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		<title>Nedjma Institute</title>
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		<title>Hommage &#224; la m&#233;moire de Tahar Djaout par sa fille</title>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le 26 mai 1993, Tahar Djaout a &#233;t&#233; victime d'un l&#226;che attentat terroriste. Il succombera &#224; ses blessures le 2 juin 1993 &#224; l'h&#244;pital de Ba&#239;nem. Il &#233;tait journaliste, po&#232;te, &#233;crivain et l'un des fondateurs du journal Ruptures. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Solstice barbel&#233; (po&#232;mes), l'Arche &#224; vau-l'eau (po&#232;mes), l'Expropri&#233; (roman), l'Oiseau min&#233;ral (po&#232;mes), l'&#201;treinte du sablier (po&#232;mes), les Rets de l'oiseleur (nouvelles), Chercheurs d'os (roman), l'Invention du d&#233;sert (roman), (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Documents-inedits-" rel="directory"&gt;Documents in&#233;dits &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH73/1djaout-1c057.png?1779836994' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 26 mai 1993, Tahar Djaout a &#233;t&#233; victime d'un l&#226;che attentat terroriste. Il succombera &#224; ses blessures le 2 juin 1993 &#224; l'h&#244;pital de Ba&#239;nem. Il &#233;tait journaliste, po&#232;te, &#233;crivain et l'un des fondateurs du journal Ruptures. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Solstice barbel&#233; (po&#232;mes), l'Arche &#224; vau-l'eau (po&#232;mes), l'Expropri&#233; (roman), l'Oiseau min&#233;ral (po&#232;mes), l'&#201;treinte du sablier (po&#232;mes), les Rets de l'oiseleur (nouvelles), Chercheurs d'os (roman), l'Invention du d&#233;sert (roman), les Vigiles (roman) et Dernier &#201;t&#233; de la raison (roman). C'&#233;tait un humaniste modeste, il avait une gentillesse sans limite et il &#233;tait d'une extraordinaire honn&#234;tet&#233; ; il a toujours d&#233;fendu ses id&#233;es car il croyait en une Alg&#233;rie moderne et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://nedjma.org/Hommage-de-Rachid-Boudjedra-a-Tahar-Djaout' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lire aussi un hommage de Rachid Boudjedra &#224; Tahar Djaout&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait d&#233;j&#224; seize ans que tu nous as quitt&#233;s &#224; jamais ; en &#233;voquant le souvenir des moments agr&#233;ables que le temps n'arrivera jamais &#224; effacer. Un jour, alors que tu &#233;tais &#224; la maison en train d'&#233;crire, je t'ai demand&#233; ce que tu faisais, tu m'as r&#233;pondu que tu &#233;crivais un roman, que tu appelleras soit Kenza, soit les Trois fr&#232;res ; et aussi quand tu nous emmenais &#224; ton travail et tu essayais de nous expliquer le monde de la presse et comment fonctionne un journal et bien d'autres souvenirs. Sois s&#251;r que jamais on n'oubliera les moments qu'on a partag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si tu nous a quitt&#233;s trop vite et d'une mort violente, ton image restera grav&#233;e &#224; jamais dans nos c&#339;urs et nos esprits. Tu resteras pour nous un symbole de courage et de fiert&#233; car tu &#233;tais l'un des hommes que l'Alg&#233;rie ne pourra pas remplacer si facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous manquera le plus, c'est ton amour, ton affection et la protection d'un p&#232;re car tu &#233;tais notre espoir et notre courage, et c'est vraiment dur sans toi. Mais on est fiers d'avoir un mari et papa qui a d&#233;fendu ses id&#233;es car tu voulais apporter quelque chose de durable pour ton pays. Tu es une grande perte pour l'Alg&#233;rie et pour la culture ; lire et traduire Tahar Djaout est le meilleur hommage que nous puissions te consacrer. Que ton repos soit aussi doux que fut ton c&#339;ur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : Libert&#233; Alg&#233;rie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La r&#233;sistance berb&#232;re contre les vandales (429-533)</title>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



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&lt;p&gt;En l'an 429, les Vandales quittaient les c&#244;tes espagnoles pour la belle et riche Berb&#233;rie. De pillage en pillage, ils &#233;taient persuad&#233;s que des richesses inestimables les attendaient de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Apprenant que les Romains ne s'entendaient plus sur la mainmise de la Berb&#233;rie, ils d&#233;barqu&#232;rent en Maur&#233;tanie (Maroc actuel) et &#224; Bougie (Tamsiwt d'alors ou Bgayet actuelle) &#224; la t&#234;te de pr&#232;s de cent mille Barbares. Ah ! Voil&#224; les fameux Barbares dont on a coll&#233; le nom aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Berberes-et-origines-" rel="directory"&gt;Berb&#232;res et origines&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En l'an 429, les Vandales quittaient les c&#244;tes espagnoles pour la belle et riche Berb&#233;rie. De pillage en pillage, ils &#233;taient persuad&#233;s que des richesses inestimables les attendaient de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. Apprenant que les Romains ne s'entendaient plus sur la mainmise de la Berb&#233;rie, ils d&#233;barqu&#232;rent en Maur&#233;tanie (Maroc actuel) et &#224; Bougie (Tamsiwt d'alors ou Bgayet actuelle) &#224; la t&#234;te de pr&#232;s de cent mille Barbares. Ah ! Voil&#224; les fameux Barbares dont on a coll&#233; le nom aux Amazighs ! Ces derniers envahissaient les pays en tra&#238;nant avec eux femmes et enfants. Avant d'arriver sur la terre berb&#232;re, Gens&#233;ric et les siens semaient la terreur en br&#251;lant tout sur leur passage. Partout o&#249; ils passaient, destructions et massacres &#233;taient laiss&#233;s derri&#232;re eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'ils &#233;taient arriv&#233;s en Berb&#233;rie. Ils d&#233;barqu&#232;rent &#224; Hippone (Annaba actuelle). Leur r&#233;putation les avait pr&#233;c&#233;d&#233;s. Aussi, les Romains abandonn&#232;rent la ville que les Vandales r&#233;duisirent en cendres avant de s'avancer vers Carthage. Ils conqui&#232;rent rapidement toute l'Afrique du Nord ! Se sentant peu concern&#233;s par le pays qu'ils avaient toujours consid&#233;r&#233; comme une conqu&#234;te, les Romains fuyaient devant les Vandales sans combattre. Amis et alli&#233;s des peuples barbares, les Vandales les utilisaient pour continuer leurs conqu&#234;tes. Ils s'empar&#232;rent rapidement des flottes des Romains et des Carthaginois. Alors que l'Empire romain &#233;tait sur le point de rendre l'&#226;me, Gens&#233;ric devenait le v&#233;ritable empereur de l'Occident et de la Berb&#233;rie. Croyant s'en tirer &#224; bon compte, les Romains, par l'entremise d'une d&#233;l&#233;gation, propos&#232;rent au chef vandale d'unir son fils &#224; la fille de l'empereur romain ! Le fils du chef vandale &#233;tait d&#233;j&#224; mari&#233;. Pour se d&#233;barrasser de sa belle-fille, il l'accusa de vouloir l'empoisonner. Il la renvoya manu militari &#224; son p&#232;re ! Il ne visait que le pillage de Rome. Mais, pendant ce temps, les Amazighs devaient faire face &#224; ses monstruosit&#233;s. Pendant longtemps, Gens&#233;ric &#233;tait occup&#233; &#224; chasser les colons romains des propri&#233;t&#233;s qu'ils avaient enlev&#233;es aux autochtones Amazighs. Comme les Vandales n'entendaient rien &#224; la culture de la terre, les autochtones continuaient de travailler leur terre, tels des esclaves, comme au temps des colons romains. Les pers&#233;cutions s'intensifieront toujours et davantage contre les Amazighs. C'est alors que les Amazighs se r&#233;unirent autour d'un jeune prince Antalas. Le p&#233;ril berb&#232;re ne se r&#233;solut jamais d'heureuse fa&#231;on. Le chef berb&#232;re Antalas r&#233;unit ses troupes pour porter l'offensive depuis la r&#233;gion des chotts jusqu'aux environs de Gafsa. Les Vandales que commandait le neveu du roi furent vaincus en bataille rang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;faite stimula l'opposition nationale berb&#232;re contre ces nouveaux envahisseurs qui seraient venus d'Andalousie apr&#232;s avoir travers&#233; toute l'Europe o&#249; ils commirent massacres et d&#233;vastations. &#192; cause des d&#233;faites subies par leur arm&#233;e, l'arm&#233;e vandale d&#233;posa son chef Hild&#233;ric en mai 530. C'est ainsi encore que les insurrections Amazighs allaient se multiplier contre les Vandales. C'est alors que les Byzantins apparurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croyant na&#239;vement que leur sort allait s'am&#233;liorer, les Amazighs accueillirent les nouveaux conqu&#233;rants de bonne gr&#226;ce. Mal leur en prit ! Les Byzantins, h&#233;ritiers de l'Empire romain, ont vite fait de reconqu&#233;rir tout le territoire berb&#232;re ou &#171; provinces romaines d'Afrique &#187;. Le g&#233;n&#233;ral byzantin fut accueilli avec des acclamations et de grands cris de joie ! Les pers&#233;cuteurs de demain seront pires que ceux d'hier. Car jamais dans l'histoire de la Berb&#233;rie, les autochtones ne connurent autant de massacres et de sauvagerie !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Youcef Allioui&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fondateurs de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Massinissa : origine, r&#232;gne et conqu&#234;tes du roi berb&#232;re</title>
		<link>https://nedjma.org/Massinissa-origine-regne-et-conquetes-du-roi-berbere</link>
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		<dc:date>2026-05-13T14:07:15Z</dc:date>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Massinissa ou &#171; Le Seigneur des &#171; Seigneurs . Il eut trois enfants, Micipsa, Mastanabal et Gulussa et cinq petits-enfants : Adherbal, Hiempsal 1er, Gauda et Massiva. Le grand Aguellid fut enterr&#233; dans sa capitale, Cirta &#224; El-Khroub (actuelle Constantine). Fils du roi Ga&#239;a (Gaya) et petit-fils de Zelalsan. Il teint t&#234;te &#224; Rome et r&#233;ussit &#224; unifier la Numidie dont il fut le premier Aguellid apr&#232;s l'unification des Numidie orientale et occidentale. Ce fut cette unification qui inqui&#233;ta Rome qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Grandes-figures-historiques-" rel="directory"&gt;Grandes figures historiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH105/planche_massinissa-6e7c9.png?1778767852' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Massinissa ou &#171; Le Seigneur des &#171; Seigneurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prenons le risque de l'anachronisme : Est-il besoin de rappeler que cela n'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il eut trois enfants, Micipsa, Mastanabal et Gulussa et cinq petits-enfants : Adherbal, Hiempsal 1er, Gauda et Massiva. Le grand Aguellid fut enterr&#233; dans sa capitale, Cirta &#224; El-Khroub (actuelle Constantine). Fils du roi Ga&#239;a (Gaya) et petit-fils de Zelalsan. Il teint t&#234;te &#224; Rome et r&#233;ussit &#224; unifier la Numidie dont il fut le premier Aguellid apr&#232;s l'unification des Numidie orientale et occidentale. Ce fut cette unification qui inqui&#233;ta Rome qui tenait &#224; ce que le pays berb&#232;re soit le plus morcel&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#232;gne de Massinissa (201-148 av. J.C) co&#239;ncide avec la troisi&#232;me guerre punique (201-146 av. J.C) qu'on pourrait appeler le dernier sursaut et la chute de Carthage, fond&#233;e sur un bourg berb&#232;re en 814-813 avant notre &#232;re par les Ph&#233;niciens. Ce peuple de la mer &#233;tait originaire de l'Orient. Ils firent une halte de plusieurs si&#232;cles en Afrique du Nord. Au d&#233;but de leur installation, les Carthaginois devaient payer aux autochtones Amazighs un tribut annuel pour le loyer du sol qu'ils occupaient. Quand les Orientaux ph&#233;niciens ont fini de b&#226;tir Carthage et de se constituer un large domaine, ils furent confort&#233;s par l'augmentation notable de leur population, Carthage s'affirma alors comme puissance souveraine et d&#233;cida de s'affranchir du tribut jusque-l&#224; vers&#233; &#224; l'aguellid amazigh Massinissa. Ce dernier commen&#231;a alors &#224; l'&#233;mietter avec la ferme intention de l'abattre. Carthage porta l'affaire devant le S&#233;nat romain en promettant de verser la totalit&#233; de sa dette de guerre. Pendant ce temps, Massinissa multipliait les exp&#233;ditions pour enlever aux Carthaginois une ville, une place ou un territoire plus cons&#233;quent. En 150, exasp&#233;r&#233;e par la volont&#233; de Massinissa de r&#233;cup&#233;rer lambeau par lambeau la terre de ses anc&#234;tres, Carthage r&#233;unit une arm&#233;e de pr&#232;s de cent mille hommes pour lui faire entendre raison. Mais, Massinissa, alors &#226;g&#233; de quatre-vingt-huit ans, sortit vainqueur de cette grande et violente confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que la ville ait &#233;t&#233; conquise rue par rue et maison par maison, les habitants pr&#233;f&#233;r&#232;rent se livrer aux vainqueurs. Carthage sera ras&#233;e. Carthage d&#233;truite, les Romains vont-ils se retirer de cette terre amazighe d'Afrique d'o&#249; ne pouvait d&#233;sormais venir aucune menace ? Le S&#233;nat romain en d&#233;cida autrement. Le territoire accapar&#233; par Carthage fut d&#233;cr&#233;t&#233; &#171; Province romaine &#187;. D&#232;s lors, les Romains prendront d&#233;finitivement pied en Afrique du Nord (Tamazgha), o&#249; ils resteront, malgr&#233; les r&#233;voltes et les insurrections, six cents ans. Face &#224; &#171; l'imp&#233;rialisme romain &#187; (Ch. A. Julien), Massinissa utilisait subtilement et avec un art consomm&#233; l'immunit&#233; de fait &#8211; la terre appartenait &#224; ses anc&#234;tres &#8211; qui lui permettait de chasser l'envahisseur punique du sol berb&#232;re. Cela n'emp&#234;cha point l'aguellid de d&#233;velopper dans son royaume tout ce qui touchait &#224; la civilisation punique. Depuis l'&#233;poque de Syphax, Cirta, la capitale berb&#232;re, devint une ville importante ouverte sur l'ext&#233;rieur. Des historiens affirment que Massinissa &#233;tait tr&#232;s attach&#233; &#224; la civilisation punique. Les villes qu'il cr&#233;ait &#233;taient administr&#233;es comme Carthage par des magistrats appel&#233;s Suff&#232;tes ; titre qui correspondait au Majoral (Mezwer) kabyle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y'ait eu co&#239;ncidence entre les deux cultures politiques, c'&#233;tait fort possible ; mais, de l&#224; &#224; affirmer que le &#171; suff&#232;te &#187; avait donn&#233; naissance au &#171; Mezwer &#187; berb&#232;re, c'est ignorer que ce titre, ou son &#233;quivalent plus ancien &#171; Admu &#187;, avait d&#233;j&#224; cours dans les institutions Amazighs bien avant l'occupation de Carthage d'une partie du territoire berb&#232;re. C'est le moment que saisit le grand Aguellid Massinissa pour unifier son royaume. Massinissa transforma avec &#233;nergie, nous dit Julien, les nomades en d'ardents agriculteurs. &#201;nergie impuls&#233;e &#224; sa capitale, Cirta, admirable plate-forme d&#233;fendue par des ravins abrupts, mais en relation assez ais&#233;e avec les ports et les grandes cit&#233;s de Numidie. Apr&#232;s la chute de Carthage (146 av. J.C), c'&#233;tait Micipsa, fils de Massinissa, qui r&#233;gna pendant trente ans (148-118). La paix revenue, il permit &#224; de nombreux artisans puniques de s'installer dans les villes de l'int&#233;rieur. Il prot&#233;gea &#233;galement les pr&#234;tres qui favoris&#232;rent la culture libyco-ph&#233;nicienne, pendant que la culture hell&#233;nique se r&#233;pandait &#233;galement dans le royaume berb&#232;re. Ils furent sans aucun doute &#224; l'origine des inscriptions bilingues libyco-puniques du mausol&#233;e o&#249; serait enterr&#233; Massinissa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'extension du commerce et de l'agriculture, Massinissa aurait &#233;galement contribu&#233; &#224; la naissance et au d&#233;veloppement de l'&#233;criture libyque en s'inspirant de l'h&#233;ritage de son grand-p&#232;re Hiempsal 1er que les historiens ont d&#233;crit comme &#233;tant un grand &#233;rudit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titus Livius, Nouvelle histoire romaine, op. cit.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des inscriptions auraient &#233;t&#233; d&#233;couvertes une dizaine d'ann&#233;es apr&#232;s sa mort. Massinissa fit de la langue amazighe, qu'il d&#233;veloppa, langue officielle et nationale de son royaume. Il entreprit un d&#233;veloppement qui &#233;tonna plus d'un observateur : lors des famines qui frapp&#232;rent ses voisins grecs, il leur porta secours en remplissant ses bateaux d'orge et de bl&#233;. Selon Tite-Live&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tite-Live &#8211; Titus Livius - historien et auteur de l'histoire de Rome.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , &#171; Massinissa proclamait que l'Afrique devait appartenir aux Africains &#187;, ce qu'il tenta de r&#233;aliser en &#233;tendant ses &#201;tats de la Maur&#233;tanie &#224; la Cyr&#233;na&#239;que&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maur&#233;tanie et le Maroc actuel ; la Cyr&#233;na&#239;que, province libyenne dont la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Strabon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;ographe et historien grec n&#233; vers 63 av. J.-C. &#224; Amasya (Turquie actuelle) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Massinissa aurait contribu&#233; au d&#233;veloppement d'une agriculture berb&#232;re. Sous son r&#232;gne, les paysans se group&#232;rent dans des bourgs fortifi&#233;s. Sans doute, la r&#233;alit&#233; a-t-elle &#233;t&#233; &#171; moins romaine &#187; et &#171; moins ph&#233;nicienne &#187; qu'ont voulu la mettre en avant certains historiens. Car, selon d'autres, les paysans Amazighs se seraient regroup&#233;s selon leurs coutumes anciennes avec leurs magistrats &#233;lus (Mezwers) qui, vus de l'ext&#233;rieur, pouvaient &#234;tre assimil&#233;s aux Shoffetim des villes puniques. S'il s'agissait vraiment d'un emprunt, comme d'aucuns l'avancent, on aurait probablement retrouv&#233; quelque racine qui nous aurait conduits vers ces Shoffetim. Or, selon Georges Mar&#231;ais, c'est le terme de Mezwar &#8211; Amezwaru &#8211; qui est attest&#233; depuis la plus haute antiquit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;64 Cf. La Berb&#233;rie musulmane et l'Orient au Moyen-&#226;ge, op. cit.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Aucune trace donc du lex&#232;me punique chez les Amazighs, pourtant curieux de ce genre d'emprunt ! Mais, lib&#233;r&#233;e des Ph&#233;niciens, l'Afrique du Nord ne faisait que changer de ma&#238;tre : Rome veillait jalousement sur &#171; son butin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la mort de Massinissa qui lib&#233;ra son pays de Carthage, Rome n'attendait que l'occasion s'y pr&#234;te pour reprendre d'une main de fer la terre berb&#232;re. Une commission de dix s&#233;nateurs d&#233;cide la cr&#233;ation de Africa Romana dont le gouvernement fut confi&#233; &#224; un haut dignitaire romain. Le royaume de Massinissa, qui avait contribu&#233; &#224; la victoire de Rome sur Carthage, devint soudain pour le g&#233;n&#233;ral romain Scipion Emilien une menace pour Rome. D&#232;s lors, le royaume de Massinissa fut divis&#233; entre ses trois fils l&#233;gitimes. L'a&#238;n&#233;, Micipsa, re&#231;ut l'administration de la capitale Cirta ; Gulussa eut le commandement de l'arm&#233;e et Mastanabal les pouvoirs judiciaires. Quand la mort de ses fr&#232;res eut laiss&#233; le pouvoir &#224; Micipsa, il servit fid&#232;lement Rome &#224; laquelle il fournissait du bl&#233;, des soldats et des &#233;l&#233;phants. &#192; l'int&#233;rieur, il poursuivit pendant trente ans la politique de son p&#232;re, Massinissa, pendant trente ans. &#171; Le roi des rois &#187; Massinissa (Masensen) mourut sans avoir achev&#233; son &#339;uvre : unifier toutes les f&#233;d&#233;rations Amazighs et arracher toutes les terres de ses anc&#234;tres aux envahisseurs &#233;trangers. Avait-il invent&#233; un alphabet de 23 lettres, utilis&#233; de son vivant ou simplement utilis&#233; l'&#233;criture libyque verticale obtenue de Syphax, lequel l'aurait &#233;galement h&#233;rit&#233;e de Hiempsal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La trag&#233;die de la belle Sophonisbe, fille du suff&#232;te carthaginois Hannon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens sont d'avis divers et divergents sur la question ; mais ils sont unanimes quant &#224; la grandeur de l'aguellid. Mais, Rome et ses empereurs veillaient sur le pays berb&#232;re, &#171; son grenier &#224; bl&#233; &#187;. Dominant le monde, elle multipliera les op&#233;rations militaires sur toute l'&#233;tendue du pays amazigh. Ses g&#233;n&#233;raux attendaient patiemment la mort du grand Aguellid berb&#232;re pour imposer l'ordre imp&#233;rialiste le plus redoutable et le plus criminel que la terre berb&#232;re avait connu jusque-l&#224;. Quand la mort happa le grand Aguellid&lt;br class='autobr' /&gt;
amazigh, les forces romaines s'abattirent avec forces et armes sur l'Afrique du Nord&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Victor Cagnat, L'Arm&#233;e romaine d'Afrique et l'occupation militaire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les autochtones amazighs trembleront d'horreur et d'effroi pendant de nombreux si&#232;cles encore. Et Massinissa l'Africain n'&#233;tait plus l&#224; pour veiller sur son peuple et sa terre.&#171; Quelques cendres seulement, mais qui sont peut-&#234;tre, si l'on tient compte de l'&#233;poque, du site, de l'architecture et de la pratique de l'incin&#233;ration, celles de Masinissa dont le tombeau aurait domin&#233; sa capitale, Cirta (Constantine), et rappel&#233; &#224; ses successeurs l'exemple du grand aguellid&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch.-A. Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, ibidem&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La race berb&#232;re donnera encore des partisans qui continueront le combat contre la puissance d&#233;vastatrice qu'&#233;tait Rome. Jugurtha sera parmi les plus grands. Inoubliable sera son combat et &#233;ternel sera son nom.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Prenons le risque de l'anachronisme : Est-il besoin de rappeler que cela n'a absolument rien &#224; voir avec &#171; Cheikh-El-Chouyoukh &#187; qu'un ahuri veut nous imposer comme un constat absolu, emport&#233; par un m&#233;pris et un racisme dont seule la r&#233;ification expliquerait la profondeur ! Ces&lt;br class='autobr' /&gt;
ahuris cherchent &#224; cacher leurs origines en d&#233;versant, sans discernement ni raison, leur haine&lt;br class='autobr' /&gt;
du Kabyle autochtone. Mon grand-p&#232;re disait &#224; leur propos : &#171; Ils sont comme des araign&#233;es : &lt;br class='autobr' /&gt;
ils piquent en avant et en arri&#232;re avant de l&#226;cher leur venin ! &#187;] &#187; &#187; (Mass-nsen) est n&#233; en 238 av. J.-C et mort en 148 av. J.-C vers l'&#226;ge de 95 ans. Il &#233;pousa la belle Sophonisbe d&#233;j&#224; mari&#233;e &#224; Syphax [[La trag&#233;die de la belle Sophonisbe, fille du suff&#232;te carthaginois Hannon, mari&#233;e &#224; Syphax puis &#233;pous&#233;e par Massinissa &#224; la prise de Cirta, a &#233;t&#233; port&#233;e &#224; la sc&#232;ne pr&#232;s d'une dizaine de fois, entre autres par Corneille et par Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titus Livius, Nouvelle histoire romaine, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tite-Live &#8211; Titus Livius - historien et auteur de l'histoire de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maur&#233;tanie et le Maroc actuel ; la Cyr&#233;na&#239;que, province libyenne dont la capitale actuelle est Benghazi. Les Berb&#232;res de Libye l'appelaient &#171; La cit&#233; c&#244;ti&#232;re &#187; (Taqernayt).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;ographe et historien grec n&#233; vers 63 av. J.-C. &#224; Amasya (Turquie actuelle) et &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;c&#233;d&#233; en 23 ap. J.-C. dans la m&#234;me ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;64 Cf. La Berb&#233;rie musulmane et l'Orient au Moyen-&#226;ge, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La trag&#233;die de la belle Sophonisbe, fille du suff&#232;te carthaginois Hannon, mari&#233;e &#224; Syphax &lt;br class='autobr' /&gt;
puis &#233;pous&#233;e par Massinissa &#224; la prise de Cirta, a &#233;t&#233; port&#233;e &#224; la sc&#232;ne pr&#232;s d'une dizaine de &lt;br class='autobr' /&gt;
fois, entre autres par Corneille et par Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Victor Cagnat, L'Arm&#233;e romaine d'Afrique et l'occupation militaire de l'Afrique sous les empereurs, r&#233;&#233;dition Arno Press, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ch.-A. Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Youcef Allioui&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fondateurs de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'islam au seuil des temps modernes </title>
		<link>https://nedjma.org/L-islam-au-seuil-des-temps-modernes</link>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; plus d'un si&#232;cle que le monde musulman est entr&#233; dans une phase de renaissance, apr&#232;s ce qu'il est convenu d'appeler les si&#232;cles de stagnation culturelle. Nous examinerons plus loin la probl&#233;matique de ce renouveau et passerons en revue les th&#232;ses de source musulmane tendant &#224; expliquer les retards islamiques dans le domaine des sciences et, par voie de cons&#233;quence, dans celui de la civilisation mat&#233;rielle. &lt;br class='autobr' /&gt;
l. &#8212; Le probl&#232;me de la p&#233;riodisation &lt;br class='autobr' /&gt; Dans un champ aussi vaste que celui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Debats-contemporains-" rel="directory"&gt;D&#233;bats contemporains&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; plus d'un si&#232;cle que le monde musulman est entr&#233; dans une phase de renaissance, apr&#232;s ce qu'il est convenu d'appeler les si&#232;cles de stagnation culturelle. Nous examinerons plus loin la probl&#233;matique de ce renouveau et passerons en revue les th&#232;ses de source musulmane tendant &#224; expliquer les retards islamiques dans le domaine des sciences et, par voie de cons&#233;quence, dans celui de la civilisation mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;l. &#8212; Le probl&#232;me de la p&#233;riodisation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un champ aussi vaste que celui de l'histoire culturelle de l'Islam (qui s'&#233;tend sur quatorze si&#232;cles et couvre un large &#233;ventail de soci&#233;t&#233;s humaines), il est malais&#233; de d&#233;finir une stricte p&#233;riodisation. En outre, les crit&#232;res d'appr&#233;ciation risquent d'&#234;tre entach&#233;s de subjectivit&#233;. Selon un sch&#233;ma classique de l'orien-talisme, l'histoire culturelle du monde musulman se r&#233;sume en trois grands moments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) la phase de l'Islam triomphant, militairement et culturellement : grosso modo, du milieu du vi au milieu du xmi&#176; si&#232;cle (point de rep&#232;re crucial : en 1258, les &lt;a href='https://nedjma.org/L-Empire-mongol' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Mongols&lt;/a&gt; saccagent Bagdad, capitale de l'Empire abbasside) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) les si&#232;cles de d&#233;clin culturel (milieu du xt - fin du xvin* si&#232;cle) ; 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) la renaissance moderne, sous l'impact de la p&#233;n&#233;tration britannique en Inde (fin du xvii&#176; si&#232;cle - d&#233;but du xix&#176;) et de l'Exp&#233;dition fran&#231;aise d' &#201;gypte (1798- 1801).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sch&#233;matisation est loin d'&#234;tre satisfaisante d'un point de vue musulman. Le concept de d&#233;clin culturel est r&#233;cus&#233; par les musulmans ; ils le jugent inad&#233;quat, compte tenu de la diversit&#233; socioculturelle en pays d'Islam ; en outre, il refl&#232;te une m&#233;connaissance des donn&#233;es positives de la culture islamique, en dehors de la p&#233;riode &#8212; universellement connue &#8212; de l' &#171; &#226;ge d'or &#187; de l'Islam. Un large courant de recherches &#224; travers le monde musulman tend &#224; r&#233;habiliter ces &#171; si&#232;cles de d&#233;cadence &#187; en r&#233;futant cette conception &#233;tablie en Occident (et parfois re-prise en Orient) comme un acquis scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument fondamental de la critique musulmane, c'est que les orientalistes et leurs disciples arabo-musulmans font abstraction de la sp&#233;cificit&#233; de l'Islam et de l'esprit de sa culture. Ce qui appara&#238;t aux yeux de l'Europ&#233;en, vers la fin du xix&#176; si&#232;cle, comme un &#233;tat de d&#233;cadence, compte tenu des crit&#232;res d'alors (positivisme, scientisme, culte du machinisme, valorisation de l'individualisme, etc.), peut &#234;tre per&#231;u par le musulman comme un signe de vitalit&#233; spirituelle. Bien plus, pour les musulmans pla&#231;ant l'id&#233;al non dans la fr&#233;n&#233;sie de la civilisation industrielle, mais dans la permanence d'une vie simple, dans une soci&#233;t&#233; fraternelle, l'adoption des mod&#232;les culturels de l'Occident peut s'interpr&#233;ter comme un sympt&#244;me d'ali&#233;nation et de d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 / Jusqu'aux XII&#176;-XIV&#176; si&#232;cles, le monde musulman conserve une nette avance dans le domaine philosophique et dans bien d'autres disciplines o&#249; les recher-ches sont encore ind&#233;cises en milieu chr&#233;tien. Pour de grands esprits europ&#233;ens, de Roger Bacon, le Docteur Admirable (1214-1294), &#224; Fran&#231;ois Rabelais (1494- 1553), la culture arabo-musulmane est une culture de r&#233;f&#233;rence. Elle est en effet capable de former un g&#233;nie 12 de l'envergure d'un &lt;a href='https://nedjma.org/-Ibn-Khaldoun-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ibn Khaldoun&lt;/a&gt; (1332-1406), avec lequel la Raison affirme sa pr&#233;&#233;minence dans l'&#233;laboration du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 / A la fin du xIv&#176; si&#232;cle et au d&#233;but du xv&#176;, parall&#232;lement &#224; la gestation de la Renaissance europ&#233;enne, la culture islamique semble suffisamment outill&#233;e pour d&#233;passer les cadres de pens&#233;e m&#233;di&#233;vale. Mais l'Eu-rope, engag&#233;e dans l'&#232;re des grandes d&#233;couvertes, va devancer pour plusieurs si&#232;cles le monde musulman dans l'organisation du savoir sur des bases nouvelles. Avec les premiers acquis scientifiques et techniques, la diffusion de l'imprim&#233; et gr&#226;ce &#224; une dynamique socioculturelle sans &#233;gale en terre d'Islam, la Renaissance s'appr&#234;te &#224; forger les instruments de la supr&#233;matie technologique et &#233;conomique de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/Pendant ce temps (xv&#176;-xviI&#8216;&#176; si&#232;cles), l'Islam continue de repr&#233;senter une grande puissance militaire, sur terre et sur mer (malgr&#233; la d&#233;faite de L&#233;-pante, en 1571). &lt;br class='autobr' /&gt;
La vigueur de l'Empire ottoman assure encore &#224; de nombreux pays musulmans une relative autonomie politique ; mais il ne parvient pas &#224; leur insuffler de grandes ambitions en mati&#232;re de d&#233;veloppement, ni en termes de projets culturels. Fond&#233; sur un empire trop vaste et disparate, le syst&#232;me ottoman est peu propice aux &#233;changes culturels et aux &#339;uvres de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; de l'Empire abbasside (750-1258), qui a &#233;t&#233; un grand carrefour de cultures et un creuset de civilisation, l'Empire ottoman vivra d'emprunts h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#233;chappant &#224; tout principe unificateur. Soumises mais non assimil&#233;es, les diff&#233;rentes natio-nalit&#233;s n'apportent &#224; l'Empire ni les &#233;nergies d'une adh&#233;sion f&#233;conde ni les ressources indispensables au progr&#232;s social et mat&#233;riel. Sous la tutelle nominale des Ottomans, les peuples musulmans poursuivent leur 13 &#233;volution respective, dans des conditions plus ou moins favorables, d'apr&#232;s leur environnement g&#233;ogra-phique, leur potentiel &#233;conomique, leur g&#233;nie national. Mais l'&#232;re de l'&#233;lan cr&#233;ateur et des grandes produc-tions de l'esprit semble toucher &#224; sa fin, sur toute l'&#233;tendue de l'espace islamique. Le monde de l'Islam se retranche dans une sorte de cl&#244;ture morale. On note bien de-ci de-l&#224; quelques essais de r&#233;novation doctrinale, par exemple au sein de l'Ecole n&#233;o-hanbalite, illustr&#233;e par le th&#233;ologien syrien Ahmad Ibn Taymiyya (m. 728/1328). Toutefois, dans ces efforts intermittents, dans ces &#339;uvres invariablement attach&#233;es aux mod&#232;les classiques, aucune d&#233;marche r&#233;solument novatrice, aucune ouverture &#224; l'univers culturel de la Chr&#233;tient&#233;, aucune s&#233;rieuse tentative de synth&#233;tisation du savoir moderne, dans le genre de l'Encyclop&#233;die de Diderot et d'Alembert (1751-1772).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination des armes, qui conf&#233;rait au califat ot-toman sa l&#233;gitimit&#233;, apparaissait comme son unique raison d'&#234;tre. Mais ce r&#233;gime semblait vou&#233; &#224; un lent d&#233;p&#233;rissement, en raison d'irr&#233;m&#233;diables carences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 / Apr&#232;s les succ&#232;s foudroyants des XV&#176; et XVI&#176; si&#232;-cles (1453, prise de Constantinople ; 1526, conqu&#234;te de la Hongrie) et l'ultime offensive en direction de Vienne (assi&#233;g&#233;e &#224; nouveau en l'&#233;t&#233; 1683), la puissance ottomane conna&#238;t une phase de reflux. Ce processus ira s'accentuant sous les effets conjugu&#233;s de plusieurs facteurs : la prise de conscience europ&#233;enne et le sur-saut de la Chr&#233;tient&#233; devant le &#171; p&#233;ril musulman &#187; ; la r&#233;sistance des nationalit&#233;s hostiles &#224; la pr&#233;sence turque ; enfin, l'incapacit&#233; du syst&#232;me ottoman &#224; s'adapter aux exigences de la guerre moderne. Dans ce rapide aper&#231;u, on ne peut s'&#233;tendre sur la situation des empires et autres pouvoirs &#233;tatiques for-mant, avec l'Empire ottoman, l'ossature politique du 14 monde musulman, &#224; savoir : l'Empire des Safawides en Perse (1502-1736) ; l'Empire des Moghols en Inde ; les sultanats de Sumatra (depuis 1507) et de Java (de-puis 1518) ; l'Empire ch&#233;rifien au Maghreb (sous les dynasties saadienne et alaouite) ; les empires et royau-mes du Centre-Ouest africain, notamment l'Empire Songhai (Niger-Mali)'. Du point de vue socioculturel, les grands ensembles musulmans &#224; la p&#233;riph&#233;rie de Empire ottoman n'&#233;taient gu&#232;re mieux arm&#233;s que celui-ci pour s'engager, &#224; leur tour, dans l'aventure scientifique et technologique des Temps modernes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#8212; La fin d'une &#233;poque &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier quart du xvI&#176; si&#232;cle appara&#238;t &#224; tous &#233;gards comme un tournant d&#233;cisif dans l'&#233;volution du monde islamique. Jusqu'alors, la Communaut&#233; musul-mane vivait dans un univers mental et culturel &#224; l'abri des influences ext&#233;rieures, comme en t&#233;moignent : la stabilit&#233; des cadres institutionnels, des structures socio-&#233;conomiques, du mode de vie intellectuelle ; la permanence des valeurs traditionnelles au sein de la famille et de la Cit&#233;. Mais apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, durant de longs si&#232;cles, pro-fond&#233;ment ancr&#233;s dans les certitudes de leur foi et de leur culture, &#224; l'int&#233;rieur de fronti&#232;res r&#233;put&#233;es invio-lables, les peuples musulmans commencent &#224; subir les assauts d'une Europe expansionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choc colonial.&lt;/strong&gt; - Les expansions coloniales sont d'abord per&#231;ues par les Musulmans comme de nou-1. Cf. Marshall G. S. Hodgson, The Venture of Islam, Chicago, 1974, vol. 3, p. 1-161 : tableau des empires islamiques dans leur &#233;volution historique et socioculturelle. 15 velles croisades contre leur territoire. Elles d&#233;clen-chent des r&#233;actions de d&#233;fense, en ordre dispers&#233;, sans grande efficacit&#233; devant la puissance offensive des Europ&#233;ens. L&#224; o&#249; s'effondrent les structures poli-tiques locales, la rel&#232;ve est assur&#233;e par des meneurs d'hommes sous la banni&#232;re de la foi : marabouts, ch&#233;-rifs (se r&#233;clamant de la descendance du Proph&#232;te), r&#233;-formateurs de tous horizons, mahdis (fondateurs de courants messianiques) se dressent pour pr&#234;cher le r&#233;armement moral de la Communaut&#233;, le retour aux sources de la Foi et la restauration de la tradition du Proph&#232;te comme voie de salut pour les Musulmans. Les &#233;checs historiques du monde musulman sont interpr&#233;t&#233;s comme un avertissement de la Providence. Partant du principe coranique : &#171; Dieu ne change pas la condition d'un peuple tant que celui-ci ne change pas en lui-m&#234;me &#187; (Coran, XIII, 11), les r&#233;formateurs &#233;tabliront que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; a) si les Musulmans connaissent un sort d&#233;favorable, c'est qu'ils ont d&#233;m&#233;rit&#233; en raison du changement de leur comportement au regard des exi-gences fondamentales de la R&#233;v&#233;lation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) le salut r&#233;sidera dans un changement qui les rende aptes &#224; m&#233;-riter la grandeur (siy&#228;da) et le bonheur (sa&#8216;&#228;da) aux-quels ils aspirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constamment repris, tel un leitmotiv, le verset pr&#233;-cit&#233; formera l'argument central des discours islamiques de l'&#232;re coloniale : les uns, centr&#233;s par priorit&#233; sur le th&#232;me de la guerre sainte, pour galvaniser les &#233;nergies dans la lutte contre l'occupant ; les autres, pr&#234;chant inlassablement l'urgente r&#233;g&#233;n&#233;ration morale et spirituelle de l'Islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se mobilisant dans la lutte contre l'Europe pour sauvegarder leur foi et leur libert&#233;, les peuples musulmans se sont trouv&#233;s, par la force des choses, engag&#233;s dans un processus de mutation socioculturelle : un 16 processus gros de tensions entre les g&#233;n&#233;rations, les milieux sociaux et surtout &#8212; dans la classe intellectuelle &#8212; entre les partisans du modernisme et les d&#233;fenseurs des valeurs de tradition, en tant qu'expression optimale du mod&#232;le islamique. Ce d&#233;bat dominera la pens&#233;e musulmane durant tout le xIx&#176; si&#232;cle et le d&#233;but du xx&#8216;. L'enjeu &#233;tait consid&#233;rable. Pour beaucoup, il apparaissait difficile de troquer la fid&#233;lit&#233; au patrimoine culturel de l'Islam, un certain type de relations humaines et un certain art de vivre dans la Cit&#233; musulmane, contre les mod&#232;les culturels de l'Occident et les attraits de la civilisation moderne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ali Merad&lt;br class='autobr' /&gt;
L'islam contemporain&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Si Mohand Ou Mhand</title>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sa vie &lt;br class='autobr' /&gt;
Si Mohand est le po&#232;te kabyle de la tradition orale le plus c&#233;l&#232;bre et le plus document&#233;. Il est n&#233; &#224; Ichera&#239;ouen, l'un des villages composant l'agglom&#233;ration de Tizi Rached (dans la conf&#233;d&#233;ration des A&#239;t-Iraten) en Grande Kabylie, au cours de l'ann&#233;e &#192; 1845 . Il est le fils de Mubend Amexyan n Ar &#224; Hmaduc et de Fatima n At Ssaeid. Si Mohand ou-Mhend est connu aussi sous le nom de Muh u-Mhend. Atteint d'un mal incurable et empirant de jour en jour (un abc&#232;s au au nombril, selon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH136/si_mohand-ac05a.png?1778302291' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='136' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa vie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si Mohand est le po&#232;te kabyle de la tradition orale le plus c&#233;l&#232;bre et le plus document&#233;. Il est n&#233; &#224; Ichera&#239;ouen, l'un des villages composant l'agglom&#233;ration de Tizi Rached (dans la conf&#233;d&#233;ration des A&#239;t-Iraten) en Grande Kabylie, au cours de l'ann&#233;e &#192; 1845&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'estimation de Mammeri. La date de naissance de Si Mohand est en fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est le fils de Mubend Amexyan n Ar &#224; Hmaduc et de Fatima n At Ssaeid. Si Mohand ou-Mhend est connu aussi sous le nom de Muh u-Mhend. Atteint d'un mal incurable et empirant de jour en jour (un abc&#232;s au au nombril, selon Dermenghem ; une gangr&#232;ne au pied, dit le po&#232;te), il est mort en 1906 &#224;. l'h&#244;pital des S&#339;urs Blanches, pr&#232;s de Michelet (actuel A&#239;n-El-Hammam) ; il est enterr&#233; au cimeti&#232;re de Tikorabin, appel&#233; Asgifn n tmana (litt. &#171; le portique de la sauvegarde &#187;), &#224; dans le coin r&#233;serv&#233; aux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa tendre enfance, Si Mohand a connu l'exil : apr&#232;s la pacification de l&#224; Kabylie en 1857, le g&#233;n&#233;ral Randon, charg de r&#233;duire le Djurdjura, fait exproprier les : habitants et raser Ichera&#239;ouen, le ville de &#171; Mohand, afin de b&#226;tir sur son empl ment Fort Napol&#233;on, qui deviendra plu tard Fort-National, aujourd'hui Larba nath Iraten. Apr&#232;s cet &#233;v&#233;nement, ses parents pr&#233;f&#232;rent aller s'installer &#224; Sidi Khelifa, un petit hameau situ&#233; pr&#232;s d' Akbou (Ighil-Guefri, Larbaa nath Iraten). Mais &#171; d&#233;j&#224; avant de s'installer &#224; Icheraiouen (l'ancien), les parents de Mohand, les At Hmaduc, avaient, pour fuir une vendetta, quitter Aguemmoun, un autre village des A&#239;t-[raten, pr&#232;s de Larbaa nath-Iraten. Apr&#232;s l'insurrection kabyle de 1871 &#224; laquelle les At Hmaduc prennent une part active, les parents de Mohand, qui &#233;taient repr&#233;sentants ( mugaddem) de la Rahmaniya pour les A&#239;t-Iraten, sont, &#224; l'instar de tous les autres insurg&#233;s, durement r&#233;prim&#233;s : cheikh Arezki, son oncle, est d&#233;port&#233; en Nouvelle Cal&#233;donie ; Sa&#239;d, le fr&#232;re de Arezki, s'enfuit en Tunisie ; le p&#232;re de Mohand, Am&#233;ziane, est ex&#233;cut&#233; &#224; Fort-National. &#171; Mohand lui-m&#234;me ne doit la vie sauve qu'&#224; l'intervention d'officier qui avait jug&#233; sa mort inutile &#187;, &#233;crit Mammeri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce point m&#233;riterait des investigations compl&#233;mentaires ; les raisons qui ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les biens des At Hmaduc sont s&#233;questr&#233;s. Les Ar Hmaduc se sont dispers&#233;s et se r&#233;fugient dans d'autres villages voisins de Tizi-Rached. La m&#232;re du po&#232;te , Fatima n At Ssacid, se retire &#224; Ichera&#239;ouen (le village actuel), avec M&#233;ziane, le plus jeune de ses enfants. Akli, son fr&#232;re a&#238;n&#233;, de deux ans plus &#226;g&#233;, se rend en Tunisie avec l'essentiel de ce qui restait de la fortune paternelle qu'il emporte avec lui. Avec cet h&#233;ritage, il y prend femme et acquiert un magasin et une petite ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le partage in&#233;quitable selon les dires de Mohand de l'h&#233;ritage familial, le po&#232;te dilapide vite le peu qui lui en &#233;choit. &#171; Ainsi lib&#233;r&#233; de tout et de tous, sauf de luim&#234;me, il va d&#233;sormais poursuivre une vie errante, que vont se disputer toutes les mis&#232;res et tous les vices, aussi quelques rares joies vite closes &#187; (Mammeri, 1969 : 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il en t&#233;moigne dans ses vers, Mohand a parcouru, tr&#232;s souvent &#224; pied, tous les endroits o&#249; son humeur vagabonde le poussait : la Kabylie, l'Alg&#233;rois, B&#244;ne et m&#234;me Tunis. Mais son lieu pr&#233;f&#233;r&#233; fut B&#244;ne (Annaba). Les Kabyles, et particuli&#232;rement ceux du pays de Mohand, y &#233;taient nombreux et travaillaient dans les mines ou dans les fermes. A B&#244;ne, Si Mohand, lui, ne travaillait pas dur ! II lui arrivait cependant d'y &#234;tre contraint, ne serait-ce que pour pouvoir s'offrir certaines drogues (hachisch, kif et coca&#239;ne) et quelques boissons alcoolis&#233;es (rhum, absinthe et vins doux), dont il &#233;tait s&#233;rieusement d&#233;pendant. Il vivait de petits m&#233;tiers : il tenait gargote avec son oncle Hend A&#239;t Sa&#239;d dans un faubourg de la ville appel&#233; Elgahmousiya. Il &#233;crivait des lettres en arabe pour les ouvriers qui le payaient d'un verre o&#249; d'argent. Il se faisait aussi marchand de beignets qu'il pr&#233;parait lui-m&#234;me sur les chantiers la veille des jours de paie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa double formation : clerc et po&#232;te &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Son oncle Arezki, quelque peu instruit et surtout vers&#233; dans le droit musulman, dirigea, entre 1857 et 1871, un groupe d'&#233;l&#232;ves dans une confr&#233;rie. C'est l&#224; que Mohand acquit les premiers rudiments de sa formation d'imam, qu'il a parfaite par la suite &#224; la Zaouia de Sidi Abderrahman des Iloulen. Il fut donc form&#233; pour pr&#234;cher la Parole de Dieu (awal n Rebbi) et exercer le m&#233;tier d'imam (il &#233;tait, selon ses propos m&#234;mes, &#171; un clerc aux soixante sourates &#187;), une fonction jusque-l&#224; respectable et paisible en Kabylie ; mais le nouvel ordre (lwe3d, dit Mohand, &#171; le destin &#187;) en a d&#233;cid&#233; autrement : il est &#171; appel&#233; &#187;, soudainement (puisqu'il ne s'y est pas pr&#233;par&#233;), pour r&#233;pandre, parmi les siens, et jusqu'&#224; la fin de ses jours, la parole kabyle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du moins ce que dit Mammeri &#224; propos de la formation po&#233;tique de Si Mohand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est &#233;vident que cette l&#233;gende rel&#232;ve de l'hagiographie : le processus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, apr&#232;s avoir rapport&#233; in extenso la l&#233;gende de Si Mohand (Cf. Mammeri 1969 : 12), interpr&#233;t&#233;e sur un mode romantique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quoi qu'il veuille dire, il peut le dire en vers, parce que c'est lui qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Mammeri &#233;crit, &#224; la page suivante : &#171; Il ne semble pas que Mohand ait fait le lent, le long apprentissage du m&#233;tier, comme c'&#233;tait la pratique en son temps [...] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa po&#233;sie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel ordre colonial a eu des effets consid&#233;rables sur la vie des Kabyles en g&#233;n&#233;ral, sur celle de Si Mohand et sur sa po&#233;sie en particulier ; incidences de nature ambivalente, dont l'une m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1871, quand la r&#233;pression coloniale bouleverse l'organisation sociale des Kabyles, les At Hmaduc, parents de Si Mohand, sont ruin&#233;s et dispers&#233;s. Cela a &#233;t&#233; &#224; l'origine directe du drame qu'il a profond&#233;ment v&#233;cu : la perte de toute attache familiale et la confusion du lien social. C'est sans doute pour cela qu'il a trouv&#233; sa voie dans le Verbe et la sublimation du pass&#233;. Vivant dans le d&#233;sarroi et le d&#233;nuement total, seul (mais toujours accompagn&#233; de sa pipe dont il ne pouvait se s&#233;parer), il se met alors &#224; errer en disant &#224; qui savait ce que parler veut dire. Mohand devient alors le porte-parole d'une soci&#233;t&#233; qui s'effondre, le chantre d&#233;sesp&#233;r&#233; des valeurs bouscul&#233;es par l'ordre colonial et le monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, cet ordre colonial, en arrachant les Kabyles &#224; leur terre, a d&#233;termin&#233; de nouvelles conditions de diffusion pour la po&#233;sie kabyle et permis son renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, du fait de cette rupture sociale,Si Mohand n'&#233;tait plus comme la quasi-totalit&#233; des po&#232;tes kabyles de son &#233;poque (et tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs), un po&#232;te local, villageois ou tribal. Les po&#232;tes avant lui &#233;taient en totale communion d'id&#233;es et de pens&#233;es avec leurs petits groupes d'origine, alors que Si Mohand n'est plus le h&#233;raut ou le porte parole d'un groupe limit&#233; (une tribu ou, au plus, une conf&#233;d&#233;ration de tribus), lov&#233; dans un monde clos et exigu, g&#233;ographiquement mais aussi culturellement. Frott&#233; de culture coranique et surtout voyageur infatigable, Si Mohand, lui, avait au contraire acc&#232;s &#224; d'autres savoirs et d'autres horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://nedjma.org/Cheikh-Mohand-Ou-Lhocine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lire aussi la vie de cheikh Mohand Ou Lhocine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En errant &#224; travers un espace g&#233;ographique plus vaste, correspondant &#224; celui du territoire de la kabylophonie et, par cons&#233;quent, d&#233;passant de tr&#232;s loin le champ d'action du po&#232;te kabyle traditionnel, Mohand s'est adress&#233;, presque toujours en kabyle, &#224; tous les publics qu'il a pu rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais de ses p&#233;r&#233;grinations, mais aussi par le choix des th&#232;mes qu'il a trait&#233;s, il a su toucher, mieux et plus que les autres po&#232;tes de son temps, non seulement les Kabyles de toutes les r&#233;gions mais aussi plusieurs g&#233;n&#233;rations successives. Il a su donner &#224; son r&#233;pertoire une amplitude et, par l'interm&#233;diaire de ses publics-r&#233; epreurs successifs, une long&#233;vit&#233; inconnues jusque l&#224;. Son r&#233;pertoire est encore bien attet largement r&#233;pandu dans toute fn lie, un si&#232;cle &#224; peu pr&#232;s apr&#232;s sa n en domaine de tradition orale on combien une telle dur&#233;e de vie pour un r&#233;pertoire po&#233;tique est exceptionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est vrai que la po&#233;sie de Si Mohand n'a pas circul&#233; uniquement de fa&#231;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre rupture, formelle ce , doit &#234;tre signal&#233;e par rapport &#224; la trad o1 des po&#232;tes kabyles qui, tr&#232;s souvent, chantaient leur po&#233;sie. Comme tous les Imsahen (i.e. les po&#232;tes errants, marginaux), Si Mohand n'a pas chant&#233; la sienne ; selon tous les t&#233;moignages, lui, disait ses vers ou, plut&#244;t, les d&#233;clamait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Mohand est indiscutablement le po&#232;te traditionnel kabyle le plus important et le plus largement connu ; son &#339;uvre reste une r&#233;f&#233;rence pour toute la soci&#233;t&#233; kabyle. Elle a inspir&#233; et profond&#233;ment marqu&#233;, par sa th&#233;matique comme par sa forme (asefru), tous les po&#232;tes et chanteurs ult&#233;rieurs, dont les plus grands comme Slimane Azem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui lui rend plusieurs fois hommage dans son &#339;uvre, notamment dans &#171; Si Muh (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[K. BOUAMARA]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOULIFA (Si Sa&#239;d) : Recueil de po&#233;sies kabyles , Alger dan, 1904 ; 2e &#233;d., Editions Awal, Paris/Alger &lt;br class='autobr' /&gt;
.1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
DERMENGHEIM (Emile) : La po&#233;sie kabyle de Si Mouh ou Mhand et les isefra, Documents alg&#233;riens, s&#233;rie culturelle &lt;br class='autobr' /&gt;
1951, n&#176; 57&lt;br class='autobr' /&gt;
FERAOUN (Mouloud) : &#171; La l&#233;gende de Si Mohand : Algeria, septembre 1958.&lt;br class='autobr' /&gt;
FFRAOUN (Mouloud) : Les po&#232;mes de Si Mohand, Paris Ed. Minuit, 1960 ; 2e &#233;d. Bouch&#232;ne, Alger, 1990. &lt;br class='autobr' /&gt;
MAMMERI (Mouloud), Les Isefra po&#232;mes de Si Mohand ou Mhand, Paris, Maspero 1969.&lt;br class='autobr' /&gt;
REDJALA (Mbarek) : Si Mohand et sa famille dans la tourmente de 1871, Bulleun de berb&#232;res, 3, 1974, p. 5-14,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'estimation de Mammeri. La date de naissance de Si Mohand est en fait controvers&#233;e. Selon Boulifa, Si Mohand aurait eu quarante ans au moment o&#249; il &#233;crivait (1900) et serait donc n&#233; en 1840. Si Youcefou-Lefki donne &#224; Mouloud Feraoun deux dates diff&#233;rentes : 1. Si Mohand serait mort au m&#234;me &#226;ge que le proph&#232;te (soixante-trois ans), ce qui porterait sa naissance &#224; 1843. 2. Si Mohand avait &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me &#226;ge que lui, or Si Youcef-ou-Lefki est n&#233; en 1850.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce point m&#233;riterait des investigations compl&#233;mentaires ; les raisons qui ont amen&#233; les responsables militaires fran&#231;ais &#224; &#233;pargner Mohand restent obscures, et sont peut-&#234;tre plus politiques que le simple geste humanitaire d'un officier. D'autant que le s&#233;questre sur les biens de la famille ne fut sans doute pas aussi total que le dit la tradition rapport&#233;e par M. Mammeri, puisqu'il y eut ensuite partage d'h&#233;ritage (NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est &#233;vident que cette l&#233;gende rel&#232;ve de l'hagiographie : le processus de formation de Si Mohand m&#233;nte ait une recherche approfondie (NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Quoi qu'il veuille dire, il peut le dire en vers, parce que c'est lui qui parle mais l'ange qui informe &#187;, &#233;crir Mammeri (1978 : 12). Nous retrouvons l&#224; le point de vue romantique qui &#171; explique &#187; la performance pot nique en associant au cr&#233;ateur la voix de la Muse qui lui souffle des images, des id&#233;es ou des vers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est vrai que la po&#233;sie de Si Mohand n'a pas circul&#233; uniquement de fa&#231;on orale : elle a b&#233;n&#233;fici&#233; tr&#232;s t&#244;t (Boulifa, 1904) du support de l'&#233;crit,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui lui rend plusieurs fois hommage dans son &#339;uvre, notamment dans &#171; Si Muh yenna-d &#187; (Slimane AZEM : &#206;zlan, Recueil de chants kabyles, Paris, Numidie Music, p. 168 et suiv.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Cheikh Mohand Ou Lhocine</title>
		<link>https://nedjma.org/Cheikh-Mohand-Ou-Lhocine</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Grande figure religieuse de la Kabylie, saint local tr&#232;s v&#233;n&#233;r&#233;, Mohand est n&#233; &#224; la fin des ann&#233;es trente du xixe si&#232;cle, &#224; A&#239;t Ahmed, un petit hameau du village de Taqqa, dans la tribu des A&#239;t-Yahia situ&#233;e dans la r&#233;gion de A&#239;n El-Hammam (ex Michelet) en Grande Kabylie. Il est le fils de Malha Tabuzebrit et de Mohand Larbi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une longue maladie, il d&#233;c&#232;de le mardi 8 octobre 1901, &#224; A&#239;t-Ahmed, au milieu du jour. Contrairement &#224; la coutume, on garda son corps trois jours avant de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH120/chikh_mohand_u_lhocine-86562.png?1778302292' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grande figure religieuse de la Kabylie, saint local tr&#232;s v&#233;n&#233;r&#233;, Mohand est n&#233; &#224; la fin des ann&#233;es trente du xixe si&#232;cle, &#224; A&#239;t Ahmed, un petit hameau du village de Taqqa, dans la tribu des A&#239;t-Yahia situ&#233;e dans la r&#233;gion de A&#239;n El-Hammam (ex Michelet) en Grande Kabylie. Il est le fils de Malha Tabuzebrit et de Mohand Larbi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue maladie, il d&#233;c&#232;de le mardi 8 octobre 1901, &#224; A&#239;t-Ahmed, au milieu du jour. Contrairement &#224; la coutume, on garda son corps trois jours avant de l'enterrer afin de permettre &#224; de nombreux visiteurs, affluant de tous horizons de la Kabylie, de voir une derni&#232;re fois le visage du Cheikh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ait &#233;pous&#233; successivement (ou simultan&#233;ment ?) plusieurs femmes, neuf selon Mammeri (1990 : 172), Cheikh Mohand est mort sans post&#233;rit&#233; (yemmut d amengur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son enfance, &#224; l'instar de tous les enfants issus de familles pauvres, Mohand fut berger. Mais &#224; cet &#226;ge-l&#224; d&#233;j&#224;, il &#233;tait port&#233; vers les choses de la religion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment, vers la voie mystique.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tr&#232;s probablement sous l'influence de sa m&#232;re, Lalla Malha issue d'une famille maraboutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il s'engagea avec d&#233;termination dans la voie asc&#233;tique. Aussi, ni les conseils ni les s&#233;v&#232;res r&#233;primandes de son p&#232;re, qui aurait voulu avoir un fils docile et ob&#233;issant et, en son h&#233;ritier sur lequel il aurait pu compter n'eurent prise sur lui. Ceci, parce Mohand &#233;tait pr&#233;occup&#233; et, pour ainsi dire habit&#233; tout le temps par son d&#233;sir de s'engager dans la voie de Dieu : accompagn&#233; constamment par une &#171; troupe d'adeptes f&#233;rus d'extase comme lui &#187; (Mammeri 1990), il visitait tous les saints hommes et endroits, sanctuaires et mausol&#233;es fr&#233;quent&#233;s en son temps. Un jour, en rentrant chez lui, accompagn&#233; de ses adeptes, Mohand Larbi, son p&#232;re, d&#233;j&#224; fatigu&#233; &#224; l'exc&#232;s par la conduite de son fils, le prit &#224; partie devant ses amis. Il lui reprocha de se comporter comme un derviche. &#171; Mieux vaut mourir sans h&#233;ritier, lui dit-il &#224; la fin, qu'avoir un fils comme toi. &#187; La r&#233;ponse, en vers, de Mohand, jet&#233;e &#224; la face de son p&#232;re, comme un bille de fronde, fut v&#233;h&#233;mente mais r&#233;v&#233;latrice. Les derniers vers contenaient, en effet, une sorte de pr&#233;diction ou, mieux, un signe avant-coureur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Eubdey rebbi ar das-tinid &lt;br class='autobr' /&gt;
Je jure par Dieu, qu'un jour, tu diras &lt;br class='autobr' /&gt; : Wagi eniy d Nnbi wis-sin &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Cet homme est donc un second proph&#232;te ? &#187; (Mammeri, 1990 : 47)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; second proph&#232;te &#187;, c'est-&#224;-dire un &lt;br class='autobr' /&gt;
saint homme, un homme de Dieu (d arebbani), respect&#233; et v&#233;n&#233;r&#233; de tous, un ma&#238;tre du verbe doux (awal azidan) qui s'adressait aussi bien aux c&#339;urs endoloris qu'&#224; la raison des hommes venant le consulter et lui demander conseil, Cheikh Mohand l'a &#233;t&#233; pendant plusieurs d&#233;cennies de suite. Dans la Kabylie de l'&#233;poque de Mohand, apr&#232;s le Proph&#232;te et ses compagnons, il n'y avait pas d'autorit&#233; plus &#233;cout&#233;e, suivie et v&#233;n&#233;r&#233;e par le peuple que les saints hommes et autres hommes de Dieu (At Rebbi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut justement aupr&#232;s de ces &#171; hommes. Le Dieu &#187; que Mohand a suivi dans son enfance, pendant dix ann&#233;es selon Mammeri &lt;br class='autobr' /&gt;
(1990 : 49), une longue initiation aux termes &lt;br class='autobr' /&gt;
de laquelle il a acquis (&#171; il a puis&#233; &#187;, yugemd son charisme, son pouvoir de &#171; beau dir, et de pr&#233;dire aussi, Pendant toutes ces annees, Mohand fr&#233;quenta de nombreux devins inspir&#233;s et hommes de Dieu. L'un d' entre eux &#233;tait Muhend U3li de Taqabba (Cf. Mammeri, 1990 : 48). Chass&#233; de la maison par son p&#232;re, Mohand alla rejoindre le gite du saint homme. Il y vivait en faisant pa&#238;tre les b&#234;tes du vieillard et chaque soir, en rentrant, il portait un fagot de bois de chauffe sur le dos. A chaque fois que le ma&#238;tre l'exhortait &#224; retourner chez ses parents, les m&#234;mes mots sortaient de la bouche de Mohand : &#171; Je suis sans lieu ni feu ; ma maison, &#224; moi, C'est ici ! Alors, j'y suis, j'y reste ! &#187;. Quelque temps apr&#232;s, le ma&#238;tre revenant &#224; la charge lui dit encore : &#171; Maintenant, rentre chez toi ! Ton pouvoir est accompli (Lhila-k teccur, litt. &#8220;ton r&#233;cipient est plein&#8221;). &#187; Mais Mohand, sans doute parce qu'il ne se sentait pas encore pr&#234;t, temporisait &#224; chaque fois, jusqu'au jour o&#249; il s'avisa qu'il &#233;tait temps de quitter les lieux. Ce jour-l&#224;, il accepta de prendre cong&#233; du ma&#238;tre mais &#224; condition, lui annon&#231;a-t-il, que &#171; Je sois d'abord r&#233;tribue pour tous les soins que je t'ai prodigues ! L ma&#238;tre le paya alors de ces parols :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruh ay aderwic (n) At Yebya &lt;br class='autobr' /&gt;
Va, derviche des Ait Yahia &lt;br class='autobr' /&gt;
Rriy-k d Imesbeh n tmura &lt;br class='autobr' /&gt;
Je te nomme Lumi&#232;re de toutes ! strlu &lt;br class='autobr' /&gt;
T-tasarut n tebbura ! &lt;br class='autobr' /&gt;
et Clef de toutes les portes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mammeri, 1990 : 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une longue phase d'errance, Mohand d&#233;cida, &#224; peu pr&#232;s &#224; la fin des ann&#233;es soixante du xive si&#232;cle, de se fixer &#224; Ait-Ahmed. L&#224;, il fonda un sanctuaire o&#249; il recevait chaque jour de nombreux visiteurs qui, tous, humbles ou riches, apportaient des offrandes en argent ou en nature. &#192; certains, ceux qui souhaitaient devenir adeptes de l'ordre de la Rahmaniya*, il donnait l'investiture avec un jaune d'&#339;uf. Son pouvoir qui se mettait en place petit &#224; petit gagnait en l&#233;gitimit&#233; ; son charisme se r&#233;pandait partout en Grande Kabylie (Tamurt n wadda). Aupr&#232;s des masses, il devint vite le meilleur repr&#233;sentant de Tamurt n wadda vis-&#224;-vis de l'ordre confr&#233;rique coiff&#233; par le v&#233;n&#233;r&#233; Cheikh Aheddad de Seddouk, en Petite Kabylie (Tamurt ufella). Devant Cheikh Aheddad*, Mohand a pr&#234;t&#233; serment d'&#234;tre fid&#232;le &#224; la voie et respectueux des r&#232;gles de l'ordre ; ce qu'il n'a pas toujours fait, sclon les allepations des autres repr&#233;sentants de la Rahmaniya, Car non seulement il s'&#233;artait souvent de la voie rahmanienne en donnant, par exemple, investiture avec un jaune d'oeuf, mais, aux yeux du ma&#238;tre de la confr&#233;rie et de ses adjoints, il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un usurpateur qui avait &#171; accapar&#233; &#187; la fonction de lieutenant du grand ma&#238;tre pour la Grande Kabylie en s'appuyant sur sa tr&#232;s grand popularit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait. formellement, et contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre &#233;crit (notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui lui fut reproch&#233;, un jour, &#224; Seddouk, par le Cheikh Aheddad lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; Qui t'a institu&#233; muqaddem ? lui reprocha &lt;br class='autobr' /&gt;
le grand ma&#238;tre &lt;br /&gt;&#8212; Dieu ! &#187;, lui lan&#231;a Cheikh Mohand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;ponse ent&#233;rine la rupture entre eux. Exasp&#233;r&#233;, Cheikh Aheddad mit fin &#224; leur discussion en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rub a dak-iney Rebbi d'amengur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Va, puisse Dieu te tuer sans post&#233;rit&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cheikh Mohand lui r&#233;torqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rub ad i&#255;eel Rebbi &lt;br class='autobr' /&gt;
Va, Dieu fasse que &lt;br class='autobr' /&gt;
Axxam-ik d axrib&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta maison tombe en ruines &lt;br class='autobr' /&gt;
Azekka-k d'ayrib &lt;br class='autobr' /&gt;
Et que tu sois enterr&#233; loin de ton pays ! (Mammeri, 1990 : 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui fut dit advint. En effet, d'abord emprisonn&#233; &#224; la fin de l'insurrection de 1871, Cheikh Aheddad meurt et est enterr&#233; &#224; Constantine, loin de son pays natal ; sa maison, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps laiss&#233;e &#224; l'abandon, tomba en ruines. Quant &#224; Cheikh Mohand, il mourut en 1901, sans descendance m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, apr&#232;s la d&#233;faite kabyle, Cheikh Mohand &#224;, &#224; un moment donn&#233;, envisag&#233; de quitter Ait-Ahmed pour aller, comme l'ont fait bon nombre de ses concitoyens, se r&#233;fugier en Orient musulman, en Syrie (Tamurt n Ccam) ; il avait m&#234;me commenc&#233; &#224; vendre quelques-uns de ses biens fonciers. Mais il se ravisa tr&#232;s vite parce qu'un autre saint homme vint le trouver pour lui faire entendre raison, e* lui disant que s'il partait, le peuple n'aurait plus aucun saint auquel il pourrait se vouer. &#171; Et puis tu as beau faire, lui ajouta-t-il, c'est ici qu'est inscrit ton destin ! &#187; &#192; partir de ce moment, il n'a plus quitt&#233; son hameau d'Ait-Ahmed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son attitude au moment de l'insurrection de 1871 est un point qui m&#233;riterait des investigations approfondies. Il semble bien qu'il s'y soit oppos&#233; et ait refus&#233; d'y participer. C'est sans doute ce qui explique que, contrairement aux autres mokaddems, il a &#233;chapp&#233; &#224; la mort, &#224; la d&#233;portation et au s&#233;questre. Sa position lors de cet &#233;v&#233;nement d&#233;cisif pour la Kabylie que fut la r&#233;volte de 1871 n'est probablement pas sans lien avec ses relations tendues avec le grand ma&#238;tre de la Rahmaniya ; elle explique peut-&#234;tre aussi qu'il se soit d&#233;finitivement engag&#233; dans la voie de la sublimation dans l'extase et le Verbe mystique. En tout &#233;tat de cause, apr&#232;s la tr&#232;s dure r&#233;pression qui s'ensuivit, il ne restait plus gu&#232;re aux gens que le repli dans la sagesse fataliste et la qu&#234;te des saints&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;l&#233;ments d'information et d'appr&#233;ciation de ce paragraphe sont dus &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cheikh Mohand avait deux passions mat&#233;rielles : la terre, et il en a beaucoup acquis au fil des ans dans la vall&#233;e de Boubhir ; et son ermitage pour lequel il avait engag&#233; les services d'un ma&#231;on permanent qui a travaill&#233; pour lui pendant des ann&#233;es. En dehors des pi&#232;ces d'habitation, le b&#226;timent comprenait : deux salles pour le logement des p&#232;lerins ; le long portique des consultations, une &#233;table, une &#233;curie, une forge, une salle de classe, une fontaine ombrag&#233;e et, dans la cour, le fauteuil o&#249; il faisait ses ablutions et un grand bassin (agelmim) o&#249; flottaient quelquefois des bateaux en miniature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus de l'ermitage, il y avait un moulin. Il avait un cheptel compos&#233; de vaches, de b&#339;ufs et de moutons mais aussi d'esp&#232;ces insolites en Kabylie : douze chameaux, des gazelles, des paons, des l&#233;vriers et enfin deux oiseaux d'esp&#232;ce inconnue dont l'un s'appelait &#171; Angoisse &#187; et l'autre &#171; Gr&#226;ce divine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous le portique que le cheikh a re&#231;u, pendant quarante ans, les p&#232;lerins venus lui rendre visite chaque jour, dans la matin&#233;e. Ils y venaient seuls, en petits groupes ou en longues processions d'hommes, de femmes et d'enfants. Certains y venaient en visite pieuse, d'autres y cherchaient la sagesse et les beaux dits. Les malades y cherchaient la gu&#233;rison. &#192; tous, le cheikh offrait &#224; boire et &#224; manger. &#192; chacun il donnait la r&#233;ponse appropri&#233;e ; le plus souvent en prose, mais quelquefois il parlait en vers rim&#233;s, assonances ou simplement rythm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dits du cheikh, plus faciles &#224; retenir quand ils &#233;taient en vers, les gens se les redisaient, les r&#233;p&#233;taient aussi dans les villages ; s'il y avait un lettr&#233; dans l'auditoire, il se h&#226;tait de les fixer &#224; l'&#233;crit. Mais, quelquefois, c'&#233;tait le cheikh lui-m&#234;me qui appelait le ma&#238;tre de la petite &#233;cole et lui disait : &#171; Prends un papier, de l'encre, un stylet et &#233;cris : Cheikh Mohand a dit... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage intitul&#233; Innayas Ccix Mohand (Cheikh Mohand a dit), Mammeri a rapport&#233;, en berb&#232;re, tout ce qui est rest&#233; dans la m&#233;moire locale, de ce que Cheikh Moband a dit il y a &#224; peu pr&#232;s un si&#232;cle, Ce recueil de 208 pages s'articule en quatre grandes parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. La vie du cheikh (&#224; ses d&#233;buts)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les ma&#238;tres du cheikh &lt;br /&gt;&#8212; L'&#233;poque d'avant la colonisation fran&#231;aise &lt;br /&gt;&#8212; L'insurrection de 1871 &lt;br /&gt;&#8212; L'&#233;poque coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II De la saintet&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La saintet&#233; n'est pas l'instruction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il convient de rappeler que Ccix Muhend exer&#231;ait son magist&#232;re dans la plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; La saintet&#233; n'est pas la thaumaturgie &lt;br /&gt;&#8212; Le sens vrai de la saintet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. La pens&#233;e du cheikh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Les temps nouveaux &lt;br /&gt;&#8212; Le pouvoir &lt;br /&gt;&#8212; L'argent &lt;br /&gt;&#8212; Les hommes &lt;br /&gt;&#8212; Dieu &lt;br /&gt;&#8212; Le bien et le mal &lt;br /&gt;&#8212; La sagesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV La vie du cheikh (la fin)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sa situation socio-&#233;conomique &lt;br /&gt;&#8212; Ses serviteurs &lt;br /&gt;&#8212; Histoire de Mohand Larbi (le fils du cheikh) &lt;br /&gt;&#8212; Ses derniers jours Epilogue &#8212; &#171; Lhistoire du cheikh &#187;, po&#232;me compos&#233; par Lhaj Muhend-u-3acur. &lt;br /&gt;&#8212; &#171; Po&#232;me sur Lalla Fadhma &#187; (la s&#339;ur du cheikh), po&#232;me compos&#233; par 3li At Nabet,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de Cheikh Mohand &#224; donn&#233; lieu &#224; une tr&#232;s abondante production po&#233;tique d'&#233;dification religieuse, normalement chant&#233;e lors des p&#232;lerinages, dont on trouvera un &#233;chantillon cons&#233;quent chez Jean-Marc Dallet* (1968) ou dans l'&#339;uvre chana0s Amrouche*.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A&#207;T OUYAHIA (Belgacem) : Pierres et lumi&#232;res, Alger, Casbah Editions, 1999, &lt;br /&gt;&#8212; La l&#233;gende d'un saint, Chikh Mohand Ou-Lhossine, FDB, 96, Fort-National, 1967 (IV). &lt;br /&gt;&#8212; Un p&#232;lerinage &#224; la tombe de Chikh Mohand ou-Lhossine, FDB, 98, Fort-National, 1968 (II).
&lt;br /&gt;&#8212; MAMMERI (Mouloud) : Cheikh Mohand a dit (Inna-yas Ccix Muhend), Alger, 1990. &lt;br /&gt;&#8212; NACIB (Youssef) : Po&#233;sies mystiques kabyles, Alger, Editions Andalouses, s.d.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, vers la voie mystique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En fait. formellement, et contrairement &#224; ce qui a pu &#234;tre &#233;crit (notamment par M. Mammeri), il n'y a jamais eu de repr&#233;sentant de la Rahmaniya pour toute la Grande Kabylie (concept inexistant &#224; l'&#233;poque d'ailleurs) ; il y avait un (ou plusieurs) muqaddem pour chaque conf&#233;d&#233;ration de tribus. Mohand fut l'un de ses repr&#233;sentants (note de Mohand Ameziane Amenna/NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#233;l&#233;ments d'information et d'appr&#233;ciation de ce paragraphe sont dus &#224; Mohand Ameziane Amenna.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il convient de rappeler que Ccix Muhend exer&#231;ait son magist&#232;re dans la plus stricte oralit&#233; car ce n'&#233;tait pas un lettr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;K. BOUAMARA&lt;br class='autobr' /&gt;
Hommes et femmes de Kabylie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Yusef U Qaci</title>
		<link>https://nedjma.org/Yusef-U-Qaci</link>
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		<dc:date>2026-04-22T16:17:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Grand po&#232;te de la tradition orale, Yusefu-Qasi (Youcef-ou-Kaci) est n&#233; &#224; At-Garet (&#224; Abizar, disent certaines sources), dans la conf&#233;d&#233;ration des At-Jennad, aux environs de 1680, selon l'estimation de Mammeri (1988 : 66). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d&#233;c&#233;d&#233; au cours de la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle. Quant &#224; sa s&#233;pulture, la l&#233;gende rapporte qu' apr&#232;s avoir &#233;t&#233; r&#233;clam&#233; par chacun des villages composant la conf&#233;d&#233;ration et de peur de voir son corps exhum&#233; et vol&#233; par l'un ou l'autre, on d&#233;cida de l'inhumer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grand po&#232;te de la tradition orale, Yusefu-Qasi (Youcef-ou-Kaci) est n&#233; &#224; At-Garet (&#224; Abizar, disent certaines sources), dans la conf&#233;d&#233;ration des At-Jennad, aux environs de 1680, selon l'estimation de Mammeri (1988 : 66).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;c&#233;d&#233; au cours de la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle. Quant &#224; sa s&#233;pulture, la l&#233;gende rapporte qu' apr&#232;s avoir &#233;t&#233; r&#233;clam&#233; par chacun des villages composant la conf&#233;d&#233;ration et de peur de voir son corps exhum&#233; et vol&#233; par l'un ou l'autre, on d&#233;cida de l'inhumer la nuit m&#234;me de sa mort et en pleine for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'un po&#232;te ordinaire, Yusef fut en r&#233;alit&#233; un amussnauw, c'est-&#224;-dire un &#233;rudit de la temussni, la &#171; philosophie &#187; (entendu au sens originel du terme) berb&#232;re de Kabylie ; un savoir, oral et pratique, qui touche &#224; de nombreux les domaines de la vie sociale : le code de la kabylit&#233; (taqbaylit), le droit coutumier, l'histoire de la tribu, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://nedjma.org/Cheikh-Mohand-Ou-Lhocine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lire aussi un article d&#233;taill&#233; sur la vie de cheikh Mohand Ou Lhocine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour la post&#233;rit&#233; lointaine, Yusef &#233;tait surtout un 4 sb, un ma&#238;tre de l'art de bien dire en composant des vers. Un art qu'il a acquis et parfait au fil des ans &#8212; qui lui a &#233;t&#233; donn&#233;, diront d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en f&#251;t, dans la soci&#233;t&#233; kabyle d'antan, et surtout &#224; l'&#233;poque o&#249; vivait Yusef, caract&#233;ris&#233;e par une relative ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir turc et par des guerres intertribales incessantes, cet art de composer des vers n'&#233;tait pas de &#171; l'art pour l'art &#187; ou, selon les mots de Novalis, de l'expression pour l'expression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, l'usage qu'on y faisait d'un discours : po&#233;tique comme celui de Yusef&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais il y avait bien s&#251;r d'autres types de po&#233;sie, tels que la po&#233;sie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; l'instar de celui de tous les ifsihen (pl. de afsih), po&#232;tes &#171; engag&#233;s &#187;, &#233;tait &#233;minemment pragmatique, car dans ce contexte, parler veut dire : agir, influencer, de quelque mani&#232;re, le comportement de l'auditoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction que l'afsih Yusef-u-Qaci assurait dans ce contexte &#233;tait &#224; la fois multiple et diverse. Selon les circonstances, de guerres locales ou de paix momentan&#233;es, Yusef &#233;tait tout &#224; la fois a&#232;de, po&#232;te, homme politique et &#171; ambassadeur &#187; de son groupe de sang ou d'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disposons de quelques t&#233;moignages selon lesquels Yusef, gr&#226;ce &#224; son &#233;loquence et &#224; sa subtilit&#233;, a emp&#234;ch&#233; la guerre d'&#233;clater entre les At-Jennad, groupe tampon dont il &#233;tait issu, et une tribu limitrophe, &#224; quelque que f&#251;t son statut, siba (comme les At-Waghlis, Iflisen, At-Wagnun, etc.) &#224; ou &#171; makhzen &#187;, comme les At-Qaci A &#8212; repr&#233;sentants du pouvoir beylical en Grande Kabylie (Tamurt n wadda).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ausst, &#224; chaque fois qu'ils se heurtaient &#224; un probl&#232;me intertribal grave qu'ils d&#233;siraient r&#233;gler &#224; l'amiable, les At-Jennad d&#233;p&#234;chaient Yusef-u-Qaci aupr&#232;s du groupe &#171; ennemi &#187; et lui donnaient carte blanche pour n&#233;gocier au nom du groupe. Investi d'une large autorit&#233; pour n&#233;gocier, Yusef semble avoir pu prendre, dans ce cas pr&#233;cis, des d&#233;cisions et des engagements que les At-Jennad respectaient (ou devaient respecter) scrupuleusement. On ne le d&#233;l&#233;guait pas seulement parce qu'il &#233;tait le plus &#233;loquent ou, en tout cas, habile &#224; mener les discussions et tractations dans de pareilles circonstances, mais surtout, parce que, comme tous les z shen, Yusef &#233;tait couvert par une sorte d''&#171; immunit&#233; &#187; (lzenaya) qui lui permettait de traverser, sans risques, tous les territoires kabyles, y compris celui du groupe hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme politique, Yusef l'&#233;tait &#224; plus d'un titre puisqu'il avait la charge de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts du groupe et son territoire. Aussi, lorsque ces int&#233;r&#234;ts &#233;taient menac&#233;s, lorsque l'honneur du groupe &#233;tait malmen&#233; ou seulement mis en jeu, le premier &#224; r&#233;agir &#233;tait Yusef. Il devait provoquer un rassemblement g&#233;n&#233;ral de tous les clans de la conf&#233;d&#233;ration au lieu-dit Tafuyalt (Sidi Mensur &#233;tait le lieu de r&#233;union en p&#233;riode de paix) et il devait y prononcer un discours persuasif afin d'ouvrir imm&#233;diatement les hostilit&#233;s contre l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sent au combat aux c&#244;t&#233;s des siens, Yusef, en tant que po&#232;te, usait de son arme qui &#233;tait le Verbe. Dispensateur de l'&#233;loge et du bl&#226;me, juge des actes individuels, l'afsih par son Verbe &#224; double tranchant, exhortait les hommes &#224; la bravoure, valorisait l'ardeur au combat, citait nomm&#233;ment ceux qui se distinguaient particuli&#232;rement dans les affrontements, etc. Mais, aussi, par sa critique acerbe, il avertissait et stigmatisait les l&#226;ches et les &#171; embusqu&#233;s &#187; ; il les tournait en d&#233;rision ou mena&#231;ait carr&#233;ment de rendre publics leurs &#233;carts de conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#232;de, Yusef l'&#233;tait aussi, surtout en p&#233;riodes de paix. Faire et dire de la po&#233;sie &#233;tait en effet sa premi&#232;re fonction, ou son &#171; m&#233;tier &#187; (sa vocation, diront d'autres). Comme l'ameddab, il ne travaillait pas ; il vivait de ses productions po&#233;tiques. Mais contrairement &#224; l'ameddah qui r&#233;citait son r&#233;pertoire en allant de village en village, de march&#233; en march&#233;, en particulier &#224; l'&#233;poque des r&#233;coltes (d'huile, de figues ou de grains), l'afsih, parce qu'il avait un statut assez &#233;lev&#233;, ne se produisait jamais ainsi. l'afsih &#233;tait en effet toujours le h&#233;raut, le porte-parole d'un groupe donn&#233;, de son groupe agnatique tr&#232;s souvent, qui le &#171; nourrissait &#187; en quelque sorte. En revanche, le groupe au service duquel l'afsih mettait son arme verbale devait lui payer un tribut, un salaire en nature ; on lui collectait r&#233;guli&#232;rement des vivres en quantit&#233;s suffisantes. S'il lui arrivait de se produire ailleurs, ce qu'il faisait souvent en temps de paix, c'&#233;tait pour l'afsih un gain suppl&#233;mentaire et pour les villageois, qui le recevaient &#224; bras ouverts, un &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce titre, le cas de Yusef semble &#234;tre atypique. Il a &#233;t&#233; successivement (ou simultan&#233;ment) la &#171; conscience &#187; de deux groupes kabyles, les At Jennad, son groupe d'origine, et les At Yanni, un groupe ami. Ces deux groupes, &#233;loign&#233;s l'un de l'autre, connaissaient des situations politiques assez diff&#233;rentes. Le premier, situ&#233; sur une terre de pi&#233;monts, constituait une zone tampon et entretenait de ce fait des rapports ambigus avec le pouvoir beylical par le biais des At-Qasi ; les At-Yanni, tribu montagnarde, &#233;taient ind&#233;pendants vis-&#224;-vis du pouvoir turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Yusef prenait parti ouvertement pour i un comme pour l'autre de ces groupes, &#224; qui il a pr&#234;t&#233; son talent oratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une joute po&#233;tique rest&#233;e c&#233;l&#232;bre, entre Muhend-u-Eabdellah (des A&#239;t-Iraten) et Yusef-u-Qaci (C. Nacib, 1993 : 213), ce dernier dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nekk d Ajennad men lasel-iw&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis originaire des At Jennad&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yettrrzun lecdu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui brisent leur adversaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les At-Yanni, et contre les At-Wasif cette fois, Yusef prend parti sans ambigu&#239;t&#233; (C. Mammeri, 1988 : 106-107) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nekk d At-Yanni grent tesyar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les Ait Yanni et moi les d&#233;s sont jet&#233;s Nitni inu, nekk baney nsen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont &#224; moi et moi, c'est clair,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'habitude, pour se produire, Yusef s'asseyait sur une natte &#233;tal&#233;e &#224; m&#234;me le sol, entour&#233; d'un cercle d'auditeurs (ad yef-k dzzin d'aqusis) ; il chantait en s'aidant d'un tambourin triangulaire sur lequel il donnait quelques touches. On dispose par ailleurs de deux t&#233;moignages qui, venant directement de ses pairs, permettent d'affirmer que Yusef-u-Qaci &#233;tait le prince des po&#232;tes de son temps ou, &#224; tout le moins, un ma&#238;tre reconnu de la po&#233;sie de cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier vient de M3emmer Ahesnaw (Cf. Mammeri, 1988 : 263-269) qui, dans une joute po&#233;tique engag&#233;e avec Yusef (Cf. Mammeri, 1988 : 127), entame sa pi&#232;ce &lt;br class='autobr' /&gt;
par ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nnan-i(yi) yesba Yusef &lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a dit que Yusef est hors pair...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second t&#233;moignage est de Muh At Lmeseud (Mammeri, 1988 : 152159). Ayant voulu s'initier &#224; la po&#233;sie ou, mieux, &#224; parfaire son art aupr&#232;s de Yusef, il alla le trouver et introduisit sa requ&#234;te par ces vers (Mammeri, 1988 : 132) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; dadda Yusef ay ungal &lt;br class='autobr' /&gt;
Grand fr&#232;re Yusef ma&#238;tre des symboles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ay ixf l-lehl-is &lt;br class='autobr' /&gt;
Prince des po&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; CHAKER (Salem). Une tradition de r&#233;sistance et de lutte : la po&#233;sie berb&#232;re kabyle. Un parcours po&#233;tique, Revue du monde musulman et de la M&#233;diterran&#233;e |Aix-enProvence], 51, 1989/1, p. 11-31. &lt;br /&gt;&#8212; MAMMERI (Mouloud). Po&#232;mes kabyles anciens, Alger, Laphomic, 1988, p. 62-141. &lt;br /&gt;&#8212; MAMMERI (Mouloud). Dialogue sul po&#233;sie orale kabyle (entretien avec P Bourdieu) ui Culture savante, Culture v&#233;cue, Alger, Ed. Tala, 1991, p. 93 123. &lt;br /&gt;&#8212; NACIB (Youcef). Anthologie de la po&#233;sie kabyle, Alger, Editions Andalouses, 1993, p. 49-56 et 201 218.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais il y avait bien s&#251;r d'autres types de po&#233;sie, tels que la po&#233;sie religieuse, la po&#233;sie lyrique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;[K. BOUAMARA] &lt;br class='autobr' /&gt;
Hommes et femmes de Kabylie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lbachir Amellah </title>
		<link>https://nedjma.org/Lbachir-Amellah</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Po&#232;te de la tradition orale, n&#233; au au cours de l'ann&#233;e 1861 &#224; Ichckkaben, dans la tribu des Imellahen, situ&#233;e au sud ouest de (Bougie), dans la vall&#233;e de la Sournmam Bachir Chibane, plus connu sous le nom de Si Lbachir Amellah (Si Lhacir Amellab, en r&#233;f&#233;rence au nom de sa tribu, Imellahen), est d&#233;c&#233;d&#233; le 26 d&#233;cembre 1930, en laissant trois filles issues de deux mariages. Il &#233;tait imam de son village. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son enfance, Si Lbachir, comme tous les enfants kabyles de cette &#233;poque, fr&#233;quenta (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://nedjma.org/-Heritage-et-genie-les-grands-poetes-kabyles-" rel="directory"&gt;H&#233;ritage et g&#233;nie : les grands po&#232;tes kabyles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH140/lbachir_amellah-5ac0a.png?1778302292' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='140' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Po&#232;te de la tradition orale, n&#233; au au cours de l'ann&#233;e 1861&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les documents de l'&#233;tat civil, dont existence officielle dans cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Ichckkaben, dans la tribu des Imellahen, situ&#233;e au sud ouest de (Bougie), dans la vall&#233;e de la Sournmam Bachir Chibane, plus connu sous le nom de Si Lbachir Amellah (Si Lhacir Amellab, en r&#233;f&#233;rence au nom de sa tribu, Imellahen), est d&#233;c&#233;d&#233; le 26 d&#233;cembre 1930, en laissant trois filles issues de deux mariages. Il &#233;tait imam de son village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son enfance, Si Lbachir, comme tous les enfants kabyles de cette &#233;poque, fr&#233;quenta d'abord l'&#233;cole coranique de son village natal o&#249; il apprit, aupr&#232;s de l'imam du village d'Ichekkaben, les premiers rudiments de la langue arabe et du Coran. Selon certaines sources orales, il serait all&#233; poursuivre ses &#233;tudes &#224; la zaouia (time3mmert) de Sidi Saeid de Tznagen, une sorte &#8220; d'&#201;cole normale &#8220; coranique qui formait les imams de villages ; &#224; la zaouia de Sidi Soufi de Bgayet, disent d'autres. En somme, deux &#233;coles ayant appartenu &#224; l'ordre confr&#233;rique de la Rahmaniya, qui fut le fer de lance de la r&#233;volte kabyle contre l'ordre colonial en 1871. Cet &#233;v&#233;nement fut, dit-on, la principale raison pour laquelle il n'est pas all&#233; jusqu'au bout de sa formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; une date que nos sources ne pr&#233;cisent pas.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui suivirent la r&#233;volte EI Moqrani et de Cheikh Aheddad de Seddouk, Si Lbachir &#224;, selon Les m&#234;mes sources, exerc&#233; pendant quelque temps la fonction d'imam dans un ou plusieurs villages kabyles de la r&#233;gion, aujourd'hui difficiles &#224; identifier, Mais peu apr&#232;s, peut &#234;tre parce que le &#171; m&#233;tier &#187; ne nourrissait plus son homme, il rompt avec la &#171; Voie de Dieu &#187; (abrid n Rebbi), pour s'engager dans une autre, moins orthodoxe mais somme toute praticable, puisqu'elle avait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; emprunt&#233;e, avant lui, par Si Muhend des A&#239;t-Iraten qui a dit : ssney abrid, xdiy-as (&#171; je connais la Voie et l'ai abandonn&#233;e &#187;). Il s'est donc engag&#233; dans la voie de la po&#233;sie pendant deux sinon trois d&#233;cennies, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1910, date approximative &#224; laquelle il reprend, et cette fois jusqu'&#224; la fin de ses jours, son m&#233;tier d'imam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, en effet, apr&#232;s sa rupture avec la &#171; voie de Dieu &#187; qu'il est all&#233; rejoindre, en tant qu'accompagnateur d'abord, l'une des troupes de tambourinaires (idebbalen) qui sillonnaient alors la Kabylie et animaient les f&#234;tes, surtout pendant les p&#233;riodes estivales, moyennant une contrepartie en nature o&#249; en argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acqu&#233;rir la voix et le souffle, mais aussi la m&#233;moire, dispositions indispensables &#224; qui voulait chanter, Si Lbachir n'a &#224; vrai dire pas attendu sa rupture avec la pr&#233;dication ; il s'y est mis d&#232;s son jeune &#226;ge. En effet, &#224; la zaouia par exemple, o&#249; il a &#233;t&#233; pensionnaire pendant des ann&#233;es, les &#233;tudiants ( ttelba) psalmodiant le Coran, matin et soir, et chantaient en ch&#339;ur les po&#232;mes kabyles religieux (adekker).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa po&#233;sie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La tradition des idebbalen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein de laquelle s'est inscrit Si Lbachir, approximativement &#224; la fin de la deuxi&#232;me moiti&#233; du si&#232;cle dernier, existait bien avant lui en Kabylie. Nous retrouvons en effet dans les Po&#233;sies kabyles du Durdjura (Hanoteau : 1867, 3e partie) plusieurs noms connus de ces idebbalen, tous ou presque contemporains de Hanoteau. En s'engageant dans cette voie, Si Lbachir n'a donc fait que perp&#233;tuer la tradition de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, tradition aujourd'hui quasiment disparue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Si Lbachir a accompli son second &#171; m&#233;tier &#187; d'une mani&#232;re originale ou, tout au moins, in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps de Si Lbachir, et selon les t&#233;moignages unanimes des personnessources, ces troupes d'idebbalen &#233;taient constitu&#233;es de deux composantes, &#233;troitement associ&#233;es, mais distinctes cependant. Il y avait, d'une part, les idebbalen proprement dits, qui sont des musiciens &#171; tambourinaires &#187;) et, de l'autre, &#224; chanteur et son second. Ces Idebbalen toujours accompagn&#233;s de danseuses, pouvaient exister et animer des f&#234;tes de fa&#231;on autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le cas de Si Lbachir, les deux parties &#233;taient, dans les faits, &#233;troitement articul&#233;es ; elles formaient la m&#234;me troupe, connue sous le nom de &#171; troupe de Si Lbachir &#187; (tarba3t n Si Lbacir) parce qu'il en &#233;tait l'animateur et parce qu'il &#233;tait le seul &#233;l&#233;ment stable de la troupe, le pivot autour duquel les autres se rassemblaient. Si Lbachir lui-m&#234;me a remplac&#233; l'un ou l'autre des membres de son &#233;quipe. Il changea, dit on, trois fois d'accompagnateurs ; il s'agit successivement de Belqasem Ueezzug, Lmulud n Eli u-Mhend - qui a assist&#233; Si Lbachir pendant vingt-deux ann&#233;es de suite &#8212;, et enfin Muhend Ssa3id Aberbaci &#8212; qui fut son disciple et son successeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux parties de la troupe ne formaient cependant pas un bloc monolithique. Sur sc&#232;ne en effet, elles se produisaient souvent s&#233;par&#233;ment. Le terrain servant de sc&#232;ne pour la troupe et le public, toujours nombreux (surtout lorsqu'il s'agissait d'une f&#234;te organis&#233;e par un village ou une fraction de tribu), &#233;tait situ&#233; hors des habitations. Ce public, Mixte lorsque la f&#234;te &#233;tait de nature strictement familiale, &#233;tait dispos&#233; ainsi : d'un c&#244;t&#233;, Le hommes, jeunes et moins Jeunes, de l'autre les femmes et les enfants. Ce n'est qu'apr&#232;s le passage des idebbalen (proprement dits), tr&#232;s tard dans la nuit (d'autres sources disent, tr&#232;s t&#244;t le matin, &#224; l'aube) que Si Lbachir et son second, tambourins entre les mains, se produisaient devant le public. Ils marchaient entre les rangs et, &#224; voix haute, ils chantaient puis d&#233;clamaient leurs po&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en principe dans ce cadre pr&#233;cis que l'essentiel du r&#233;pertoire po&#233;tique de Si Lbachir a &#233;t&#233; diffus&#233;, re&#231;u et appr&#233;ci&#233; en tant que po&#233;sie par ses divers publics successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Si Lbachir a quitt&#233; la sc&#232;ne (bien avant qu'il ne quitte la vie), Si Mubend Ssaeid Aberbaci, son disciple et continuateur, a, pendant des ann&#233;es (jusqu' &#224; l'or&#233;e de la Guerre de lib&#233;ration, disent certains), continu&#233; &#224; chanter seul les po&#232;mes du ma&#238;tre. Mais parall&#232;lement &#224; ce mode de transmission quasi &#171; officiel &#187;, d'autres cha&#238;nes de transmetteurs ont, &#224; coup s&#251;r, &#233;galement transmis de fa&#231;on informelle certains de ses po&#232;mes aux g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures. C'est en effet aupr&#232;s de ces relais que nous avons pu recueillir un certain nombre de po&#232;mes qui lui sont attribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que jusqu &#224; la r&#233;alisation de notre Anthologie de po&#233;sies kabyles lyriques attribu&#233;es &#224; Si Lhachir Amellah (Bouamara : 1995), c'est-&#224;-dire pendant plus de soixante dix ann&#233;es apr&#232;s qu'il eut quitt&#233; la sc&#232;ne, la po&#233;sie de Si Lbachir n'a circul&#233; que de fa&#231;on orale. Cette anthologie, qui rassemble 158 po&#232;mes, ne constitue donc probablement pas l'&#339;uvre compl&#232;te de Si Lbachir, ni, sans doute, son &#339;uvre &#224; lui seul, c'est &#224;-dire produite et cr&#233;&#233;e enti&#232;rement par Si Lbachir, En fait, elle n'est certainement qu'un fragment de l'&#339;uvre produite/transmise collectivement par un ensemble de personnes-sources, d&#233;termin&#233;es par les circonstances de l'enqu&#234;te circonscrite que nous avons men&#233;e (pour plus de d&#233;tails sur cette question, cf. Bouamara : 1997). En choisissant une autre aire de collecte et, par cons&#233;quent, d'autres personnes-sources, le r&#233;sultat aurait certainement &#233;t&#233; diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; &#339;uvre &#187; n'est donc, pour reprendre une nuance de Jean Amrouche, pas de Lbachir, du moins pas enti&#232;rement, mais seulement &#224; lui. Ceci, parce qu'elle lui a &#233;t&#233; attribu&#233;e par la post&#233;rit&#233;, et &#224; titre posthume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons dans la po&#233;sie de Si Lbachir, du moins celle que nous avons recueillie, les th&#232;mes et les tournures anciens, ceux de ses pr&#233;d&#233;cesseurs que nous pouvons encore lire dans l'ouvrage de Hanoteau, adapt&#233;s bien s&#251;r &#224; la facture du moment : C'est s des s&#233;ries Leelam i d-Cudden seg.&#8230;., Adfel Yekaten.&#8230;, Rekbey lba&lt;br class='autobr' /&gt;
bur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les th&#232;mes de pr&#233;dilections de Si Lbachir Sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme, l'&#233;pouse et la ma&#238;tresse : &lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#339;urs kabyles de son temps, l&#233;g&#232;res ou s&#233;v&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les repr&#233;sentants de l'ordre &#233;tabli, et pour des publics divers, Si Lbachir a chant&#233; le couple, r&#233;el ou imagin&#233;, mais toujours compos&#233; de sa Bien-aim&#233;e et de Lui (Netta d Ezuzu), &#233;touff&#233; par le code kabyle de l'honneur, tacite mais tr&#232;s rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Lbachir, dans un style expressif et tr&#232;s figur&#233;, a chant&#233; toutes les amours, celles que, pour vivre libres et heureux dans la vie ici-bas, la femme et l'homme entreprennent chaque jour. Si Lbachir a exprim&#233; dans ses po&#232;mes ce que beaucoup de ses contemporains n'osaient pas ou ne savaient pas dire, en tout cas, publiquement. Sensible &#224; l'extr&#234;me, il a chant&#233; tout ce qu'il a vu, entendu, senti ou ressenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant consid&#233;rer comme certain que, durant toutes ses ann&#233;es de chant et de p&#233;r&#233;grinations, Si Lbachir n'a pas trait&#233; que d'un seul th&#232;me, fut-il provoquant et central. Telle qu'elle se pr&#233;sente &#224; travers notre Anthologie, l'image de la po&#233;sie de Si Lbachir est certainement tronqu&#233;e. Des sources diff&#233;rentes aupr&#232;s desquels est possible de r&#233;aliser d'autres collectes &#224; en donneraient certainement une autre vision. Ceci, parce que les &#339;uvres orales sont par d&#233;finition ouvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUAMARA (Kamal) :Anthologie de po&#233;sies kabyles lyriques attribu&#233;es &#224; Si Lhachir Amellah (1861-1930), m&#233;moire de magister, Universit&#233; de B&#233;ja&#239;a/Inalco, 1996, 288 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUAMARA (Kamal) : &#171; Pour une m&#233;thode d'approche esth&#233;tique de la po&#233;sie kabyle orale : le cas de Si Lbachir Amellah (1861-1930) &#187;, communication pr&#233;sent&#233;e au colloque international B&#233;jaia et sa r&#233;gion &#224; travers les si&#232;cles B&#233;ja&#239;a, 11-13 novembre 1997 (&#224; paraitre).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les documents de l'&#233;tat civil, dont existence officielle dans cette r&#233;gion ne remonte qu'&#224; 1891, Si Lbachir avait 30 ans &#224; cette date.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; une date que nos sources ne pr&#233;cisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une appellation synecdoctique, parce qu'il faisait partie de la troupe&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si Lbachir est appel&#233; adebbal par certains ; il s'agit, bien entendu, d'une appellation synecdoctique, parce qu'il faisait partie de la troupe&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;[K. BOUAMARA] &lt;br class='autobr' /&gt;
Hommes et femmes de Kabylie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Monseigneur Duval et l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie : une position courageuse</title>
		<link>https://nedjma.org/Monseigneur-Duval-et-l-independance-de-l-Algerie-une-position-courageuse</link>
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		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;N&#233; le 9 novembre 1903 &#224; Ch&#234;nex (Haute-Savoie) dans une famille d'agriculteurs, L&#233;on-&#201;tienne Duval est form&#233; au petit s&#233;minaire de La Roche-sur-Foron, au grand s&#233;minaire d'Annecy et au S&#233;minaire fran&#231;ais. Ordonn&#233; pr&#234;tre &#224; Rome (1926), docteur en th&#233;ologie (1927), il est nomm&#233; vicaire de La Roche-sur-Foron et de Saint-Gervais (1928-1930). Il choisit ensuite d'enseigner la th&#233;ologie dogmatique au grand s&#233;minaire d'Annecy (1930-1938) dont il est aussi l'&#233;conome (1938-1942) avant d'&#234;tre nomm&#233;, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Biographies-" rel="directory"&gt;Biographies &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH100/planche_duval-d9782.png?1778302292' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;Monseigneur DUVAL&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;N&#233; le 9 novembre 1903 &#224; Ch&#234;nex (Haute-Savoie) dans une famille d'agriculteurs, L&#233;on-&#201;tienne Duval est form&#233; au petit s&#233;minaire de La Roche-sur-Foron, au grand s&#233;minaire d'Annecy et au S&#233;minaire fran&#231;ais. Ordonn&#233; pr&#234;tre &#224; Rome (1926), docteur en th&#233;ologie (1927), il est nomm&#233; vicaire de La Roche-sur-Foron et de Saint-Gervais (1928-1930). Il choisit ensuite d'enseigner la th&#233;ologie dogmatique au grand s&#233;minaire d'Annecy (1930-1938) dont il est aussi l'&#233;conome (1938-1942) avant d'&#234;tre nomm&#233;, en 1942, vicaire g&#233;n&#233;ral de Mgr Cesbron, &#233;v&#234;que d'Annecy. Le 3 novembre 1946, il devient &#233;v&#234;que de Constantine et d'Hippone, alors que les &#233;meutes du Constantinois du printemps 1945 et leur violente r&#233;pression sont dans toutes les m&#233;moires alg&#233;riennes. Mgr Duval se d&#233;marque d'embl&#233;e des positions du clerg&#233; et de ses fid&#232;les d'origine europ&#233;enne. Sensible &#224; la mis&#232;re et &#224; l'injustice que subit la population indig&#232;ne, il pr&#244;ne l'&#233;galit&#233; entre les communaut&#233;s et se rapproche de personnalit&#233;s musulmanes et nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://nedjma.org/La-pensee-de-Saint-Augustin-resume-clair-idees-principales-et-influence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lire aussi un article d&#233;taill&#233; sur la vie et la pens&#233;e de Saint-Augustin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1950, &#224; l'occasion du cinquantenaire de l'inauguration de la basilique &lt;a href='https://nedjma.org/La-pensee-de-Saint-Augustin-resume-clair-idees-principales-et-influence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Saint-Augustin&lt;/a&gt; &#224; Hippone, il fait visiter l'Est alg&#233;rien &#224; Mgr Roncalli, nonce &#224; Paris et futur Jean XXIII (1958). Nomm&#233; archev&#234;que d'Alger le 3 f&#233;vrier 1954, quelques mois avant le lancement de l'insurrection alg&#233;rienne, il est d'embl&#233;e favorable &#224; une n&#233;gociation* avec les nationalistes, condamne publiquement la torture* en janvier 1955, s'oppose &#224; une intervention pour le Comit&#233; de salut public en mai 1958, interdit la c&#233;l&#233;bration de la messe sur les barricades en janvier 1960, condamne le putsch* des g&#233;n&#233;raux d'avril 1961 et le terrorisme de l'OAS* autant que les violences du FLN*. Proche des milieux progressistes d'Alger, il est per&#231;u comme un tra&#238;tre par les pr&#234;tres et les catholiques militants de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise qui le surnomment &#171; Mohammed Duval &#187;. Au printemps 1962, il assiste impuissant &#224; la guerre civile et &#224; l'exode des catholiques mais d&#233;cide de rester en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il re&#231;oit la nationalit&#233;* alg&#233;rienne en 1966. Il pr&#233;side la Conf&#233;rence &#233;piscopale d'Afrique du Nord de 1963 &#224; 1988, est nomm&#233; cardinal en 1965, et pr&#233;side le synode de 1971. Responsable d'une &#233;glise minoritaire en terre musulmane, il est un ardent d&#233;fenseur du dialogue islamo-chr&#233;tien et interreligieux, du sort des immigr&#233;s maghr&#233;bins en France et du tiers-monde. Il d&#233;missionne en avril 1988 &#224; 84 ans et meurt le 30 mai 1996, &#224; Alger, quelques jours apr&#232;s l'assassinat des moines cisterciens de Tibhirine. Il est inhum&#233; dans la basilique Notre-Dame-d'Afrique d'Alger&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dictionnaire de la guerre d'Alg&#233;rie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La pens&#233;e de Saint Augustin : r&#233;sum&#233; clair, id&#233;es principales et influence</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nedjma Institute</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La philosophie d'Augustin est une &#233;lucidation de la r&#233;alit&#233; humaine &#224; la lumi&#232;re de la foi chr&#233;tienne. L'homme est faible, mais il porte au fond de son &#226;me la trace de Dieu. Il s'agit pour lui d'entendre et de r&#233;pondre &#224; cet appel. C'est en nous effor&#231;ant de rejoindre le divin au fond de nous-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire en nous unissant &#224; Dieu par la foi, que nous acc&#233;derons &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; la sagesse. C'est donc &#224; une forme d'introspection qu'Augustin nous convie, dans la droite ligne du souci de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://nedjma.org/-Philosophie-" rel="directory"&gt;Philosophie &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://nedjma.org/local/cache-vignettes/L150xH100/planche_saint_augustin-f3729.png?1778302292' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;La pens&#233;e de Saint Augustin&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La philosophie d'Augustin est une &#233;lucidation de la r&#233;alit&#233; humaine &#224; la lumi&#232;re de la foi chr&#233;tienne. L'homme est faible, mais il porte au fond de son &#226;me la trace de Dieu. Il s'agit pour lui d'entendre et de r&#233;pondre &#224; cet appel. C'est en nous effor&#231;ant de rejoindre le divin au fond de nous-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire en nous unissant &#224; Dieu par la foi, que nous acc&#233;derons &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; la sagesse. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc &#224; une forme d'introspection qu'Augustin nous convie, dans la droite ligne du souci de l'&#226;me h&#233;rit&#233; de Platon et du christianisme. La r&#233;flexion augustinienne s'articule autour de plusieurs th&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; le d&#233;sir et son objet ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; le temps et l'&#233;ternit&#233; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; la libert&#233; et la gr&#226;ce ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; la foi et la raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE D&#201;SIR ET SON OBJET &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les amours terrestres Chez Augustin, c'est d'abord la vie qui force &#224; philosopher, car l'amour de la sagesse ne s'&#233;veille que dans une &#226;me qui souffre d'en &#234;tre priv&#233;. Le mal qu'endure Augustin lui-m&#234;me, comme il l'explique dans ses Confessions, c'est le d&#233;sir de la chair dans lequel il s'est jet&#233; sans scrupule : &#171; J'aimais &#224; aimer &#187;, se souvient-il. Insatiable, ce d&#233;sir se creuse comme un ventre o&#249; l'app&#233;tit renait interminablement. Ainsi, les volupt&#233;s de l'amour charnel, les nourritures terrestres, ne - 11 satisfont pas l'&#226;me humaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Augustin en a fait l'am&#232;re exp&#233;rience. L'&#226;me d&#233;sire &#224; la fois plus, autre chose et autrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; plus, car son d&#233;sir est infini, tandis que les &#234;tres ici-bas sont finis, c'est-&#224;-dire qu'ils se corrompent ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; autre chose, car l'&#226;me est incorporelle, tandis que les d&#233;lices de la chair sont corporels ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; autrement, car elle est &#224; l'image de Dieu, non de l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de Dieu Selon le philosophe, l'&#226;me est rong&#233;e par un manque d&#233;vorant de quelque chose. Mais de quoi au juste ? Non pas des autres, comme Augustin l'a cru d'abord, mais de l'Autre, &#224; savoir Dieu. En nous, le d&#233;sir infini appelle un &#234;tre lui-m&#234;me infini. Nous avons soif d'absolu. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui tourmente l'&#226;me, c'est un manque de Dieu qui manque Dieu. En effet, ce manque &#171; manque &#187; son objet, passe &#224; c&#244;t&#233;, parce que l'&#226;me cherche hors d'elle-m&#234;me, dans la chair, ce qui r&#233;side en elle-m&#234;me, dans la foi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Augustin ne condamne donc pas le d&#233;sir, il ne condamne que le d&#233;tournement du d&#233;sir de l'&#226;me vers les objets mat&#233;riels corruptibles et corrupteurs. En ne comprenant pas son propre d&#233;sir, en se laissant d&#233;passer par lui, submerger par sa puissance, l'&#226;me humaine s'&#233;loigne d'elle-m&#234;me et donc de Dieu. En recherchant l'union avec les corps, elle se cherche o&#249; elle n'est pas, puisqu'elle est incorporelle. D&#232;s - 12 lors, elle ne co&#239;ncide jamais avec elle-m&#234;me et ne peut vivre que dans l'erreur et la d&#233;ception. . Le d&#233;sir est un appel qu'il ne faut pas seulement vivre, mais aussi comprendre. Or seule la foi le permet. Ainsi, Augustin insiste sur la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; conversion &#187;, d'un virage dans l'existence : il faut convertir le mouvement de l'&#226;me qui l'&#233;gare hors d'elle-m&#234;me en mouvement qui la ram&#232;ne en elle-m&#234;me. &#171; Redi in te &#187;, dit Augustin : &#171; Rentre en toi m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA M&#201;MOIRE, LE TEMPS ET L'&#201;TERNIT&#201;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire Rentrer en soi-m&#234;me pour s'examiner, c'est d'abord d&#233;couvrir que l'esprit est m&#233;moire. Ces &#171; vastes palais &#187; int&#233;rieurs qui rec&#232;lent des &#171; tr&#233;sors &#187; de souvenirs &#233;mer veillent Augustin. Ce qui est fascinant selon lui dans l'acte de se souvenir, c'est que l'esprit cherche et anticipe ce qu'il connait d&#233;j&#224;. Se rem&#233;morer, c'est &#224; la fois chercher &#224; com bler un manque (l'oubli) tout en sachant malgr&#233; tout d&#233;j&#224;, en quelque sorte, ce qu'on cherche, paradoxe longuement examin&#233; par Platon (M&#233;non). Augustin y voit, comme son pr&#233;d&#233;cesseur, le mod&#232;le de toute connaissance : connaitre, c'est reconnaitre et donc se souvenir. L'examen de la m&#233;moire fait apparaitre la nature de l'&#226;me : celle-ci attend le futur, est attentive au pr&#233;sent et se sou vient du pass&#233; (citation 2).- 13 Le temps L'examen de la m&#233;moire montre ainsi que l'&#226;me entretient un rapport &#233;troit au temps. Aussi, comme le souligne le philosophe, notre notion du temps semble-t-elle aussi &#233;vidente qu'insaisissable : intuitivement, tout le monde sait ce que c'est, mais personne ne semble capable de le d&#233;finir (citation 3). Quel est l'&#234;tre du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Pass&#233;, il n'est plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Futur, il n'est pas encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Pr&#233;sent, il n'est qu'&#171; un point &#233;vanescent &#187; qui fuit dans le pass&#233;, qui disparait d&#232;s l'instant o&#249; il apparait. Quelle est donc la r&#233;alit&#233; de ces trois dimensions ? Celle que notre &#226;me leur pr&#234;te :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; le pass&#233; n'est que dans l'&#226;me qui se souvient ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; le futur, dans l'&#226;me qui l'attend ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; le pr&#233;sent, dans l'attention qu'elle lui porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le temps n'a de r&#233;alit&#233; que dans l'&#226;me qui le pense, dans la conscience de l'homme, seule capable d'interagir avec lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pass&#233; et le futur ne sont que des re pr&#233;sentations pr&#233;sentes de l'esprit : trois temps coexistent en nous (pass&#233;, pr&#233;sent et futur). Contrairement &#224; ce que pensent Platon ou Aristote, il n'a donc rien d'objectif, d'ex t&#233;rieur &#224; nous. Le temps, c'est l'exp&#233;rience d'une dur&#233;e, une distension de l'&#226;me, donc une r&#233;alit&#233; subjective (citation 4). L'&#233;ternit&#233; Toutefois, le temps, cet &#233;coulement du devenir, n'a pas - 14 la perfection de l'immobile &#233;ternit&#233;, toujours identique &#224; elle-m&#234;me. Ainsi, Augustin oppose le temps humain &#224; l'&#233;ternit&#233; de Dieu, qui se situe hors du temps. En effet, celui-ci a cr&#233;&#233; le monde et le temps de mani&#232;re simultan&#233;e, ce qui signifie qu'on ne peut concevoir un temps en dehors de la cr&#233;ation. Cependant, le temps humain n'est pas, comme pour Platon, la regrettable d&#233;gradation d'une &#233;ternit&#233; perdue, mais une distension qui ouvre &#224; l'homme la possibilit&#233; de cheminer vers Dieu. D&#232;s lors, le temps est passage : en passant, il offre &#224; l'homme un passage vers l'&#234;tre en qui rien ne s'&#233;coule et o&#249; le temps se fige en &#233;ternit&#233;. Rentrer en soi-m&#234;me, c'est donc faire l'exp&#233;rience surnatu relle d'une ouverture vers un Autre que soi. Hors de nous, nous d&#233;couvrons l'ext&#233;riorit&#233; relative du monde sensible, au-dedans de nous, nous d&#233;couvrons l'ext&#233;riorit&#233; abso lue de Dieu. L'int&#233;riorit&#233; n'est pas ferm&#233;e sur elle-m&#234;me, elle donne acc&#232;s &#224; la v&#233;ritable ext&#233;riorit&#233; (citation 5). Toutefois, Augustin maintient fermement l'&#233;cart et la dis sym&#233;trie entre l'homme et Dieu, ce qui lui permet de penser la libert&#233; et le mal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LIBERT&#201; ET LA GR&#194;CE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question du mal et du p&#233;ch&#233; Si Dieu est tout puissant et parfaitement bon, comment expliquer l'existence du mal ? Face &#224; cette redoutable question qui passionne et inqui&#232;te toute la th&#233;ologie chr&#233;tienne, Augustin &#233;pouse un temps la position des - 15 manich&#233;ens. En posant l'existence d'une divinit&#233; du mal distincte et ind&#233;pendante du Dieu bon des &#201;critures, on par vient &#224; dissiper le myst&#232;re. Mais le philosophe abandonne bient&#244;t cette interpr&#233;tation insatisfaisante. Car Dieu est un, tout-puissant et bon. Par cons&#233;quent, l'origine du mal est dans la seule volont&#233; de l'homme, suffisamment libre pour errer et commettre le p&#233;ch&#233;. Les tentations sont innombrables et la volont&#233; est faible. Assaillie de toutes parts, elle se laisse ais&#233;ment corrompre. Le c&#233;l&#232;bre &#233;pisode du vol des poires que relate Augustin dans ses Confessions constitue &#224; cet &#233;gard une analyse exemplaire de la conscience fautive. Dieu a cr&#233;&#233; l'homme libre. Mais Augustin ne l'entend pas comme les p&#233;lagiens : selon lui, le p&#233;ch&#233; d'Adam a corrompu notre libre arbitre, soit notre capacit&#233; &#224; choisir en toute ind&#233;pendance, d&#233;gag&#233;e de toute contrainte. Sans l'aide de Dieu, sans la faveur de sa gr&#226;ce, l'homme n'a pas la force de choisir le bien. Par ailleurs, quoi que nous fassions pour tenter de gagner cette gr&#226;ce, Dieu reste parfaitement maitre de la dispenser comme bon lui semble parmi les hommes. Ses voies restent &#224; cet &#233;gard imp&#233;n&#233;trables et sa souverainet&#233; absolue. Seuls quelques &#233;lus b&#233;n&#233;ficient d'une pr&#233;destination au salut : autrement dit, seuls quelques-uns sont pr&#233;destin&#233;s de toute &#233;ternit&#233; &#224; recevoir la gr&#226;ce divine. L'analyse augustinienne du mal et du p&#233;ch&#233; permet de r&#233;soudre les contradictions qui d&#233;chiraient les penseurs chr&#233;tiens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la bont&#233; et la toute-puissance de Dieu sont pr&#233;serv&#233;es ;- 16 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; la libert&#233; humaine et la pr&#233;destination divine sont accord&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux cit&#233;s De l'&#233;lucidation de la libert&#233; humaine au regard du mal et du p&#233;ch&#233; r&#233;sulte une conception de la politique qu'Augustin pr&#233;cise dans La Cit&#233; de Dieu. Ce qui est vrai de l'individu l'est de la communaut&#233; toute enti&#232;re : il n'est point de justice dans la cit&#233; des hommes sans le secours de Dieu et la soumission &#224; ses saints d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le sens de la parole du Christ : &#171; Mon royaume n'est pas de ce monde. &#187; (&#201;p&#238;tre de Jean, 18.33-37) Coexistent ainsi dans l'histoire deux cit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; la cit&#233; terrestre, d'une part, qui ne connait que l'ob&#233;is sance aux lois humaines et o&#249; r&#232;gne l'amour de soi, voire le m&#233;pris de Dieu ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; la cit&#233; c&#233;leste, d'autre part, qui ne connait que le com mandement de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tourn&#233; vers le Christ, son seul roi, le citoyen y cultive l'amour de Dieu, au point de se m&#233;priser lui-m&#234;me. C'est ce qui d&#233;finit chez Augustin l'amour de charit&#233;, c'est-&#224;-dire l'amour parfaitement d&#233;sint&#233;ress&#233; du prochain et de Dieu (citation 6). C'est la communaut&#233; des Justes par-del&#224; les fronti&#232;res. Exil&#233;e sur la terre, cette cit&#233; ne se s&#233;parera de la cit&#233; terrestre et ne prendra toute sa mesure qu'apr&#232;s la mort du fid&#232;le et son entr&#233;e dans le royaume de Dieu. Tandis que le bonheur ici-bas apparait instable et illusoire, la vie au royaume de Dieu est synonyme de b&#233;atitude - 17 &#233;ternelle. Ainsi, selon Augustin, l'existence terrestre ne peut jamais &#234;tre heureuse et il faut attendre la vie future pour connaitre le vrai bonheur. En cons&#233;quence, l'histoire acquiert d&#233;sormais un sens : elle est porteuse d'une esp&#233; rance, celle du salut dans la s&#233;paration de l'&#226;me avec la chair et de la cit&#233; c&#233;leste avec la Terre&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA FOI ET LA RAISON &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le maitre int&#233;rieur Philosopher, pour Augustin, consiste en un effort d'&#233;lucida tion du sens de la vie humaine illumin&#233; par la foi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; le cheminement int&#233;rieur qui nous conduit pas &#224; pas vers la sagesse franchit d'abord l'obstacle du d&#233;sir sensible ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; puis, se tournant vers elle-m&#234;me, l'&#226;me se comprend comme m&#233;moire et enfin comme &#171; intellection &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car pour qu'il y ait m&#233;moire, il faut qu'existe un &#234;tre qui se rem&#233;more. Cet acte d'attention par lequel nous saisis sons soudain que nous sommes un &#234;tre pensant, c'est l&#224; ce qu'Augustin appelle intellection. Mais, contrairement &#224; ce qu'en dira plus tard Ren&#233; Descartes (1596-1650), le moi qui pense n'est pas le fondement des v&#233;rit&#233;s qu'il cherche. Seul Dieu r&#233;pond &#224; l'appel que la pens&#233;e lui lance et est source du vrai. La raison a besoin de la foi pour l'&#233;clairer (citation 7). Platon avait raison : la pens&#233;e n'est rien d'autre que le dialogue de l'&#226;me avec elle-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Augustin pr&#233;cise : ce dialogue est un rapport de l'&#226;me avec le &#171; maitre int&#233;&#8212; 18 rieur &#187; log&#233; au fond d'elle-m&#234;me, au plus intime de son &#234;tre. En lui, nous reconnaissons le Verbe de Dieu qui r&#233;sonne dans l'intimit&#233; du c&#339;ur, habit&#233; par la foi, et verse dans l'&#226;me la lumi&#232;re qui la guide. La pratique du soliloque (du dialogue int&#233;rieur) fait de la pens&#233;e un v&#233;ritable exercice spirituel. Connaitre, c'est sortir de l'oubli de Dieu o&#249; le p&#233;ch&#233; nous a plong&#233;, en retrouvant la trace de Dieu en nous. Plus simplement, connaitre, c'est se ressouvenir. La &#171; pr&#233;c&#233;dence &#187; de la foi La pens&#233;e est donc tout sauf un exercice solitaire ferm&#233; sur lui-m&#234;me. Penser, c'est au contraire faire l'exp&#233;rience qu'il y a au fond de nous un &#234;tre qui nous d&#233;passe infiniment et dont on d&#233;pend absolument. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, l'exercice de la raison humaine est st&#233;rile et or gueilleux quand il refuse de s'appuyer sur la foi. Qu'est-ce en effet que la raison sans la foi ? Rien de plus qu'une facult&#233; de former &#224; l'aveuglette des raisonnements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi serait-ce trop accorder &#224; notre faible raison que d'en faire l'instru ment exclusif de la connaissance. C'est &#224; la foi de chercher Dieu et de recueillir son message annonc&#233; par le Christ. Il ne faut donc pas s'en tenir, comme le crurent les philosophes pa&#239;ens, &#224; la raison, mais interroger la raison de la raison. Or, la raison d'&#234;tre de la raison, ce qui lui donne son &#234;tre, son sens et sa valeur, c'est la foi qu'elle a pour t&#226;che de m&#233;diter inlassablement afin d'en d&#233;gager le sens, non de se substituer &#224; elle. La philosophie ne devient amour de la sagesse que lorsqu'elle d&#233;passe l'amour de soi d'une raison qui n'a d'yeux que pour elle-m&#234;me et qui oublie l'&#202;tre - 19 transcendant en qui elle r&#233;side.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;BON &#192; SAVOIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foi d&#233;signe le rapport subjectif de confiance (en latin fides) qui lie le fid&#232;le &#224; une ou plusieurs divinit&#233;s. Avec Augustin, on la distingue de la simple croyance en ceci qu'elle ne s'appuie sur aucune raison : elle est une adh&#233;sion inconditionnelle &#224; un contenu de pens&#233;e r&#233;v&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Eric Fourcassier&lt;br class='autobr' /&gt;
Comprendre la philosophie&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit philosophe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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