;ral ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Mammeri r&#233;fl&#233;chit ne court instant puis &#224; affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M M. : Certes oui, Ibn Khaldoun &#233;tait un croyant, mais cela ne l'emp&#234;chait en aucune mani&#232;re d'avoir une vue objective des d&#233;roulements historiques. Comme je l'ai dit dans ma conf&#233;rence, Ibn Khaldoun n'admettait pas le r&#244;le effectif de la Providence au sein de l'histoire. Pour lui, l'histoire &#233;tait avant toute chose une cons&#233;quence de la volont&#233; du groupement humain. Il n'y voyait pas &#224; une marque quelconque de la divinit&#233;. Ibn Khaldoun &#233;tait un rationaliste, il constatait l'histoire au travers de la raison, mais lorsqu'il s'agissait de la religion il substituait la foi &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Quelle est donc la m&#233;thode d'Ibn Khaldoun pour mieux comprendre le d&#233;roulement de l'histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M. : La m&#233;thode d'Ibn Khaldoun est avant tout un moyen rationnel d'introspection au sein de l'histoire. Ibn Khaldoun pr&#233;conise l'abstraction compl&#232;te des pr&#233;jug&#233;s avant de tenter une &#233;ventuelle compr&#233;hension des faits historiques. Seule la raison doit guider notre recherche, et non les pr&#233;jug&#233;s religieux ou issus d'une vision d&#233;pass&#233;e de l'&#233;vidence historique ; ce n'est qu'en se d&#233;barrassant de tous ces facteurs n&#233;fastes &#224; une compr&#233;hension rationnelle des faits historiques qu'Ibn Khaldoun nous propose sa m&#233;thode d'investigation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Quels sont les historiens ou penseurs qui peuvent &#234;tre compar&#233;s dans une certaine mesure &#224; Ibn Khaldoun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M : Eh bien nous distinguerons en premier lieu Le grand historien Vico en Italie, et l'illustre Montesquieu en France et ce, parce que tous les deux ont tent&#233; un essai de compr&#233;hension sur l'&#233;volution sociale &#224; l'aide de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Quels &#233;taient les lieux de pr&#233;dilection o&#249; Ibn Khaldoun &#233;crivit ses &#339;uvres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M : Comme je vous l'ai dit pr&#233;c&#233;demment Ibn Khaldoun &#233;tait Maghre&#233;bin, et il &#233;tait profond&#233;ment attir&#233; par Bougie, Tlemcen, et surtout Taourzout o&#249; il &#233;crivit la quasi-totalit&#233; de ses &#339;uvres &#192; ce sujet, je me permets de vous citer une anecdote du passage d'Ibn Khaldoun au Caire. Ibn Khaldoun portait, m&#234;me &#224; l'&#233;tranger, l'habit maghr&#233;bin, et le grand Tamerlan le voyant ainsi s'enquit aupr&#232;s des Egyptiens : &#8221; Mais quel est donc cet &#233;tranger parmi vous ? Et le chroniqueur affirme d'autre part que : &#034;Son burnous noir &#233;tait aussi fin que son esprit.&#8221; cet entretien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Monsieur Mammeri, que pouvez-vous nous dire pour clore cet entretien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. M : Eh bien je souhaite ardemment que bon nombre d'Alg&#233;riens consid&#232;rent Ibn Khaldoun comme une des figures les plus frappantes de la valeur morale et intellectuelle universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple : Sur ce je quittai bien malgr&#233; moi M. Marmmeri, convaincu de la r&#233;elle valeur &#224; l'intellectualisme alg&#233;rien et maghr&#233;bin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;In : Le Peuple, Alger, 3 mai 1963.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#8221; SENS&#034; DE LA LITT&#201;RATURE NORD-AFRICAINE </title>
		<link>https://nedjma.org/SENS-DE-LA-LITTERATURE-NORD-AFRICAINE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/SENS-DE-LA-LITTERATURE-NORD-AFRICAINE</guid>
		<dc:date>2025-11-19T09:23:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mouloud Mammeri r&#233;pond : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Je suppose naturellement qu'il s'agit de la litt&#233;rature &#233;crite par des Nord-Africains d'origine, qu'ils soient musulmans ou isra&#233;lites.&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un corps sans &#226;me n'a pas de voix et le malheur veut que l'on soit naturellement port&#233; &#224; croire qu'un corps sans voix n'a pas d'&#226;me. Jusqu'&#224; la derni&#232;re guerre le Nord-Africain n'intervenait dans la litt&#233;rature que comme l'&#233;l&#233;ment vivant d'un d&#233;cor, conforme &#224; l'image conventionnelle que la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne avait choisi de. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH71/planche_mouloud_mammeri_2-998a2.png?1777349341' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mouloud Mammeri r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Je suppose naturellement qu'il s'agit de la litt&#233;rature &#233;crite par des Nord-Africains d'origine, qu'ils soient musulmans ou isra&#233;lites.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un corps sans &#226;me n'a pas de voix et le malheur veut que l'on soit naturellement port&#233; &#224; croire qu'un corps sans voix n'a pas d'&#226;me. Jusqu'&#224; la derni&#232;re guerre le Nord-Africain n'intervenait dans la litt&#233;rature que comme l'&#233;l&#233;ment vivant d'un d&#233;cor, conforme &#224; l'image conventionnelle que la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne avait choisi de. donner du Nord-Africain pour se dispenser de le conna&#238;tre, ce qui pouvait entra&#238;ner une reconsid&#233;ration de son attitude et de son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant, le romancier nord africain n'a bien s&#251;r pas rendu son &#226;me &#224; l'homme nord-africain qui ne l'a jamais perdue, mais il a aid&#233; les autres, et peut-&#234;tre lui-m&#234;me, &#224; en &#8216;reconna&#238;tre l'humanit&#233; fonci&#232;re par-del&#224; quelques enveloppes ext&#233;rieures - coutumes transitoires, costumes qui ne sont &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise de conscience - double en quelque sorte - parce que valable &#224; la fois pour les autres et pour nous-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain nord-africain fait voir la vie, h&#233;las trop r&#233;elle, des hommes de ce pays. Depuis la naissance du monde nouveau, plus humain, de demain, il a sa modeste part. Je pense que ce faisant, il aide en d&#233;finitive &#224; la grande fraternit&#233; des hommes. Litt&#233;rature am&#232;re, a-t-on &#233;crit, d&#233;sesp&#233;r&#233;e ou r&#233;volt&#233;e, toujours noire en tout cas. Oui, bien s&#251;r, mais l'urgence de v&#233;rit&#233;, l'intransigeance, le refus des compromissions ne sont-ils pas la mission de l'esprit ? Il n'y a d'entente possible que dans la plus lucide clart&#233;, de dialogue f&#233;cond qu'&#224; deux voix. Une fois pass&#233; le mouvement d'humeur initial, les voies sont ouvertes &#224; la compr&#233;hension, le meilleur pr&#233;lude &#224; l'amour. &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Correspondance , Tunis, 1957, p 158.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mouloud Mammeri parle &#224; Mouloud Feraoun</title>
		<link>https://nedjma.org/Mouloud-Mammeri-parle-a-Mouloud-Feraoun</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/Mouloud-Mammeri-parle-a-Mouloud-Feraoun</guid>
		<dc:date>2025-10-19T15:47:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;Mouloud, cela me fait dr&#244;le de parler de toi comme si tu &#233;tais mort &#8230;comme si une gicl&#233;e de balles imb&#233;ciles pouvait t'avoir arrach&#233; de notre vie, sous pr&#233;texte qu'elles t'avaient, un matin de mars 1962, stupidement ray&#233; du paysage&#8230;C'&#233;tait le dernier hommage de la b&#234;tise &#224; la vertu.Mais, vieux fr&#232;re, tu en as connu d'autres ; tu sais, toi, que pour aller &#224; Ighil Nezmen, de quelque c&#244;t&#233; qu'on les prenne, les chemins montent.Et puis apr&#232;s ?Tu sais aussi que les hauteurs se m&#233;ritent. &lt;br class='autobr' /&gt;
En haut (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;Mouloud, cela me fait dr&#244;le de parler de toi comme si tu &#233;tais mort &#8230;comme si une gicl&#233;e de balles imb&#233;ciles pouvait t'avoir arrach&#233; de notre vie, sous pr&#233;texte qu'elles t'avaient, un matin de mars 1962, stupidement ray&#233; du paysage&#8230;C'&#233;tait le dernier hommage de la b&#234;tise &#224; la vertu.Mais, vieux fr&#232;re, tu en as connu d'autres ; tu sais, toi, que pour aller &#224; Ighil Nezmen, de quelque c&#244;t&#233; qu'on les prenne, les chemins montent.Et puis apr&#232;s ?Tu sais aussi que les hauteurs se m&#233;ritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haut des collines de adrar n nnif, on est plus pr&#232;s du ciel.Du paysage, ce sont ceux qui ont crach&#233; leur rage en douze balles- six secondes qui ont disparu, ray&#233; parce qu'ils n'avaient pas assez de sang g&#233;n&#233;reux dans les veines, assez de r&#234;ves fous dans les yeux, pour y demeurer (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de nous, ils disaient &#8216;'les Arabes'' et&#8230;dans la moue de leurs l&#232;vres ce n'&#233;tait pas une d&#233;signation, c'&#233;tait un verdict !Mais nous, Mouloud, nous savons que ce ne pouvait pas &#234;tre autrement : ils avaient tout cela, mais il leur manquait l'essentiel :LA TERRE ET LE SANG.La terre, ils la rudoyaient &#224; force, ils lui faisaient produire des moissons d'artifice (un vin que nous ne buvions pas, parce que nous avions d'autres ivresses), ils confiaient &#224; nous le rude contact des pierres, les charrues, les sulfateuses ; ils ne l'avaient pas comme nous&#8230;dans la peau&#8230;comme &#224; Tazrout, &#224; Ighil Nezmen, &#224; Illizi ou dans la Tanezrouft.Passagers sur la terre dont ils su&#231;aient les mamelles sans lui &#234;tre attach&#233;s&#8230;comme nous &#233;tions &#224; elle&#8230;&#224; la vie &#224; la mort.La preuve, c'est qu'en un si&#232;cle de destin combl&#233; ils n'ont pas trouv&#233; un seul d'entre eux pour la chanter comme tu as fait, Mouloud, des chemins montueux de ton enfance (&#8230;)Non&#8230;ni la terre ni le sang. Ils n'avaient pas encore pris racine dans nos gu&#233;rets, nos sables (&#8230;) Pourtant, Mouloud, pour tant de folle pr&#233;somption tu n'avais nulle haine.Ceux qui devaient te tuer un matin de mars (une semaine apr&#232;s c'&#233;tait le printemps) sur la place baign&#233;e de soleil d'une des banlieues les plus rieuses d'Alger, au-dessus d'une des rades les plus belles du monde, en un sens, tu ne les sentais pas comme absolument &#8216;'&#233;trangers''. C'&#233;tait des hommes d&#233;voy&#233;s&#8230;d&#233;voy&#233;s, mais des hommes&#8230;envers et contre tout&#8230;envers et contre eux-m&#234;mes. C'&#233;taient des hommes m&#234;me s'ils l'oubliaient.Voil&#224;, Mouloud. Eux sont partis avec leurs fureurs, leurs ranc&#339;urs, leurs c&#339;urs ferm&#233;s (leurs yeux aussi), leur accent mal peign&#233;, leur humanit&#233; d&#233;voy&#233;e&#8230;et toi tu restes &#233;ternellement n&#244;tre, &#233;ternellement avec nous, tout pr&#232;s de nos mains calleuses, de notre mis&#232;re, de nos r&#234;ves, de nos rires, montant avec nous des chemins qui grimpent jusqu'au ciel, nourri des m&#234;mes neiges, la t&#234;te ivre du m&#234;me soleil, le c&#339;ur des m&#234;mes s&#232;ves&#8230;Donne-moi la main, Mouloud&#8230;Le havre est maintenant tout pr&#232;s, juste par-del&#224; la b&#234;tise et la haine, &#224; un jet d'espoir d'ici &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouloud Mammeri &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mohia o&#249; la rigueur personnifi&#233;e</title>
		<link>https://nedjma.org/Mohia-ou-la-rigueur-personnifiee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/Mohia-ou-la-rigueur-personnifiee</guid>
		<dc:date>2025-10-19T15:44:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mohia &#233;tait la rigueur personnifi&#233;e. Il &#233;tait sans concession tant dans sa vie quotidienne que dans sa po&#233;sie, son th&#233;&#226;tre, son enseignement ou ses relations. Dur avec lui-m&#234;me, il l'&#233;tait parfois avec les autres aussi. Il ne supportait pas l'hypocrisie. Le &#8220;forgeron de mots&#8221; qu'il &#233;tait, n'acceptait pas les paroles truqu&#233;es, celles qui n'&#233;taient pas &#224; leur place ou qui &#233;taient d&#233;vi&#233;es de leur sens. En math&#233;maticien pratique, il ne supportait pas que l'on privil&#233;gie l'accessoire pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mohia &#233;tait la rigueur personnifi&#233;e. Il &#233;tait sans concession tant dans sa vie quotidienne que dans sa po&#233;sie, son th&#233;&#226;tre, son enseignement ou ses relations. Dur avec lui-m&#234;me, il l'&#233;tait parfois avec les autres aussi. Il ne supportait pas l'hypocrisie. Le &#8220;forgeron de mots&#8221; qu'il &#233;tait, n'acceptait pas les paroles truqu&#233;es, celles qui n'&#233;taient pas &#224; leur place ou qui &#233;taient d&#233;vi&#233;es de leur sens. En math&#233;maticien pratique, il ne supportait pas que l'on privil&#233;gie l'accessoire pour d&#233;laisser l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce Mohia qui refusait de r&#233;duire la berb&#233;rit&#233; &#224; la seule exhibition du signe Z de amazigh ou du seul salut par le mot azul. Pour lui, la berb&#233;rit&#233; est un art de vivre selon un certain nombre de valeurs. Comme il faisait une lucide distinction entre valeurs et traditions, entre militantisme et manipulation, il r&#233;agissait de mani&#232;re parfois violente contre toute forme de suivisme irr&#233;fl&#233;chi. Ce qui d&#233;routait beaucoup de nos militants berb&#233;ristes exalt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, toute la vie et l'&#339;uvre de Mohia ont consist&#233; &#224; d&#233;mystifier et &#224; d&#233;mythifier. &#192; un jeune venu lui dire qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; mourir pour tamazight, Mohia r&#233;pond :&#8220;Tu seras un Homme quand tu sauras vivre pour tamazight.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, en rentrant chez lui, il voit un livre dans une poubelle, il le ramasse, car la place du livre n'est pas dans une poubelle. C'&#233;tait un livre de Platon. C'est ainsi que Mohia d&#233;couvre une &#339;uvre sur laquelle il travaillera le reste de sa vie. Il constitue un atelier de jeunes et moins jeunes auxquels il ouvre la voie vers cette fabuleuse source du savoir. Il me confia un jour que les philosophes grecs ont tout dit. Pour comprendre le monde, il nous suffit donc de revisiter ces &#339;uvres anciennes. C'&#233;tait bien apr&#232;s qu'il eut fait parler en kabyle Jean-Paul Sartre, Brecht, Lu Xun, Samuel Beckett et bien d'autres encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie de Mohia est de nous amener &#224; oublier que ses &#339;uvres sont des adaptations. Sous sa plume, elles passent all&#232;grement pour des &#339;uvres kabyles authentiques. Parfois m&#234;me, on se laisse aller jusqu'&#224; croire que leurs auteurs nous ont spoli&#233;s de nos &#339;uvres comme cela se fait encore, aujourd'hui, pour les peintures rupestres de notre Tassili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui on te pleure, mais je sais que tu ne seras fier de nous que le jour o&#249; nous saurons distinguer l'essentiel de l'accessoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ben Mohamed&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre de Tahar Djaout &#224; Mouloud Mammeri</title>
		<link>https://nedjma.org/Lettre-de-Tahar-Djaout-a-Mouloud-Mammeri</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/Lettre-de-Tahar-Djaout-a-Mouloud-Mammeri</guid>
		<dc:date>2025-10-19T15:39:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lettre de Tahar Djaout &#224; Mouloud Mammeri &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il va &#234;tre dur de devoir d&#233;sormais parler de toi au pass&#233; ! Quelques heures apr&#232;s ta mort, que ta famille et tes amis ignoraient encore, un universitaire qui venait d'assister &#224; ce colloque d'Oujda d'ou tu revenais toi aussi m'entretenait de toi. Il me disait, entre autres, que tu avais pass&#233; sept heures &#224; la fronti&#232;re ; trois heures et demie du cote alg&#233;rien et autant du cote marocain. En d&#233;pit de ce que tu as donne &#224; la culture maghr&#233;bine, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH83/djaout-mameri-1-8f573.jpg?1777349341' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lettre de Tahar Djaout &#224; Mouloud Mammeri&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il va &#234;tre dur de devoir d&#233;sormais parler de toi au pass&#233; ! Quelques heures apr&#232;s ta mort, que ta famille et tes amis ignoraient encore, un universitaire qui venait d'assister &#224; ce colloque d'Oujda d'ou tu revenais toi aussi m'entretenait de toi. Il me disait, entre autres, que tu avais pass&#233; sept heures &#224; la fronti&#232;re ; trois heures et demie du cote alg&#233;rien et autant du cote marocain. En d&#233;pit de ce que tu as donne &#224; la culture maghr&#233;bine, tu demeurais un citoyen comme les autres, un homme qui n'a jamais demand&#233; de privil&#232;ges qui a, au contraire, refus&#233; tous ceux qui lui ont &#233;t&#233; propos&#233;s. Depuis le prix litt&#233;raire qui a couronn&#233; ton premier roman et que tu as refus&#233; d'aller recevoir, tu t'es m&#233;fi&#233; de toutes les r&#233;compenses parce que tu savais qu'elles demandaient des contreparties. Tu n'&#233;tais pas de ces &#233;crivains qui voyagent dans les d&#233;l&#233;gations officielles, dans les bagages des ministres ou des pr&#233;sidents, et qui poussent parfois le cynisme jusqu'&#224; &#233;crire, une fois rentr&#233;s, des articles contre les intellectuels aux ordres des pouvoirs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes rapports avec le pouvoir (tous les pouvoirs) ont &#233;t&#233; tr&#232;s clairs ; une distance souveraine. Tu &#233;tais, au lendemain de l'ind&#233;pendance, pr&#233;sident de la premi&#232;re Union d'&#233;crivains alg&#233;riens. Mais le jour ou l'on &#233;tait venu t'informer que l'Union allait passer sous l'autorit&#233; du Parti, tu avais remis le tablier avec cette courtoisie seigneuriale qui t'est coutumi&#232;re. Tu n'acceptais aucune contrainte, aucun boulet &#224; ton pied, aucune laisse &#224; ton cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu &#233;tais par excellence, UN HOMME LIBRE. Et c'est ce que AMAZIGH veut dire. Cette libert&#233; t'a co&#251;t&#233; cher. De toute fa&#231;on, tu en savais le prix et tu l'a toujours accept&#233;. Tu as &#233;t&#233; peut-&#234;tre le plus pers&#233;cut&#233; des intellectuels alg&#233;riens, toi l'un des fils les plus valeureux que cette nation ait jamais engendr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir ou la t&#233;l&#233;vision avait annonc&#233; laconiquement et brutalement ta mort, je ne pus m'emp&#234;cher, en d&#233;pit de l'indicible &#233;motion, de remarquer que c'&#233;tait la deuxi&#232;me fois qu'elle parlait de toi ; la premi&#232;re fois pour t'insulter lorsque, en 1980, une campagne honteusement diffamatoire a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e contre toi et la deuxi&#232;me fois, neuf ans plus tard, pour nous annoncer ta disparition. La t&#233;l&#233;vision de ton pays n'avait aucun document &#224; nous montrer sur toi ; elle ne t'avait jamais film&#233;, elle ne t'avait jamais donn&#233; la parole, elle qui a p&#233;rennis&#233; en des kilom&#232;tres de pellicule tant d'intellectuels approximatifs, tant de manieurs de plume aux ordres du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je vais clore la le chapitre navrant et long des brimades. Ce serait faire affront &#224; ta g&#233;n&#233;rosit&#233; et &#224; ta noblesse d'&#226;me que de m'attarder &#224; l'&#233;num&#233;ration des injustices, des diffamations qui glissaient sur toi comme de simples &#233;gratignures, qui te faisaient peut-&#234;tre mal &#224; l'int&#233;rieur mais ne transparaissaient pas. Tes pr&#233;occupations &#233;taient ailleurs, tu avais autre chose &#224; faire. Et puis, tu respectais trop les autres, m&#234;me lorsqu'ils te faisaient du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir jamais pr&#233;tendu donner de le&#231;on, ta vie, ton comportement, ton courage et ton int&#233;grit&#233; constituaient en eux m&#234;mes un exemple et une le&#231;on. C'est pourquoi, toi l'homme modeste et brillant qui ne se montre g&#232;ne et pris de court que lorsqu'il s'agit de lui-m&#234;me, tu as toujours &#233;t&#233; au coeur de ce qui fait ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les 200 000 personnes venues de toute l'Alg&#233;rie escalader ces &#034;chemins qui montent&#034; pour t'accompagner &#224; ton ultime demeure au coeur du Djurdjura t&#233;moignent en quelque sorte de cela. Toi l'homme pacifique et courtois, toi qui ne claques les portes que lorsqu'un pouvoir ou une chapelle quelconque tente de t'embrigader, tu as aid&#233;, non par des d&#233;clarations fracassantes, mais par ta lucidit&#233;, par ton travail intellectuel minutieux et soutenu, au lent cheminement de la tol&#233;rance et de la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui peut oublier les d&#233;buts de l'ann&#233;e 80 ? Des hommes qui nient une partie de la culture de ce peuple (tout le monde heureusement a oubli&#233; leurs noms, car ce ne sont pas des noms que l'histoire retient) t'interdisent de prononcer une conf&#233;rence sur la po&#233;sie kabyle. De partout, de Bejaia, de Bouira, de Tizi-Ouzou, la Kabylie se l&#232;ve pour d&#233;fendre ses po&#232;tes. Et c'est toute l'Alg&#233;rie qui, peu a peu, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, rejettera les baillons, les exclusions, les intol&#233;rances, la m&#233;diocrit&#233; et qui un jour d'octobre descendra dans la rue pour l'affirmer en versant une fois encore son sang. Toi, l'humaniste sceptique et ind&#233;pendant qui n'a jamais assen&#233; de v&#233;rit&#233;, qui n'a jamais juge personne, tu &#233;tais, presque malgr&#233; toi, en amont d'une prise de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici que nous devons d&#233;sormais nous passer de ta pr&#233;sence chaleureuse et brillante, de ta superbe intelligence, de ta bonne humeur &#224; toute &#233;preuve, de ton endurance physique (on peut difficilement t'imaginer malade, par exemple) qui te faisait faire des centaines de kilom&#232;tres par jour pour aller donner b&#233;n&#233;volement une conf&#233;rence et remonter tout de suite apr&#232;s dans ta voiture. Tu es mort au volant de ta 205 (une voiture de jeune) comme le jeune homme fougueux que tu as toujours &#233;t&#233;. Sois rassure, Da Lmulud, la derni&#232;re image que je garderai de toi ce n'est pas celle, &#233;mouvante, du mort accidente que j'ai vu mais celle de ce jeudi 16 f&#233;vrier ou nous nous &#233;tions retrouves avec d'autres amis a Ighil-Bwamas pour discuter du tournage d'un film. Tu &#233;tais &#233;l&#233;gant et alerte comme toujours, en tennis. Tu &#233;tais le premier au rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous plaisantais sur notre retard, disant que tu croyais te tromper de jour. Tu &#233;tais aussi le premier a repartir, toujours disponible et toujours press&#233;. Tu avais beaucoup de choses &#224; faire, &#224; donner &#224; cette culture que tu as servie g&#233;n&#233;reusement, sans rien demander en retour, supportant au contraire avec dignit&#233; les brimades que ton travail t'attirait. Tu &#233;tais impatient en ce jeudi 16 f&#233;vrier comme si tu savais d&#233;j&#224; que le temps pressait. Je te vois monter dans ta 205 et d&#233;marrer bruyamment sur la route difficile tandis que nous &#233;tions encore &#224; bavarder. C'&#233;tait la derni&#232;re fois que je devais te voir vivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La jeunesse assoiff&#233;e de culture et de libert&#233; t'a toujours reconnu comme l'une de ses figures symboliques, quelques intellectuels et artistes t'ont toujours t&#233;moign&#233; amiti&#233;, respect ou admiration dans les moments les plus difficiles. Mais ces derniers mois, c'est tout le monde intellectuel et m&#233;diatique alg&#233;rien qui a commenc&#233; &#224; comprendre ton importance et qui a recherch&#233; ton point de vue. C'est vrai que certains medias, qui avaient peur de &#034;se compromettre&#034;, te sont demeur&#233;s ferm&#233;s jusqu'a ta mort. Mais que de projets auxquels des gens voulaient t'associer ! que de journaux t'ont interview&#233; ! Et toi, port&#233; et comme enivr&#233; par cette brise de libert&#233;, tu te d&#233;menais, tu prenais ta voiture, sillonnais les routes et te rendais partout ou l'on te sollicitait. Oran, Ain-El-Hammam (ou tu devais rendre hommage &#224; Si Mohand ou Mhand et ou l'on t'avait offert un burnous), Bejaia. Et enfin Oujda. Au mois de janvier, &#224; Bejaia, ta conf&#233;rence sur la culture berb&#232;re a drain&#233; tellement de monde qu'aucun &#233;difice ne pouvait le contenir. Et c'est dans le stade de la ville que des milliers de gens t'ont &#233;cout&#233; et ont discut&#233; de leur culture. Quelle belle revanche sur l'interdiction de ta conf&#233;rence en 1980 ! Quel trajet parcouru depuis cette date sur le chemin de l'expression libre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je te revois &#224; cette &#233;poque ou nous pr&#233;parions l'entretien qui allait para&#238;tre aux &#233;ditions Laphomic. Je me rappelle la vivacit&#233; de ton intelligence, ton sens de la repartie, ta pudeur et ta g&#232;ne lorsque nous sortions du domaine de l'esth&#233;tique ou des id&#233;es et que je te demandais de parler de toi-m&#234;me (ton combat nationaliste, par exemple, ton militantisme au MTLD, ce que tu as souffert durant la guerre, tu ne les &#233;voquais jamais m&#234;me lorsqu'on te contestait ton pass&#233; ou qu'on t'en fabriquait un autre). Je me rappelle surtout ta jeunesse ind&#233;fectible. Je nous revois prenant des glaces dans l'un de ces innombrables salons de th&#233; qui encombrent la rue Ben M'hidi ou dans le caf&#233; &#034;Le V&#233;ron&#232;se&#034; a Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu seras toujours pr&#232;s de nous, &#233;ternel jeune homme des Ath Yenni et d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qim di lehna &lt;br class='autobr' /&gt;
Tahar Djaout&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette lettre a &#233;t&#233; &#233;crite par Tahar Djaout apr&#232;s la mort (le 25 f&#233;vrier 1989) de Mouloud Mammeri en 1989 et a &#233;t&#233; publi&#233; par AWAL.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre de Dostoievski &#224; son fr&#232;re.</title>
		<link>https://nedjma.org/Lettre-de-Dostoievski-a-son-frere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/Lettre-de-Dostoievski-a-son-frere</guid>
		<dc:date>2025-10-19T15:37:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;''Fr&#232;re, mon bien cher ami ! &lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;] On vient de me dire, fr&#232;re aim&#233;, que nous allions partir aujourd'hui ou demain. J'ai demand&#233; &#224; te voir. Mais on m'a dit que c'&#233;tait impossible ; je ne peux que t'&#233;crire cette lettre, &#224; laquelle h&#226;te-toi &#233;galement de r&#233;pondre au plus vite. &lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;] Fr&#232;re ! Je n'ai pas perdu espoir ni courage. La vie est partout la vie, la vie est en nous, et non dans le monde ext&#233;rieur. &#192; mes c&#244;t&#233;s, il y aura des hommes, et &#234;tre homme parmi les hommes et le rester &#224; jamais, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;''Fr&#232;re, mon bien cher ami !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] On vient de me dire, fr&#232;re aim&#233;, que nous allions partir aujourd'hui ou demain. J'ai demand&#233; &#224; te voir. Mais on m'a dit que c'&#233;tait impossible ; je ne peux que t'&#233;crire cette lettre, &#224; laquelle h&#226;te-toi &#233;galement de r&#233;pondre au plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Fr&#232;re ! Je n'ai pas perdu espoir ni courage. La vie est partout la vie, la vie est en nous, et non dans le monde ext&#233;rieur. &#192; mes c&#244;t&#233;s, il y aura des hommes, et &#234;tre homme parmi les hommes et le rester &#224; jamais, dans tous les malheurs possibles ne pas perdre espoir et courage, voil&#224; o&#249; est la vie, o&#249; est son but. J'en ai pris conscience. Cette id&#233;e m'est entr&#233;e dans la chair et le sang. Oui, c'est la v&#233;rit&#233; ! Cette t&#234;te qui cr&#233;ait et vivait de la vie supr&#234;me de l'art, qui avait connu les besoins &#233;lev&#233;s de l'esprit et s'y &#233;tait accoutum&#233;e, cette t&#234;te-l&#224; est d&#233;j&#224; s&#233;par&#233;e de mes &#233;paules. Ne restent que la m&#233;moire et les images cr&#233;&#233;es et que je n'ai pas encore incarn&#233;es. Elle me rongeront, c'est vrai ! Mais en moi demeurent un c&#339;ur, et cette m&#234;me chair, ce m&#234;me sang qui peut &#233;galement aimer et souffrir, d&#233;sirer et se souvenir, et cela, c'est tout de m&#234;me la vie ! On voit le soleil ! [citation du chapitre 29 du Dernier Jour d'un condamn&#233; de Victor Hugo]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Embrasse ta femme et tes enfants. Parle-leur de moi ; fais en sorte qu'ils ne m'oublient pas. Peut-&#234;tre nous reverrons-nous un jour ? Fr&#232;re, prends soin de toi et de ta famille, vis dans la qui&#233;tude et la pr&#233;voyance. Songe &#224; l'avenir de tes enfants&#8230; Vis positivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Peut-&#234;tre nous reverrons-nous, fr&#232;re. Prends soin de toi, tiens bon, pour l'amour du Ciel, jusqu'&#224; ce que nous nous retrouvions. Aussi bien, nous aurons un jour l'occasion de nous embrasser et d'&#233;voquer les jours dor&#233;s d'autrefois, ceux de notre jeune temps, notre jeunesse et nos espoirs qu'en cet instant j'arrache, ensanglant&#233;s, de mon c&#339;ur et que j'ensevelis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] D&#232;s que je me retourne sur le pass&#233;, je songe &#224; tout le temps perdu en vain, &#224; tout le temps g&#226;ch&#233; dans les &#233;garements, les erreurs, l'oisivet&#233; et l'incapacit&#233; &#224; vivre ; comme j'en faisais peu de cas, que de fois j'ai p&#233;ch&#233; contre mon c&#339;ur et mon esprit, &#8212; et mon c&#339;ur se met &#224; saigner d'abondance. La vie est un don, la vie est un bonheur ; chaque minute pouvait &#234;tre un si&#232;cle de bonheur. Si jeunesse savait ! [en fran&#231;ais dans la lettre] Maintenant, en changeant de vie, je renais sous une nouvelle forme. Fr&#232;re ! Je te jure que je ne perdrai pas espoir et garderai purs mon esprit et mon c&#339;ur. Je renais pour le mieux. Voil&#224; tout mon espoir, toute ma consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Eh bien, adieu, adieu, fr&#232;re ! Je te serre fort dans mes bras ; je t'embrasse fort. Pense &#224; moi sans douleur au c&#339;ur. Ne sois pas triste, je t'en prie, ne sois pas triste pour moi ! Rappelle-toi mes paroles : organise ta vie, ne la gaspille point, agence ton destin, songe &#224; tes enfants. &#8212; Oh, si je pouvais, si je pouvais te voir ! Adieu ! [&#8230;] Mais je te reverrai, j'en suis s&#251;r, je l'esp&#232;re, ne change pas, aime-moi, ne refroidis pas ta m&#233;moire, et la pens&#233;e de ton amour me sera la meilleure part de la vie. Adieu encore une fois, adieu ! Adieu &#224; tous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton fr&#232;re, Fiodor Dosto&#239;evski.'&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Culture : l'art ou la foi de Rachid Mimouni</title>
		<link>https://nedjma.org/Culture-l-art-ou-la-foi-de-Rachid-Mimouni</link>
		<guid isPermaLink="true">https://nedjma.org/Culture-l-art-ou-la-foi-de-Rachid-Mimouni</guid>
		<dc:date>2025-10-18T01:42:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comme tous les mouvements populistes, l'int&#233;grisme est ennemi des intellectuels et de la culture. Son discours fait appel &#224; la passion plut&#244;t qu'&#224; la raison, &#224; l'instinct plut&#244;t qu'&#224; l'intelligence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les int&#233;gristes professent qu'il faut refuser l'art au profit de la foi. Toute activit&#233; intellectuelle doit se consacrer &#224; l'approfondissement de la connaissance du message divin. Toute forme de cr&#233;ation est tax&#233;e d'h&#233;r&#233;tique parce qu'elle est per&#231;ue comme faisant une coupable concurrence &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme tous les mouvements populistes, l'int&#233;grisme est ennemi des intellectuels et de la culture. Son discours fait appel &#224; la passion plut&#244;t qu'&#224; la raison, &#224; l'instinct plut&#244;t qu'&#224; l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;gristes professent qu'il faut refuser l'art au profit de la foi. Toute activit&#233; intellectuelle doit se consacrer &#224; l'approfondissement de la connaissance du messag&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rachid Mimouni&lt;br class='autobr' /&gt;
De la barbarie en g&#233;n&#233;ral et de l'int&#233;grisme en particulier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
