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	<title>Nedjma Institute</title>
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		<title>Nedjma Institute</title>
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		<title>Entretien avec Mouloud Feraoun</title>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parlez-moi de votre premier roman.. &lt;br class='autobr' /&gt; .J'ai &#233;crit Le Fils du pauvre pendant les ann&#233;es sombres de la guerre, &#224; la lumi&#232;re d'une lampe &#224; p&#233;trole. J'y ai mis le meilleur de mon &#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Roman autobiographique, n'est-ce pas ? &lt;br class='autobr' /&gt; Oui... Je suis tr&#232;s attach&#233; &#224; ce livre, d'abord parce que je ne mangeais pas tous les jours &#224; ma faim alors qu'il sortait de ma plume, ensuite parce qu'il m'a permis de prendre conscience de mes moyens. Le succ&#232;s qu'il a remport&#233; m'a encourag&#233; &#224; &#233;crire d'autres livres. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH91/planche_mouloud_feraoun_2-baeb3.png?1777231660' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlez-moi de votre premier roman..&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.J'ai &#233;crit Le Fils du pauvre pendant les ann&#233;es sombres de la guerre, &#224; la lumi&#232;re d'une lampe &#224; p&#233;trole. J'y ai mis le meilleur de mon &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roman autobiographique, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui... Je suis tr&#232;s attach&#233; &#224; ce livre, d'abord parce que je ne mangeais pas tous les jours &#224; ma faim alors qu'il sortait de ma plume, ensuite parce qu'il m'a permis de prendre conscience de mes moyens. Le succ&#232;s qu'il a remport&#233; m'a encourag&#233; &#224; &#233;crire d'autres livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faisait votre p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de ma naissance, il &#233;tait cultivateur. Mais, d&#232;s avant 1910, il avait d&#251; quitter le sol natal pour chercher ailleurs du travail. En ce temps-l&#224;, les Kabyles n'allaient pas encore en France, mais dans le Constantinois. Par la suite, il se rendit dans les mines du Nord - &#224; Lens, exactement - et de l&#224; dans la r&#233;gion parisienne. Il travaillait aux Fonderies d'Aubervilliers lorsqu'il fut accident&#233;. On peut dire de mon p&#232;re qu'il s'est donn&#233; beaucoup de mal pour &#233;lever sa nich&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combien eut-il d'enfants ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq dont deux gar&#231;ons. Mon fr&#232;re cadet est aussi instituteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans Le Fils du pauvre, vous avez racont&#233; - bien s&#251;r en les transposant sur le plan romanesque - votre enfance et vos &#233;tudes. Vous &#234;tes arriv&#233; &#224; votre but &#224; la force des poignets. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai beaucoup admir&#233; votre courage...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la compr&#233;hension d'un de mes ma&#238;tres, j'obtins une bourse, commen&#231;ais mes &#233;tudes &#224; Tizi Ouzou et les achevais &#224; l'Ecole normale d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand avez-vous &#233;t&#233; nomm&#233; instituteur ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935. Depuis cette date, j'ai enseign&#233; dans diff&#233;rents postes et principalement &#224; Taourirt Moussa, &#224; deux kilom&#232;tres de mon village natal, de 1946 &#224; 1952.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes actuellement directeur de l'&#233;cole de gar&#231;ons de Fort-National &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, depuis octobre dernier. Ecole de 300 &#233;l&#232;ves avec cours compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Satisfait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a va. Nous avons l'eau courante et l'&#233;lectricit&#233;. Le m&#233;decin et le pharmacien sont &#224; proximit&#233;. Les enfants travaillent ; ils sont assidus, sans doute parce qu'ils sont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes mari&#233;, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'ai six enfants ; mon a&#238;n&#233; a 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Nous en venons &#224; La Terre et le Sang. Mouloud Feraoun parle, parle... On sent que ce livre a requis toute sa sollicitude pendant de longs mois. L'oeuvre vit encore en lui, bien que le manuscrit soit d&#233;j&#224; &#224; Paris.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous est venue l'id&#233;e de ce nouveau roman ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous disais &#224; l'instant que le succ&#232;s de mon premier ouvrage m'avait encourag&#233; &#224; &#233;crire d'autres livres. Il faut ajouter ceci : l'id&#233;e m'est venue que je pourrais essayer de traduire l'&#226;me kabyle. D'&#234;tre un t&#233;moin. Je suis de souche authentiquement kabyle. J'ai toujours habit&#233; la Kabylie. Il est bon que l'on sache que les Kabyles sont des hommes comme les autres. Et je crois, voyez-vous, que je suis bien plac&#233; pour le dire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous noterez que ma d&#233;cision prise, quelqu'un m'a constamment tarabust&#233;, mis la plume entre les pattes. C'est mon ami Robl&#232;s que je connais depuis 20 ans. Chaque fois : &#034;O&#249; en es-tu ?&#034;, &#034;Travaille sec&#034;, &#034;J'attends ton roman&#034;. Il est venu &#224; plusieurs reprises me relancer &#224; Taourirt et, pour sa voiture, ce fut chaque fois une exp&#233;dition. Dites bien que, pour lui, l'amiti&#233; n'est pas un vain mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le sujet de La Terre et le Sang ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pens&#233; que l'&#233;migration des Kabyles pouvait donner mati&#232;re &#224; un ou plusieurs ouvrages dignes d'int&#233;r&#234;t. J'ai distingu&#233; deux p&#233;riodes : de 1910 &#224; 1930 et de 1930 aux ann&#233;es que nous vivons. La Terre et le Sang est consacr&#233; &#224; la premi&#232;re p&#233;riode. J'&#233;crirai un autre roman sur la seconde p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi deux p&#233;riodes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, il y a une grande diff&#233;rence entre ces deux p&#233;riodes. La psychologie des Kabyles d'aujourd'hui se rendant en France n'est plus du tout celle des Kabyles qui leur ont ouvert la route. Les Kabyles de 1953 sont mieux arm&#233;s que leurs devanciers, parce qu'ils s'adaptent plus facilement aux faons de vivre de la m&#233;tropole. Par contre, il me semble que les anciens &#233;taient davantage attach&#233;s &#224; leur village, &#224; leur terre, aux murs kabyles ; ils se h&#226;taient de retourner chez eux avec leurs &#233;conomies pour am&#233;liorer leur situation au village, ce qui n'est pas automatique aujourd'hui. Le sujet ?La Terre et le Sang relate l'histoire d'Amer, un gar&#231;on de 14 ans, envoy&#233; &#224; Paris avec des voisins. Cela se passe avant la Premi&#232;re Guerre mondiale. D'abord cuisinier de la petite colonie de son village, le jeune Kabyle ne tardera pas &#224; travailler dans la mine, comme ses compagnons. Un soir, il tuera accidentellement un de ses compatriotes. N'osant plus rentrer en Kabylie (o&#249; il risque d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; par la famille du d&#233;funt), il d&#233;cide de vivre d&#233;sormais en France. Quinze ann&#233;es passent. L'appel du sol natal et le d&#233;sir d'une existence plus simple l'emportent sur la prudence. Accompagn&#233; de sa femme Marie, une Parisienne que la vie a meurtrie, il rentre dans son village. Deux ans apr&#232;s son installation, la trag&#233;die&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d'autres projets ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, car le domaine qui touche &#224; l'&#226;me kabyle est tr&#232;s vaste. La difficult&#233; est de l'exprimer le plus fid&#232;lement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y aura t -il une suite au Fils du pauvre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas impossible... Mais avant, je publierai tr&#232;s certainement un ouvrage illustr&#233; par Brouty, gerbe de sc&#232;nes de la vie kabyle : une r&#233;union publique, la fontaine du village, le march&#233;, le retour des voyageurs de France, etc. Ce livre s'ach&#232;vera sur des contes kabyles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand &#233;crivez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consacre ma journ&#233;e &#224; ma tache professionnelle. J'&#233;cris mes livres la nuit et les jours de cong&#233;. Je noircis presque tous les jours de trois &#224; quatre pages, sauf quand l'inspiration me fuit. Dans ce cas, je n'insiste pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travaillez-vous d'apr&#232;s un plan ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence par &#233;tablir une grossi&#232;re &#233;bauche du livre, et c'est en &#233;crivant que j'ordonne mon r&#233;cit. En gros, je sais o&#249; je vais. Mais au fur et &#224; mesure qu'avance le travail, surviennent des sc&#232;nes et des situations que je n'avais pas pr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle attitude prenez-vous &#224; l'&#233;gard de vos personnages ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me mets honn&#234;tement &#224; leur place. Je les sollicite. Et, finalement, ce sont les personnages qui me disent ce que je dois &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels livres aimez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup lu, et de tout. Je suis aujourd'hui plus exigent que je ne l'&#233;tais hier. Je go&#251;te les livres vraiment humains, ceux o&#249; l'&#233;crivain a essay&#233; d'interpr&#233;ter l'homme dans toute sa pl&#233;nitude. Car l'homme n'est ni franchement bon, ni franchement mauvais. L'&#233;crivain, voyez-vous, n'a pas le droit de parler des hommes &#224; la l&#233;g&#232;re. N'&#234;tes-vous pas de mon avis ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nedjma &#169;&#65039; Touts Droits R&#233;serv&#233;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits d'un entretien paru en 1953. Propos recueillis par Maurice Monnoyer &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233;s dans &#034;L'Effort alg&#233;rien&#034; du 27 f&#233;vrier 1953.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Hommage de Djaout &#224; Mouloud Feraoun</title>
		<link>https://nedjma.org/Hommage-de-Djaout-a-Mouloud-Feraoun</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est l&#224; que Mouloud Feraoun repose &#224; c&#244;t&#233; d'autres morts de son village. Quelques uns des mod&#232;les de &#171; La Terre et le sang &#187; ou des &#171; Chemins qui montent &#187; vaquent encore &#224; leurs affaires &#224; des dizaines de m&#232;tres de l&#224;, o&#249; s'empoignent en d'inexorables parties de dominos dans un caf&#233; proche.Un caf&#233; tapiss&#233; de posters multicolores qui fixent dans une intenable promiscuit&#233; les chanteurs et les vedettes sportives qui faisaient ou font la gloire de la Kabylie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mouloud Feraoun se distingue par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est l&#224; que Mouloud Feraoun repose &#224; c&#244;t&#233; d'autres morts de son village. Quelques uns des mod&#232;les de &#171; La Terre et le sang &#187; ou des &#171; Chemins qui montent &#187; vaquent encore &#224; leurs affaires &#224; des dizaines de m&#232;tres de l&#224;, o&#249; s'empoignent en d'inexorables parties de dominos dans un caf&#233; proche.Un caf&#233; tapiss&#233; de posters multicolores qui fixent dans une intenable promiscuit&#233; les chanteurs et les vedettes sportives qui faisaient ou font la gloire de la Kabylie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouloud Feraoun se distingue par bien peu de choses des villageois au milieu desquels il vivait. Ceux-ci vous ouvrent leurs portes et leurs souvenirs avec cette hospitalit&#233; campagnarde qui n'est pas d&#233;nu&#233;e de m&#233;fiance. Ils sont tout de m&#234;me un peu g&#234;n&#233;s par cette th&#233;orie de gens inconnus, universitaires, journalistes ou simples curieux, qui viennent enqu&#234;ter avec tant de s&#233;rieux, qui viennent perturber la paix et la discr&#233;tion d'un de leurs plus modestes concitoyens. Feraoun leur avait donc cach&#233; quelque chose, lui qui avait pourtant l'air en tous points semblables aux autres ? Il les avait donc jou&#233;s ?. Lors d'un passage &#224; Tizi-Hibel en 1982, nous avons recueilli le t&#233;moignage d'un enseignant qui avait &#233;t&#233; en contact quotidien avec Mouloud Feraoun de &#171; 1919 &#224; 1927, c'est-&#224;-dire la partie de sa vie d&#233;crite dans &#171; Le Fils du pauvre &#187; &#187;. Ce t&#233;moignage nous aide &#224; comprendre ce premier roman qui fonde en 1950 la litt&#233;rature alg&#233;rienne contemporaine, ce roman que Feraoun a &#233;crit presque pour s'amender, pour s'excuser de la chance qui lui a &#233;t&#233; donn&#233;e de s'arracher &#224; la mis&#232;re et de pouvoir s'exprimer au grand jour. Voici le t&#233;moignage de l'enseignant : &#171; Mouloud venait me r&#233;veiller le matin, on buvait du lait de ch&#232;vre, puis on partait &#224; l'&#233;cole. C'&#233;tait un enfant tr&#232;s doux, tr&#232;s calme, il ne jouait jamais, m&#234;me pas durant les r&#233;cr&#233;ations. Il allait &#224; l'&#233;cole pieds nus quelle que soit la saison. Toujours premier de la classe, il &#233;tait ind&#233;tr&#244;nable. La seule mati&#232;re o&#249; il ne brillait pas, c'&#233;tait le dessin. Je l'aidais parfois &#224; faire un dessin et lui m'aidait en calcul. Il &#233;tait maigriot, tr&#232;s p&#226;le, mais il &#233;tait tellement fort dans les &#233;tudes que le ma&#238;tre &#233;vitait de l'interroger. Admis au C.E.P. en 1925 &#224; Larba Nath Irathen, Feraoun et moi avions d&#233;croch&#233; en 1927 la bourse des cours compl&#233;mentaires. Lui avait la bourse enti&#232;re parce que son p&#232;re ne poss&#233;dait rien ; moi, je n'ai pu avoir qu'une bourse partielle et c'est pourquoi j'ai interrompu les &#233;tudes &#187;. C'est dans ce monde de l'enfance d&#233;munie et rude que &#171; Le Fils du pauvre &#187; nous introduit. R&#233;dig&#233; entre 1939 et 1948, le livre parut en 1950 &#224; compte d'auteur aux Cahiers du Nouvel Humanisme (Le Puy). Les mille exemplaires du premier tirage se vendirent assez vite et le roman est r&#233;&#233;dit&#233; au Seuil en janvier 1954 avec quelques modifications : la troisi&#232;me partie de l'&#233;dition de 1950 dispara&#238;t, remplac&#233;e par un chapitre de conclusion r&#233;dig&#233; par Feraoun en 1953. Que repr&#233;sente Mouloud Feraoun pour un lecteur maghr&#233;bin d'aujourd'hui ? Il est int&#233;ressant de tester le cheminement de l'&#339;uvre d'un &#233;crivain qui a jou&#233; un r&#244;le primordial en ces ann&#233;es 50 o&#249; il a grandement contribu&#233; &#224; faire conna&#238;tre au monde les dures conditions de vie de ses compatriotes. Mouloud Feraoun &#233;tait jusqu'&#224; il y a une vingtaine d'ann&#233;es, l'&#233;crivain le plus fr&#233;quent&#233; par les &#233;coliers d'Alg&#233;rie &#8211; et peut-&#234;tre de tout le Maghreb. &#171; Le Fils du pauvre &#187; demeure, malgr&#233; quelques rides grav&#233;es par les ann&#233;es, l'un des livres les plus attachants et les plus vrais de la litt&#233;rature maghr&#233;bine. L'&#339;uvre de Mouloud Feraoun a toujours eu ses d&#233;tracteurs, mais aussi des d&#233;fenseurs convaincus. M&#234;me des &#233;crivains beaucoup plus &#171; violents &#187; que l'auteur des &#171; Chemins qui montent &#187;, tels le Marocain Driss Chraibi, se sont manifest&#233;s &#224; l'occasion pour souligner la valeur de l'&#339;uvre et la probit&#233; de l'auteur. Paradoxalement, les reproches adress&#233;s &#224; Feraoun de son vivant et d&#232;s le d&#233;but de sa carri&#232;re, sont les m&#234;mes que certains exhibent aujourd'hui encore, comme si les outils de la critique n'avaient pas &#233;volu&#233; depuis et comme si le contexte socio-politique et culturel de l'Alg&#233;rie, &#233;tait demeur&#233; immuable. Le plus tenace des griefs s'attache au cachet trop r&#233;gionaliste que d'aucuns d&#233;c&#232;lent dans l'&#339;uvre. Mouloud Feraoun &#233;crivain r&#233;gionaliste ? Ce qui circonscrit un &#233;crivain et d&#233;termine sa dimension, c'est beaucoup moins l'aire o&#249; &#233;voluent ses personnages que la profondeur et la v&#233;racit&#233; de ceux-ci. S'&#233;tant jur&#233; d'&#233;crire une oeuvre r&#233;aliste et populiste (ce dernier terme n'est pas forc&#233;ment p&#233;joratif) notre romancier l'a tout naturellement situ&#233;e par souci de v&#233;rit&#233;, dans sa Kabylie natale, r&#233;gion d'Alg&#233;rie qui lui est la plus famili&#232;re. Le rapport de Jean Giono &#224; la Haute Provence, celui de William Faulkner au Mississipi, celui de James Joyce &#224; Dublin ou celui de John Steinbeck &#224; Salines n'ont jamais fait de ces &#233;crivains des &#233;crivains r&#233;gionalistes. Mais ce qui a longtemps caract&#233;ris&#233; la critique en Alg&#233;rie &#8211; aussi bien la critique universitaire que la critique journalistique &#8211; c'est sa subordination &#224; l'id&#233;ologie du pouvoir dont l'une des hantises opini&#226;tres est celle de l'unit&#233; nationale. On ne peut pas s'enraciner impun&#233;ment dans une r&#233;gion donn&#233;e &#8211; surtout quant cette r&#233;gion est la Kabylie. Il est toutefois ind&#233;niable que la c&#244;te de Mouloud Feraoun a aussi baiss&#233; ces deux derni&#232;res d&#233;cennies pour des raisons objectives qui sont essentiellement au nombre de deux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La mort l'a emp&#234;ch&#233; d'approfondir son oeuvre et de lui trouver des axes neufs comme Mohammed Dib, par exemple, l'a fait apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie ; 2) Il est apparu dans le champ de la litt&#233;rature maghr&#233;bine des th&#232;mes et des styles (Mourad Bourboune, Nabil Far&#232;s, Rachid Mimouni, Mohammed Khair-Eddine, Abdellatif La&#226;bi, Abdelkebir Khatibi, etc.) plus adapt&#233;s aux r&#233;alit&#233;s et aux interrogations du lecteur maghr&#233;bin. Le Journal, derni&#232;re oeuvre &#233;labor&#233;e par Mouloud Feraoun, laisse appara&#238;tre toutes les &#233;nergies cr&#233;atrices, la puissance du t&#233;moignage et la ressource d'&#233;criture que le romancier-conteur mort &#224; 49 ans aurait pu investir dans les travaux litt&#233;raires ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Mouloud Feraoun restera pour les &#233;crivains du Maghreb, un a&#238;n&#233; attachant et respect&#233;, un de ceux qui ont ouvert &#224; la litt&#233;rature nord-africaine l'aire internationale o&#249; elle ne tardera pas &#224; inscrire ses lettres de noblesse. Durant la guerre implacable qui ensanglanta la terre d'Alg&#233;rie, Mouloud Feraoun a port&#233; aux yeux du monde, &#224; l'instar de Mammeri, Dib, Kateb et quelques autres, les profondes souffrances et les espoirs tenaces de son peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que son t&#233;moignage a refus&#233; d'&#234;tre manich&#233;iste, d'aucun y ont vu un t&#233;moignage h&#233;sitant ou timor&#233;. C'est en r&#233;alit&#233; un t&#233;moignage profond&#233;ment humain et humaniste par son poids de sensibilit&#233;, de scepticisme et de v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, cette oeuvre g&#233;n&#233;reuse et ironique inaugur&#233;e par &#171; Le fils du pauvre &#187; demeurera comme une sorte de balise sur la route tortueuse o&#249; la litt&#233;rature maghr&#233;bine arrache peu &#224; peu le droit &#224; la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; Tizi-Hibel. La djema&#226; dont avait parl&#233; Mouloud Feraoun est toujours la m&#234;me, mais beaucoup de vieilles maisons n'existent plus. Sur l'emplacement de l'ancien pressoir, des d&#233;combres o&#249; l'herbe triomphe. Il a fallu &#224; l'&#233;crivain une ing&#233;niosit&#233; d'acrobate pour donner une certaine ampleur &#224; cette &#171; place des danseurs &#187; grande comme la paume de la main, pour situer des aventures et des drames dans ces ruelles o&#249; n'existe m&#234;me pas assez d'espace pour que deux pens&#233;es se croisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques personnages du &#171; Fils du pauvre &#187; et de &#171; La Terre et le Sang &#187; sont toujours l&#224;. Mouloud Feraoun, cet homme imbattable au jeu de &#171; tiddas &#187; (sorte de jeu de dames qui consiste &#224; placer trois pions c&#244;te &#224; c&#244;te) &#233;tait un homme au destin historique ? Allons donc. Ils ne s'en laissent pas conter si facilement. Pour la plupart, l'image qu'ils gardent de Feraoun, l'id&#233;e qu'ils se font de lui est celle d'un fils modeste et irr&#233;prochable du village, avec sa ch&#233;chia et son burnous, avec son opini&#226;tret&#233; de Kabyle dur &#224; l'ouvrage. Si Feraoun a &#233;t&#233; grand pour eux, c'est surtout par sa conduite irr&#233;prochable de citoyen de Tizi-Hibel, par ses grandes qualit&#233;s de c&#339;ur. Le reste est litt&#233;rature&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tahar DJAOUT &lt;br class='autobr' /&gt;
Article paru dans la revue Tiddukla n&#176;14, Et&#233; 1992.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le petit guide du polar alg&#233;rien</title>
		<link>https://nedjma.org/Le-petit-guide-du-polar-algerien</link>
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		<dc:date>2025-10-19T13:11:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il existe plusieurs types de guides sur l'Alg&#233;rie. Des guides g&#233;ographiques, gastronomiques, artistiques, historiques, et m&#234;me politiques. Lorsque les guides litt&#233;raires seront &#233;crits, il faudra qu'ils r&#233;servent un glorieux chapitre aux intrigues, aux meurtres punis, &#224; la justice r&#233;tablie, aux incorruptibles grincheux et aux explorations urbaines. En bref : au roman policier alg&#233;rien. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman policier alg&#233;rien est un genre peu visible en Alg&#233;rie et encore plus au-del&#224;. Les maisons d'&#233;ditions alg&#233;riennes en &#233;ditent peu, les m&#233;dias n'en parlent pas, en d&#233;pit d'un lectorat qui raffole de secrets r&#233;v&#233;l&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; ce manque de visibilit&#233;, les auteurs ont r&#233;guli&#232;rement produit des fictions criminelles, et ont r&#233;ussi &#224; nourrir le genre. Le polar alg&#233;rien est n&#233; en Alg&#233;rie en 1970 avec la publication par la SNED de quatre romans de Youcef Kader (2), le nom d'emprunt de Roger Vilatimo, un &#233;crivain d'origine catalane qui a beaucoup &#233;crit sous plusieurs pseu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce premier lot, la SNED publiera deux romans policiers suppl&#233;mentaires de Youcef Kader (3), en 1972, suivi de &#034;D. contre-attaque&#034; d'Abdelaziz Lamrani en 1973. Six 'polars' voient donc le jour dans les ann&#233;es 1970. Le roman policier alg&#233;rien est n&#233; (4).&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1980 &#224; 1990, le nombre de publications va doubler. On peut en recenser onze (5) dont deux, &#034;Le portrait du disparu&#034; (SNED, 1986) et &#034;Les pirates du d&#233;sert&#034; (SNED, 1986), &#233;crits par Zehira Houfani probablement la premi&#232;re femme auteure du genre en Alg&#233;rie.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1990 &#224; 2000, malgr&#233; les ann&#233;es noires que le pays va connaitre, dix autres romans policiers (6) seront publi&#233;s par des auteurs alg&#233;riens &#233;dit&#233;s par des maisons d'&#233;ditions alg&#233;riennes ou fran&#231;aises. C'est durant cette d&#233;cade que l'on d&#233;couvrira notamment les enqu&#234;tes de l'Inspecteur Llob de Yasmina Khadra.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 2000 &#224; 2010, dix-sept (7) seront &#233;dit&#233;s en Alg&#233;rie et en France, dont celui de Francis Zamponi &#034;Mon Colonel&#034; publi&#233; en France, qui sera le premier &#224; parler du massacre de Guelma et de S&#233;tif. De ce roman sera d'ailleurs tir&#233; le film de Laurent Herbiet du m&#234;me titre. A noter aussi durant cette p&#233;riode, la parution du roman de Rahima Karim &#034;Le meurtre de Sonia Za&#239;d&#034;, la deuxi&#232;me alg&#233;rienne &#224; publier un roman policier, d'ailleurs tr&#232;s bien construit.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 2010 &#224; nos jours, au moins dix romans policiers alg&#233;riens ont &#233;t&#233; publi&#233;s (8) dont l'excellent thriller de l'auteure Amel Bouchareb, en langue arabe, un des romans policiers les mieux travaill&#233;s et d&#233;velopp&#233;s du genre &#224; ce jour publi&#233;s en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi au total, de 1970 &#224; 2016, on peut compter 36 &#233;crivains (9), auteurs de romans policiers &#233;crits en langues arabe et fran&#231;aise. 55 romans policiers sur quarante-six ans - au moins - c'est-&#224;-dire un peu plus d'un roman policier par an depuis la naissance du genre. Quarante-six ann&#233;es d'existence malgr&#233; les obstacles. Le roman policier DZ maintient sa t&#234;te (litt&#233;raire) haute mais de justesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces auteurs ont construit des romans noirs, brutaux et tragiques, autant que des romans moqueurs, au style acerbe, tendu et claquant. Les enqu&#234;tes prennent place sur tout le territoire, &#224; Alger &#224; Oran, &#224; Tamanrasset ou en Kabylie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque soient le style ou le genre, tous les auteurs partagent une m&#234;me passion : la r&#233;solution de crimes. Des crimes d'espionnage, de corruptions politiques, m&#233;diatiques, ou des crimes familiaux, avec des investigations conduites par des professionnels ou des amateurs fut&#233;s m&#234;me si non-initi&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le roman policier alg&#233;rien : un genre &#224; promouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Internationalement parlant, le roman policier se porte tr&#232;s bien. Il est loin d'&#234;tre un genre litt&#233;raire moindre, cette appr&#233;ciation litt&#233;raire condescendante a &#233;t&#233; abandonn&#233;e il y a des ann&#233;es. L'excellent crime fiction &#034;Mon nom est rouge&#034; d'Orhan Pamuk, l'un des plus grands romanciers contemporains turques, laur&#233;at du prix Nobel de litt&#233;rature en 2006, ou la s&#233;rie &#034;Philip Marlowe&#034; &#233;crite par Benjamin Black alias John Banville, l'un des auteurs irlandais les plus importants de la langue anglaise aujourd'hui, illustrent bien la capacit&#233; du roman policier &#224; &#234;tre hautement litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ativit&#233; des auteurs alg&#233;riens, le mod&#232;le type dont ils s'inspirent, les th&#233;matiques sociales dont ils traitent, &#233;troitement li&#233;es &#224; l'actualit&#233; et au contexte historique, politique, &#233;conomique et social du pays, sont des &#233;l&#233;ments non seulement instructifs mais divertissants, peut &#234;tre m&#234;me th&#233;rapeutiques. Ces romans peuvent certainement servir &#224; informer de nombreuses &#233;tudes litt&#233;raires (10) en plus de nous faire m&#233;diter sur une situation socioculturelle complexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous pensez que le g&#233;nie litt&#233;raire alg&#233;rien a fait ses valises, d&#233;trompez-vous, il est bien rest&#233; chez nous et il est all&#233; se plonger dans le genre policier chez les auteurs qui le portent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Le roman policier est compris ici comme une fiction construite autour d'un crime &#224; r&#233;soudre. Pour d&#233;crire le genre, l'appellation crime fiction est beaucoup plus appropri&#233;e que roman policier car la police ne joue pas toujours de r&#244;le dans ce type de romans (enqu&#234;te faite par un non-initi&#233; par exemple). Crime fiction est d'autant plus ad&#233;quat que l'appellation polar a une connotation d&#233;pr&#233;ciative - le mot polar provient de la juxtaposition de pol- (policier) et -ar, un suffixe argotique rendant le terme familier, ce qui distancie le genre d'un corps tr&#232;s litt&#233;raire auquel beaucoup de romans appartiennent. Auteur alg&#233;rien est pris ici au sens large, c'est &#224; dire un auteur n&#233; en Alg&#233;rie ou d'origine alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) &#171; D&#233;livrez la Fidayia ! &#187;, &#171; Halte au plan terreur &#187;, &#171; Pas de &#171; Pantoms &#187; pour Tel-Aviv &#187; et &#171; La Vengeance passe par Ghaza &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) &#171; Les bourreaux meurent aussi... &#187; et &#171; Quand les &#034;Panth&#232;res&#034; attaquent &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Le total qui suit est mon d&#233;compte personnel, je n'ai trouv&#233; que deux romans policiers en langue arabe, et ils sont r&#233;cents. Je reste certaine que d'autres ont &#233;t&#233; publi&#233;s, mais leur existence ne m'est pas encore connue. Il est possible que des romans policiers en Tamazight ait &#233;t&#233; publi&#233;s &#233;galement et me sont &#233;galement inconnus. De m&#234;me pour les romans policiers en lange fran&#231;aise, si vous en connaissez d'autres, n'h&#233;sitez pas &#224; m'en informer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Pi&#232;ge a Tel-Aviv de Abdelaziz Lamrani (SNED, 1980), Banderilles et muleta de Abahri Larbi (SNED, 1981), Le portrait du disparu de Zehira Houfani (SNED, 1986), Les pirates du d&#233;sert de Zehira Houfani (SNED, 1986), La r&#233;surrection d'Antar de Djamel Dib (ENAL, 1986), La Saga des Djinns de Djamel Dib (1986), Mimouna de Salim A&#239;ssa (ENAL, 1987), Adel s'emm&#234;le de Salim A&#239;ssa (ENAL, 1988), Double Djo pour une muette de Rabah Zeghouda (1988), L'archipel du Stalag de Djamel Dib (ENAL, 1989), Les barons de la p&#233;nurie de Said Sma&#239;l (SNED, 1989).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) L'empire des d&#233;mons de Sa&#239;d Sma&#239;l (SNED, 1990), Le dingue au bistouri de Yasmina Khadra (Lamphonic, Alger, 1990), Fredy la rafale de Mohamed Benayat (ENAL, 1991), Double blanc de Yasmina Khadra (Baleine, 1998), La Foire des enfoir&#233;s (Laphomic, 1993), Morituri de Yasmina Khadra (1997), L'Automne des chim&#232;res (Baleine, 1998), Avis d'&#233;ch&#233;ance de Mouloud Akkouche (Gallimard, 1998). Je signale aussi Au nom du fils de Abed Charef (Aube, 1999) et 31 rue de l'aigle de Abdelkader Djema&#239; qui sont des romans construits sur une intrigue criminelle mais ne sont pas des policiers au sens strict du terme, si on cherche une cat&#233;gorie on peut les classer comme m&#233;ta-policiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
(7) Mon colonel de Francis Zamponi (Broche 2002), S&#233;rail killer de Lakhdar Belaid (2000), Le passeport de Azouz Begag (Seuil, 2000), L'homme de la premi&#232;re phrase de Salah Guemriche (Rivages, 2000), Le serment des barbares de Boualem Sansal (Gallimard, 2001), Le casse-t&#234;te turc de Adlene Meddi (Barzakh, 2002), Takfir Sentinelle de Lakhdar Bela&#239;d (Gallimard, 2002), Le meurtre de Sonia Za&#239;d de Rahima Karim (Marsa, 2002), A la m&#233;moire du commandant Larbi de Nabil Benali (Barzakh 2002), Meurtres en Sera&#239;l de Abdessemed Charaf (Broche, 2002), Complot &#224; Alger de Ahmed Gasmia (Casbah 2006), Ombre 67 de Ahmed Gasmia (Casbah 2007), Commissaire Krim de YB aka Yassir Benmiloud (Grasset 2008), La pri&#232;re du Maure de Adlene Meddi (Barzakh 2008), Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio de Amara Lakhous (Europa 2008), Le pouvoir de l'ombre de Mohamed Benayat (Milles Feuilles, 2009) ; dont un m&#233;tapolicier : Le chien de Titanic de Ali Malek (Barzakh 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) L'&#233;trangleur d'Alger de Azdine (Apic Noir 2010), Le roman noir d'Ali de Abdelkader Ferchiche (Alpha, 2010), Alger la noire de Maurice Attia (Barzakh, 2012), Intrigue &#224; Sidi Fredj de Khaled Mandi (Mazola, 2012), Querelle pour un petit cochon italianissime &#224; San Salvario de Amara Lakhous (Europa, 2014), Qu'attendent les singes de Yasmina Khadra (Juliard, 2014), &#1606;&#1576;&#1590;&#1575;&#1578; &#1571;&#1582;&#1585; &#1575;&#1604;&#1610;&#1604; de Nassima Bouloufa (Viscera, 2015), &#1587;&#1603;&#1585;&#1575;&#1578; &#1606;&#1580;&#1605;&#1577; de Amel Bouchareb (Chihab, 2015). Autres m&#233;ta-policier : Le rapt de Anouar Benmalek (Fayard, 2011). Je signale le tr&#232;s bon roman de Mohamed Benchicou, La mission (Koukou, 2014), le r&#233;cit d'une investigation o&#249; il y a eu crime mais pas dans le m&#234;me contexte structurel que celui d'un roman policier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Cinq autres auteurs &#233;trangers sont &#224; noter et &#224; lire, dans l'optique d'une appr&#233;ciation des th&#233;matiques li&#233;es &#224; l'Alg&#233;rie et qui apparaissent dans le genre globalement. Ces auteurs &#233;trangers ont &#233;t&#233; en contact avec l'Alg&#233;rie, y ont v&#233;cu pendant une p&#233;riode, et/ou ce sont inspir&#233;s de l'histoire contemporaine alg&#233;rienne pour tisser leurs intrigues : Le Mur, le Kabyle et le Marin d'Antonin Varenne (Viviane Hamy eds, 2009) [Fr], Un baiser sans moustache de Catherine Simon (Gallimard, 1998) [Fr], Le pied rouge de Fran&#231;ois Muratet (Actes Sud, 2002) [Maroc], Meurtres pour m&#233;moire de Didier Daeninckx (Gallimard, 1984) [Fr], et Du vide plein les yeux de J&#233;r&#233;mie Guez (La Tengo, 2013) [Fr].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) D'excellentes &#233;tudes ont &#233;t&#233; men&#233;es sur le genre : voir celles de Dr Miloud Benhaimouda Formation du roman policier alg&#233;rien 1962-2002 (2004-2005) et Mythologies du roman policier alg&#233;rien (2008) ; Beate Bechter-Burtscher Le d&#233;veloppement du roman policier alg&#233;rien d'expression fran&#231;aise [entre 1970 et 1998] (1998).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nadia Ghanem&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>La litt&#233;rature Alg&#233;rienne de 1950 &#224; 1956.</title>
		<link>https://nedjma.org/La-litterature-Algerienne-de-1950-a-1956</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es sont celles du d&#233;voilement du malaise qui couvait depuis longtemps.La seconde guerre mondiale, la r&#233;pression de mai 1945, la mis&#232;re, la mont&#233;e des nationalit&#233;s ailleurs, l'action des partis nationalistes ailleurs pour une ind&#233;pendance de plus en plus pr&#233;cis&#233;e entra&#238;nant des prises de conscience dans les milieux intellectuelles. Penseurs, lettr&#233;s, essayistes, romanciers s'interrogent et se posent, dans leur ali&#233;nation, le probl&#232;me capital de l'identit&#233; : Qui suis-je ? Colonis&#233;s,ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH52/litterature_1950-1956_1_-10c45.jpg?1777231660' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='52' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces ann&#233;es sont celles du d&#233;voilement du malaise qui couvait depuis longtemps.La seconde guerre mondiale, la r&#233;pression de mai 1945, la mis&#232;re, la mont&#233;e des nationalit&#233;s ailleurs, l'action des partis nationalistes ailleurs pour une ind&#233;pendance de plus en plus pr&#233;cis&#233;e entra&#238;nant des prises de conscience dans les milieux intellectuelles. Penseurs, lettr&#233;s, essayistes, romanciers s'interrogent et se posent, dans leur ali&#233;nation, le probl&#232;me capital de l'identit&#233; : Qui suis-je ? Colonis&#233;s,ils se rendent compte qu'ils ne sont pas respect&#233;s dans leur dignit&#233; d'hommes.Ils vont d&#233;voiler ce drame et le conflit de civilisation.Il ne s'agit plus maintenant de rester soi-m&#234;me, mais de revendiquer explicitement un nom, une patrie,bref d'&#234;tre reconnu, &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature alg&#233;rienne de langue fran&#231;aise na&#238;t vraiment &#224; cette date, presque comme une g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e, en qualit&#233;. Le Fils du pauvre de Mouloud Feraoun parait &#224; compte d'auteur en 1950. Les premiers auteurs &#233;crivent d'abord dans les revues culturelles et litt&#233;raires lanc&#233;es par les Fran&#231;ais, comme nous l'avons vu durant ces ann&#233;es 50, puis vont s'en s&#233;parer peu &#224; peu, tout en gardant de solides amiti&#233;s avec des &#233;crivains fran&#231;ais. La litt&#233;rature alg&#233;rienne va conqu&#233;rir un public europ&#233;en mais en faisant entendre un langage nouveau, donnant une image diff&#233;rente de celle qui avait &#233;t&#233; peinte des Alg&#233;riens par les romanciers de l'&#233;poque coloniale et de l'&#201;cole d'Alger.&#034;L'&#201;ternel Jugurtha&#034; s'affirmait dans sa dignit&#233; et son langage en d&#233;concertait beaucoup. Les leaders nationalistes publient de petites brochures et des manifestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un essayiste autocritique, Malek Bennabi, fait paraitre en 1954 un ouvrage qui rend un son nouveau, Vocation de l'islam, Mais le 1 er novembre 1954, l'heure n'&#233;tait plus &#224; la reforme de l'homme&#034;post-almohadien&#034; ( Bennabi ), elle &#233;tait aux armes, En cette ann&#233;e 1954, Nadir Bouzar faisait para&#238;tre un volent pamphlet contre la France ; J'ai cru en la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1950, d'un bout &#224; l'autre du Maghreb apparaissent les romans de Feraoun, Dib, Mammeri, Memmi, Chraibi,Sefrioui...M&#233;contents de l'image donn&#233;e de leur soci&#233;t&#233; par les &#034;autres&#034;, ils entendent parler en clair et en v&#233;rit&#233; d'eux-m&#234;me et des leurs. Ils parlent de leur malaise et du malentendu mais d&#233;noncent aussi les coutumes surann&#233;es, les scl&#233;rose internes, les conflits de g&#233;n&#233;rations. Ils remettent en question de vielles valeurs. Leurs romans sont souvent en grande partie autobiographiques, posant des questions sur la conjoncture, sur eux-m&#234;me, leur familles, leurs soci&#233;t&#233;s : Pourquoi sommes-nous ainsi domin&#233;s ? A qui la faute ? Qu'avons-nous fait pour vivre ainsi ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;JEAN DEJEUX&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La litt&#233;rature alg&#233;rienne de Mouloud Feraoun</title>
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&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es la critique saluait.comme la naissance d'un printemps timide, l'&#233;closion d'une certaine litt&#233;rature alg&#233;rienne qui fut re&#231;ue en France avec cet int&#233;r&#234;t anxieux que suscitent, dans les moments difficiles,des messagers authentiques.Pour la premi&#232;re fois, une certaine Alg&#233;rie faisait entendre sa voix , une voix qui ne triomphait pas, un langage qui venait du c&#339;ur et empoignait les c&#339;urs. Quelques &#233;crivains musulmans de naissance et de tradition, b&#233;n&#233;ficiant d'un accueil (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es la critique saluait.comme la naissance d'un printemps timide, l'&#233;closion d'une certaine litt&#233;rature alg&#233;rienne qui fut re&#231;ue en France avec cet int&#233;r&#234;t anxieux que suscitent, dans les moments difficiles,des messagers authentiques.Pour la premi&#232;re fois, une certaine Alg&#233;rie faisait entendre sa voix , une voix qui ne triomphait pas, un langage qui venait du c&#339;ur et empoignait les c&#339;urs. Quelques &#233;crivains musulmans de naissance et de tradition, b&#233;n&#233;ficiant d'un accueil chaleureux, s'installaient de plein pied dans la litt&#233;rature fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient cet int&#233;r&#234;t et, aussi, pourquoi cette floraison de bon augure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le drame cruel qui nous d&#233;chire depuis de longs mois, il pourrait sembler pu&#233;ril et vain de se poser de telles questions alors que l'unique probl&#232;me qui doit tous nous pr&#233;occuper est celui de notre commune angoisse, de nos deuils communs, Condamn&#233; &#224; un douloureux mutisme, au cours d'un tragique affrontement, nous croyons cependant que l'&#233;crivain peut jeter un regard en arri&#232;re pour tenter de d&#233;couvrir, dans un pass&#233; plus serein, les promesses d'un avenir fraternel qu'il a voulu aider &#224; pr&#233;parer ; ne serait ce que pour se justifier pour d&#233;clarer sans rougir qu'il n'a pas failli &#224; sa tache, en m&#234;me temps qu'il redit son espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t vient, sans doute, de ce que l'on &#233;tait pr&#234;t &#224; nous entendre et qu'on attendait de nous des t&#233;moignages sinc&#232;res ; la floraison s'explique par notre imp&#233;rieux besoin de t&#233;moigner sinc&#232;rement, enti&#232;rement, de saisir notre r&#233;alit&#233; sur le vif et dans tous ses aspects afin de dissiper des malentendus tenaces et de priver les consciences tranquilles de l'excuse de l'ignorance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Mouloud Feraoun&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Mouloud Feraoun in La terre et le sang</title>
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&lt;p&gt;C'est moins la crainte de l'avenir qu'une certaine d&#233;ception qui fait parler Amer. Il ne comprend pas que sa dame soit si heureuse car tout lui semble vieilli, d&#233;laiss&#233; et enlaidi. Bien qu'il se f&#251;t souvent repr&#233;sent&#233;, en France, son village, ses gens et ses champs,sous leur aspect le moins engageant, il reconna&#238;t maintenant que son imagination n'avait pas os&#233; aller jusqu'&#224; la r&#233;alit&#233;.Ou bien alors, a-t-il pris d&#233;s yeux neufs ? Un regard plus s&#233;v&#232;re ? Pourquoi, dans ce cas, la Fran&#231;aise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est moins la crainte de l'avenir qu'une certaine d&#233;ception qui fait parler Amer. Il ne comprend pas que sa dame soit si heureuse car tout lui semble vieilli, d&#233;laiss&#233; et enlaidi. Bien qu'il se f&#251;t souvent repr&#233;sent&#233;, en France, son village, ses gens et ses champs,sous leur aspect le moins engageant, il reconna&#238;t maintenant que son imagination n'avait pas os&#233; aller jusqu'&#224; la r&#233;alit&#233;.Ou bien alors, a-t-il pris d&#233;s yeux neufs ? Un regard plus s&#233;v&#232;re ? Pourquoi, dans ce cas, la Fran&#231;aise verrait-elle autrement ? En bonne logique, elle devrait &#234;tre d&#233;&#231;ue &#224; faire piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233;, pourtant, c'est que le pays n'a pas chang&#233;. Seulement le regard d'Amer n'est plus un regard d'enfant.A pr&#233;sent, les gens et les choses n'ont plus ce halo id&#233;al dont les enveloppait l'enfance, cette esp&#232;ce de cellophane brillante qui embellit les paquets : il voit les rugosit&#233;s, les rides, les f&#234;lures. Le sentier, tout mang&#233; de broussailles, est devenu ridicule. Le grand ch&#234;ne, qu'il s'imaginait colossal et auquel il pensait chaque fois qu'il rencontrait un grand arbre en France, ne m&#233;rite aucun respect : il est l&#224;, &#224; l'attendre depuis quinze ans avec son feuillage poussi&#233;reux et clairsem&#233;, son allure de vieillard efflanqu&#233; qui n'a rien de majestueux. Les figuiers ont vieilli mais pas grandi. &#199;a et l&#224;, des moignons secs, des rameaux tordus, un jeune arbre mutil&#233; par des animaux. Un champ en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sent cela.L&#224; encore, c'est un reproche. Oui, Madame a raison. Il vaut mieux s'en aller. N'emp&#234;che ! il est bien pris maintenant.Le d&#233;dain, ni la d&#233;ception ne serviront de rien. Il est homme dans ce pays qui l'a connu enfant&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Mouloud Feraoun &lt;br class='autobr' /&gt;
La terre et le sang&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Extrait &#034;L'&#226;ne d'or&#034;</title>
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&lt;p&gt;D&#232;s que la nuit se fut dissip&#233;e et qu'un nouveau soleil eut ramen&#233; le jour, je dis adieu au sommeil et au lit, avec cette curiosit&#233; f&#233;brile d'un amateur du merveilleux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, me disais-je, me voici dans cette Thessalie, terre natale de l'art magique, et qui fait tant de bruit dans le monde par ses prodiges. C'est donc ici que s'est pass&#233; tout ce que ce bon Aristom&#232;ne nous a cont&#233; en route ! J'&#233;prouvais je ne sais quel d&#233;sir vague et inquiet, et je promenais de toutes parts mes regards (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s que la nuit se fut dissip&#233;e et qu'un nouveau soleil eut ramen&#233; le jour, je dis adieu au sommeil et au lit, avec cette curiosit&#233; f&#233;brile d'un amateur du merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, me disais-je, me voici dans cette Thessalie, terre natale de l'art magique, et qui fait tant de bruit dans le monde par ses prodiges. C'est donc ici que s'est pass&#233; tout ce que ce bon Aristom&#232;ne nous a cont&#233; en route ! J'&#233;prouvais je ne sais quel d&#233;sir vague et inquiet, et je promenais de toutes parts mes regards scrutateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul objet ne se pr&#233;sentait &#224; ma vue, que je ne le prisse pour autre que ce qu'il &#233;tait. Tout me semblait m&#233;tamorphose. Dans les pierres, les oiseaux, les arbres du Pom&#233;rium, les fontaines de la ville, je voyais autant de cr&#233;atures humaines, transmu&#233;es par la vertu des fatales paroles. Le charme avait p&#233;trifi&#233; les uns, emplum&#233; les autres, command&#233; &#224; ceux-ci de pousser des feuilles, &#224; ceux-l&#224; de faire jaillir l'eau du fond de leurs veines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semblait que des statues allaient marcher, les murailles parler, le b&#233;tail pr&#233;dire, et que, de la vo&#251;te des cieux, le soleil lui-m&#234;me allait prononcer des oracles. J'allais et venais, frapp&#233; de stupeur, tortur&#233; par l'attente ; sans apercevoir m&#234;me un commencement de r&#233;alisation de toute cette fantasmagorie. Enfin, tout en errant de porte en porte, me dandinant comme un d&#233;s&#339;uvr&#233; et marchant en zigzag comme un homme ivre, je me trouvai insensiblement au milieu du march&#233;. Une dame passait, avec un nombreux cort&#232;ge de domestiques. Je h&#226;tai le pas pour la joindre. Le luxe de ses pierreries, et l'or qui brillait sur ses v&#234;tements, ici en tissu, l&#224; en broderie, annon&#231;aient une dame de haut parage. Elle avait &#224; ses c&#244;t&#233;s un homme d'&#226;ge 19 avanc&#233;, qui s'&#233;cria en m'apercevant : Eh ! oui, c'est bien Lucius ! L&#224;-dessus, il m'embrasse ; et marmottant je ne sais quoi &#224; l'oreille de la dame : Approchez donc, me dit-il, et saluez votre m&#232;re.Qui ? moi ? r&#233;pondis-je ; je ne connais pas cette dame....&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Apul&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#226;ne d'or ou les m&#233;tamorphoses&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Extrait &#034;Les fr&#232;res Karamazov&#034;</title>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#034;&#8212; Tu retombes dans la philosophie ? dit Ivan, les dents serr&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
-- Que Dieu m'en pr&#233;serve ! Mais on ne peut s'emp&#234;cher de se plaindre parfois. Je suis calomni&#233;. Tu me traites &#224; tout moment d'imb&#233;cile. On voit bien que tu es un jeune homme. Mon ami, il n'y a pas que l'esprit. J'ai re&#231;u de la nature un c&#339;ur bon et gai, &#171; j'ai aussi compos&#233; des vaudevilles &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu me prends, je crois, pour un vieux Khlestakov, mais ma destin&#233;e est bien plus s&#233;rieuse. Par une sorte de d&#233;cret inexplicable, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH122/extrait-dostoivski-2-f3b4e.png?1777231660' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;&#8212; Tu retombes dans la philosophie ? dit Ivan, les dents serr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Que Dieu m'en pr&#233;serve ! Mais on ne peut s'emp&#234;cher de se plaindre parfois. Je suis calomni&#233;. Tu me traites &#224; tout moment d'imb&#233;cile. On voit bien que tu es un jeune homme. Mon ami, il n'y a pas que l'esprit. J'ai re&#231;u de la nature un c&#339;ur bon et gai, &#171; j'ai aussi compos&#233; des vaudevilles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me prends, je crois, pour un vieux Khlestakov, mais ma destin&#233;e est bien plus s&#233;rieuse. Par une sorte de d&#233;cret inexplicable, j'ai pour mission de &#171; nier &#187; ; pourtant je suis fonci&#232;rement bon et inapte &#224; la n&#233;gation. &#171; Non, il faut que tu nies ! Sans n&#233;gation, pas de critique, et que deviendraient les revues, sans la critique ? Il ne resterait plus qu'un hosanna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour la vie cela ne suffit pas, il faut que cet hosanna passe par le creuset du doute, etc. &#187; D'ailleurs, je ne me m&#234;le pas de tout &#231;a, ce n'est pas moi qui ai invent&#233; la critique, je n'en suis pas responsable. J'ai servi de bouc &#233;missaire, on m'a oblig&#233; &#224; faire de la critique, et la vie commen&#231;a. Mais moi, qui comprends le sel de la com&#233;die, j'aspire au n&#233;ant. &#171; Non, il faut que tu vives, me r&#233;plique-t-on, car sans toi rien n'existerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout &#233;tait raisonnable sur la terre, il ne s'y passerait rien. Sans toi, pas d'&#233;v&#233;nements ; or, il faut des &#233;v&#233;nements. &#187; Je remplis donc ma mission, bien &#224; contrec&#339;ur, pour susciter des &#233;v&#233;nements, et je r&#233;alise l'irrationnel, par ordre. Les gens prennent cette com&#233;die au s&#233;rieux, malgr&#233; tout leur esprit. C'est pour eux une trag&#233;die. Ils souffrent, &#233;videmment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il vivent, d'une vie r&#233;elle et non imaginaire, car la souffrance, c'est la vie. Sans la souffrance, quel plaisir offrirait-elle ? Tout ressemblerait &#224; un Te Deum interminable ; c'est saint, mais bien ennuyeux. Et moi ? Je souffre, et pourtant je ne vis pas. Je suis l'x d'une &#233;quation inconnue. Je suis le spectre de la vie, qui a perdu la notion des choses et oublie jusqu'&#224; son nom. Tu ris&#8230; non, tu ne ris pas, tu te f&#226;ches encore, comme toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il te faudrait toujours de l'esprit ; or, je te le r&#233;p&#232;te, je donnerais toute cette vie sid&#233;rale, tous les grades, tous les honneurs, pour m'incarner dans l'&#226;me d'une marchande ob&#232;se et faire br&#251;ler des cierges &#224; l'&#233;glise.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu veux, j'ai la m&#234;me philosophie que toi, c'est vrai. Je pense, donc je suis, voil&#224; ce qui est s&#251;r ; quand au reste, quant &#224; tous ces mondes, Dieu et Satan lui-m&#234;me, tout cela ne m'est pas prouv&#233;. Ont-ils une existence propre, ou est-ce seulement une &#233;manation de moi, le d&#233;veloppement successif de mon moi, qui existe temporellement et personnellement ?&#8230; Je m'arr&#234;te, car j'ai l'impression que tu vas me battre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Fiodor Dosto&#239;evski&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les fr&#232;res Karamazov&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage de Rachid Boudjedra &#224; Tahar Djaout</title>
		<link>https://nedjma.org/Hommage-de-Rachid-Boudjedra-a-Tahar-Djaout</link>
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		<dc:date>2025-10-17T05:22:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



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&lt;a href="https://nedjma.org/-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je connaissais Tahar avant de l'avoir rencontr&#233;. Au printemps 1971, Beyrouth vivait dans l'opulence, l'intelligence et l'insouciance. Cela n'allait pas durer ! A cette &#233;poque, je s&#233;journais dans cette ville o&#249; &#233;tait &#233;dit&#233;e la meilleure revue arabe consacr&#233;e &#224; la litt&#233;rature. Il s'agissait de Mawakaf que dirigeait le grand po&#232;te Adonis et dont j'&#233;tais un des membres du comit&#233; de r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adonis me demanda un jour de traduire quelques jeunes po&#232;tes alg&#233;riens de langue fran&#231;aise, pour la revue. Sans h&#233;siter, je choisis Djaout qui me semblait le meilleur. De loin ! Plus tard, Djaout devint le talentueux romancier que l'on sait. Son assassinat barbare par les int&#233;gristes islamistes, ce 20 mai 93, transforma sa vie en destin et sa litt&#233;rature en profession de foi esth&#233;tique. Je l'avais donc traduit en arabe alors qu'il n'avait pas dix-huit ans. C'&#233;tait la premi&#232;re fois et la derni&#232;re fois qu'on le faisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu cette intuition et cet honneur alors qu'il &#233;tait encore &#233;tudiant en math&#233;matiques et totalement inconnu. Tahar est n&#233; dans la guerre d'Alg&#233;rie (1954), il est mort dans l'horreur int&#233;griste (1993). Tout un destin. Tout un malheur o&#249; seuls les livres qu'il avait &#233;crits &#233;taient de superbes parenth&#232;ses de bonheur. Math&#233;maticien de formation, Djaout avait choisi d'&#233;crire de toutes les mani&#232;res et de toutes les fa&#231;ons. Ainsi il devint journaliste et se consacra exclusivement &#224; la critique d'art par go&#251;t et par passion de l'&#233;crit. A cette &#233;poque, il n'y avait pas de journaux ind&#233;pendants et il travailla &#224; El Moudjahid. Puis &#224; Alg&#233;rie-Actualit&#233;, journaux d'&#201;tat, bien s&#251;r ! C'est sur ce point que certains intellectuels flous et malhonn&#234;tes, tant alg&#233;riens que fran&#231;ais, ont fait planer le doute sur l'honn&#234;tet&#233; et l'int&#233;grit&#233; de Tahar Djaout, apr&#232;s son assassinat, l'accusant d'avoir collabor&#233; avec le pouvoir et justifiant, par voie de cons&#233;quence, son assassinat par les terroristes int&#233;gristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ver &#233;tait dans le fruit. Le mal &#233;tait fait. La suspicion install&#233;e d'une fa&#231;on perverse et anodine, &#224; l'encontre de l'&#233;crivain. Tahar Djaout n'a jamais collabor&#233; avec le pouvoir. Il a simplement travaill&#233; comme critique d'art dans un journal &#233;tatique &#224; une &#233;poque o&#249; il n'y avait pas d'autre choix. D&#232;s que cela fut possible, il fonda avec quelques amis l'hebdomadaire Ruptures dont le titre est &#224; lui seul tout un programme, et auquel j'ai collabor&#233; pendant sa courte existence qui s'arr&#234;ta le jour o&#249; un ignoble fanatique logea deux balles dans la t&#234;te de l'&#233;crivain, au moment o&#249; il allait d&#233;poser ses deux fillettes devant leur &#233;cole. La barbarie n'a pas d'&#233;tats d'&#226;me... S'il faut parler de la vie et de la mort de Tahar Djaout et des autres victimes du terrorisme tels le dramaturge Abdelkader Alloula et les &#233;crivains Laadi Flici, Yousef Sebti et Merzak Bagtache ; tel le libraire pied-noir Joaquim Grau qui tenait la plus belle et la plus prestigieuse librairie d'Alger ; ou tels ces trente-cinq journalistes ; cela ne devrait pas se faire par &#224;-coups, par bribes ou par recoupements, mais d'une fa&#231;on globale et m&#233;thodique, sinon l'histoire serait fallacieuse et vicelarde. Pendant que les planqu&#233;s de l'intellect coulaient des jours tranquilles sur les bords de Seine, Tahar Djaout et ses amis assassin&#233;s trimaient, survivaient et produisaient vaille que vaille dans leur pays, loin des ors et des honneurs, dans la solitude et la d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire retiendra que Djaout est n&#233; pauvre et qu'il est mort pauvre, locataire d'un petit appartement dans une cit&#233; populaire de la banlieue d'Alger. Il a v&#233;cu proprement et a &#233;crit avec un r&#233;el bonheur et un &#233;norme talent. C'&#233;tait un pur. Son pr&#233;nom veut dire cela, en arabe, rien que cela ! Mais voil&#224; qu'on vient de l'assassiner une deuxi&#232;me fois, cette fois-ci, en France, &#224; Paris, le jour du premier anniversaire de sa mort. Arte devait lui consacrer un hommage. J'&#233;tais &#224; Paris. C'&#233;tait le 20 mai 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais impatient de regarder cette &#233;mission. Ce fut en fait une ex&#233;cution ; une deuxi&#232;me mort. On donna la parole &#224; un pseudo-romancier alg&#233;rien apparatchik du FLN jusqu'en 1992, qui justifia lui aussi le crime dont Tahar Djaout a &#233;t&#233; la victime et laissa couler son venin et sa haine contre lui, l'accusant de collaboration avec la France et lui reprochant d'&#233;crire en fran&#231;ais. Je n'ai pu dormir cette nuit-l&#224;. Le lendemain matin je pris le premier avion pour Alger. J'&#233;tais &#224; la fois &#233;c&#339;ur&#233; et &#233;pouvant&#233;. O&#249; se trouvaient les hauts fonctionnaires de la francophonie ce soir-l&#224; ? Le soir de la deuxi&#232;me mort de Tahar Djaout ! Est-ce ainsi que les m&#233;dias fran&#231;ais vivent ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rachid Boudjedra&lt;br class='autobr' /&gt;
Lettres alg&#233;riennes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Vingt ans apr&#232;s de Kateb Yacine</title>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le village&#8221;pendant la guerre, fut entour&#233; de barbel&#233;s. Pour l'homme de la montagne et des hauts-plateaux, les habitants de S&#233;drata, ce sont &#171; les gens du fil de fer &#187;. Il a pour eux tout le m&#233;pris du loup pour le chien. Il ne mange pas &#224; sa main, mais il se sent libre. Ce qui le rend d'autant plus fier, d'autant plus ombrageux. Nul ne s'attache plus que lui aux tradi- tions, aux m&#339;urs et aux coutumes. C'est son d&#233;fi aux temps modernes qui ne p&#233;n&#232;trent dans les campagnes que par bonds (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le village&#8221;pendant la guerre, fut entour&#233; de barbel&#233;s. Pour l'homme de la montagne et des hauts-plateaux, les habitants de S&#233;drata, ce sont &#171; les gens du fil de fer &#187;. Il a pour eux tout le m&#233;pris du loup pour le chien. Il ne mange pas &#224; sa main, mais il se sent libre. Ce qui le rend d'autant plus fier, d'autant plus ombrageux. Nul ne s'attache plus que lui aux tradi- tions, aux m&#339;urs et aux coutumes. C'est son d&#233;fi aux temps modernes qui ne p&#233;n&#232;trent dans les campagnes que par bonds impr&#233;vus, comme le transistor autour duquel on se rassemble, &#224; la lueur d'une lampe &#224; p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, le monde ext&#233;rieur est &#224; la fois re&#231;u et tenu en respect dans l'ambiance ancestrale. Imaginez, par exemple, une femme en pantalon qui entre dans un bain maure. Enti&#232;rement v&#234;tue &#224; l'Europ&#233;enne, elle s'est coiff&#233;e d'un bonnet d'astrakan. &#192; son entr&#233;e, les femmes fuient. On l'a prise pour un jeune homme, elle &#233;clate de rire et &#244;te son bonnet, lib&#233;rant ses longs cheveux noirs. Les paysannes qui sont au-bain, vite remises de leur confusion, se montrent indign&#233;es, elles somment &#171; la fille-du- fil-de-fer &#187; de ne plus s'habiller comme un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une bonne occasion de lui faire essayer plus d'une robe couleur locale, avec des cris d'admiration farouche, cat&#233;gorique n'est-elle pas plus belle ainsi ? J'&#233;cris ces lignes &#224; S&#233;drata, sur la tombe de mon fr&#232;re a&#238;n&#233; Belghith, mort de nostalgie, &#224; l'&#226;ge de deux ans. Brusquement r&#233;pudi&#233;e apr&#232;s une querelle, ma m&#232;re ne revint que pour les derniers jours de son premier enfant. Belghith, ainsi nomm&#233; d'apr&#232;s le saint de S&#233;drata, &#233;tait alors son fils unique &#8212; mon p&#232;re ayant d&#233;j&#224; une fille, Hadjira, n&#233;e d'un premier mariage &#224; Constantine et rest&#233;e chez sa m&#232;re apr&#232;s le divorce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures apr&#232;s le d&#233;part de ma m&#232;re, Belghith la r&#233;clama, pleura toute la nuit, toutes les nuits suivantes. Il refusait toute nourriture. Mon p&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; aurait sans doute voulu sauter dans une voiture et ramener ma m&#232;re. Il n'en eut pas le temps. Belghith mourut dans les bras de ma m&#232;re qui repartit chez ses parents dans la m&#234;me ann&#233;e, apr&#232;s une autre brouille, enceinte d'un autre enfant : je vis le jour &#224; Constantine, chez la tante Khadoudja, qui fit venir les musi- ciens, au septi&#232;me jour de ma naissance. Je suis bien n&#233; &#224; Constantine, on ne sait trop quel jour de juillet ou d'ao&#251;t, mais mon grand-p&#232;re maternel, bach adel &#224; Cond&#233;-Smendou, m'inscrivit &#224; l'&#233;tat civil de ce village du Nord-Constantinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Belghith agonisait, mon p&#232;re qui l'avait vu sourire aux hirondelles, les fit peindre au plafond. Plus tard, quand ma m&#232;re d&#233;lira, elle parla aux oiseaux, et leur attribua un pouvoir mal&#233;fique. IL s'arr&#234;ta encore, et la reprit par les deux bras. Il y eut une autre averse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage ruisselant, elle sembla parler longue- ment dans le vide. Beaucoup avaient &#233;crit leurs noms apr&#232;s la m&#234;me halte pensive ou tapageuse, et plong&#233; avec leur mys- t&#232;re dans le gouffre o&#249; le fleuve &#224; sec n'avait laiss&#233; qu'un sou- venir de cascade souterraine, et lui, que faisait-il, pench&#233; sur le Rhummel ? Il affrontait une autre mort, il luttait contre celle qui l'avait nourri, mais n'avait pu le voir grandir, sinon comme grandissent les enfants malheureux, en secret, &#224; l'aveu- glette, l'avait tout juste soutenu, alors qu'il d&#233;ployait ses ailes, impatient de s'en aller, sans m&#234;me avoir conscience d'une s&#233;paration, car il ne partait pas, il s'envolait comme l'hiron- delle, comme la cigogne, comme l'oiseau des nostalgies, mais le vent avait _emport&#233; le nid de son enfance, et c'&#233;tait le Rhummel aba&#239;donn&#233; si au fond des gorges, c'&#233;tait le vieux Rhummel qui devenait son soupirail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kateb Yacine&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#339;uvre en fragments&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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