Lalla Fadhma N’Soumer : biographie complète d’une héroïne algérienne Grandes figures historiques jeudi 12 mars 2026 Grande figure historique de la résistance kabyle à la conquête française, Fadhma [1] Soumer, née aux environs de 1830, appartient à la lignée du marabout Ahmed ou Méziane [2] du village de Ouerdja situé : sur la route menant de Aïn El-Hammam , (ex-Michelet) vers le col de Tirourda, au cœur du Djurdjura. Ce village est assez éloigné de Soumeur qui se trouve sur la même route. Soumer devient le patronyme [3] de Fadhma Si Ahmed ou Meziane après la résistance qu’elle y a conduite face aux troupes françaises en 1857. Ayant choisi la « voie de Dieu », Fadhma n Soumer s’impose progressivement dans le monde de la médiation et de la concertation politico-religieuses jusque-là réservées aux hommes. Forte du poids de sa lignée, elle exerce une grande influence sur la société. L’expression Lalla n Werÿa, nom par lequel est également désignée Fadhma n Soumer, est attribuée dans la tradition kabyle à toute jeune fille qui refuse de se résigner aux us et coutumes. Elle est étendue à toute attitude féminine qui privilégie la réflexion sur les ; tâches manuelles auxquelles la femme est : traditionnellement destinée. En 1849, Fadhma n Soumer entre dans la résistance et se rallie à Si Mohammed El Hachemi, un marabout qui avait participé À l’insurrection de Bou-Maaza dans le Dahra [4] en 1847, Il avait réussi à s’évader de prison en France et à regagner la Kabylie qui était en plein combat. L’alliance entre les deux jeunes marabouts implante la résistance armée dans les montagnes pour une dizaine d’années, L’occupation des plaines, entraînant la chute des familles de grands propriétaires terriens, jusque-là détentrices du pouvoir, avait projeté les marabouts sur la scène politique. Ces chefs religieux mobilisent les populations pour le combat au nom de la patrie. Pour Ch. A. Julien (1964, p. 202) : « Ces mahdi, sauveurs du peuple, représentent désormais la lutte intégrale contre l’envahisseur avec l’appui des confréries.… Il ne s’agit pas d’une application de la loi religieuse mais de manifestations où le patriotisme prend une forme mystique... Il est caractéristique « à la propagande des mahdi réussit surtout parmi les populations montagnardes, qui ne sont pas les plus religieuses mais les plus farouchement attachées à leur sol natal. » En 1850, Fadhma n Soumer soutient le soulèvement de Bou Beghla, venu de la Kabylie des Babors. L’assemblée Soumer, tajmaat, délègue Lalla Fadhma et son frère Sidi Tahar pour diriger les Imsebblen [5] venus de nombreuses tribus de la Kabylie du Djurdjura tels que les Aït-Itsouregh, Illilten, Aït-Iraten, [lulen-Umalu… Fadhma n’Soumer et boubaghla Chérif Boubaghla and Lalla Fatma n’Soumer, by Félix Philippoteaux La première bataille se déroule à Tazrouts ( près de Aïn El Hammam), elle dure deux mois (juin juillet 1854). Les troupes françaises se retirent ; Soumer et les villages environnants sont toujours indépendants, En 1857, les troupes du maréchal Randon réussissent à occuper les Aït-Iraten à la suite de la bataille d’Icherriden [6] qui mobilisa toute la Kabylie du Djurdjura. Fadhma n Soumer forme un noyau de résistance dans le hameau Takhlijt Aït-Aatsou, près de Tirourda. Le 11 juillet 1857, Fadhma n Soumer est arrêtée par le général Yusuf. Elle est conduite au camp du maréchal Randon à Tamesguida [7]. L’arrivée de l’armée coloniale en ce lieu saint ( Tamesgida signifie en berbère « mosquée ») qui veille sur le pays a fait dire à un sage et saint homme de la région, le cheikh Mohand ou Lhocine [8] , contemporain de l’occupation : Tamurt tenza, fkan fellas afus ssellah, « Le pays est vendu, ses saints l’ont abandonné [livré aux étrangers]. » Éloignée des siens, Fadhma est emprisonnée dans la zaouia des Beni Slimane à Tablat, entre Médéa et Aumale (Sour E lGhozlane), où elle décède à l’âge de trente et un ans, sa tombe demeura longtemps un lieu de pèlerinage pour les habitants de la région. En transférant les restes de sa dépouille au carré des martyrs de la Révolution à Alger, les autorités algériennes ont reconnu à Fadhma n Soumer le statut de résistante nationale [9] en 1995. Notes [1] Différente de celle couramment utilisée (Fatma ou Fatima), l’orthographe choisie est plus proche de la prononciation kabyle du nom. [2] Citant El-Wartilani, a Rihla (1740), Feredj (1979) confirme la présence du marabout (membre d’un rh, cercle fortifié, constituant l’établissement de formation de soldats prédicateurs), au XVIIe siècle dans Le village. Notons que la confrérie Rahmania, à laquelle étaient affiliés la majorité des marabouts de la Kabylie, a été fondée en Kabylie vers 1715. Cette confrérie a marqué l’histoire politique de la Kabylie depuis l’insurrection armée de 1871 qu’elle a organisée avec les Mokrani. [3] Comme Bir El-Kahina (le puits de la Kahina) qui perpétue dans les Aurès le nom de la reine berbère qui a résisté à la conquête arabe, la toponymie vient une fois de plus combler dans la société de culture orale la rareté, voire l’absence de sources écrites locales. La référence au lieu incite à une retransmission de l’histoire même si les faits sont incomplets et souvent déformés. [4] Zone montagneuse à l’ouest d’Alger, au nord de la vallée du Cheliff, Mohammed Ben Abdellah, dit Bou Maaza, y engagea, dès l’âge de vingt ans, une résistance armée en 1845 aux troupes de Bugeaud. [5] Sing. imsebbel : « volontaire de la mort », qui se sacrifie pour le pays. L’armée des imsebblen se constitue uniquement lorsqu’il s’agit de défendre le pays contre une occupation étrangère. Il n’y a pas d’imsebblen dans les conflits entre tribus. Cf. Ageron, 1968, t. I, p. 12 et Robin (n.d.), p. 426. [6] Mont au sud-est de Fort-National, en direction d’Aïn El-Hammam, où eut lieu la bataille qui permit l’occupation de la Kabylie en 1857. [7] Pic surplombant la confédération d’Iferhounen. [8] Sur cette personnalité de la culture kabyle, voir Mammeri : Cheikh Mohand a dit, Alger, CERAM, 1989. [9] Cette reconnaissance officielle très tardive n’a-t-elle pas été imposée par les mouvements de luttes féminines qui marquent de plus en plus la vie politique algérienne ? Voir la source Source de l'article M. Benbrahim Hommes et femmes de Kabylie Qui êtes-vous ? Veuillez laisser ce champ vide : Votre nom Votre adresse email Votre message Titre (obligatoire) Texte de votre message (obligatoire) Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Veuillez laisser ce champ vide : Commentaires