Massinissa ou « Le Seigneur des « Seigneurs [1] . Il eut trois enfants, Micipsa, Mastanabal et Gulussa et cinq petits-enfants : Adherbal, Hiempsal 1er, Gauda et Massiva. Le grand Aguellid fut enterré dans sa capitale, Cirta à El-Khroub (actuelle Constantine). Fils du roi Gaïa (Gaya) et petit-fils de Zelalsan. Il teint tête à Rome et réussit à unifier la Numidie dont il fut le premier Aguellid après l’unification des Numidie orientale et occidentale. Ce fut cette unification qui inquiéta Rome qui tenait à ce que le pays berbère soit le plus morcelé possible.

Le règne de Massinissa (201-148 av. J.C) coïncide avec la troisième guerre punique (201-146 av. J.C) qu’on pourrait appeler le dernier sursaut et la chute de Carthage, fondée sur un bourg berbère en 814-813 avant notre ère par les Phéniciens. Ce peuple de la mer était originaire de l’Orient. Ils firent une halte de plusieurs siècles en Afrique du Nord. Au début de leur installation, les Carthaginois devaient payer aux autochtones Amazighs un tribut annuel pour le loyer du sol qu’ils occupaient. Quand les Orientaux phéniciens ont fini de bâtir Carthage et de se constituer un large domaine, ils furent confortés par l’augmentation notable de leur population, Carthage s’affirma alors comme puissance souveraine et décida de s’affranchir du tribut jusque-là versé à l’aguellid amazigh Massinissa. Ce dernier commença alors à l’émietter avec la ferme intention de l’abattre. Carthage porta l’affaire devant le Sénat romain en promettant de verser la totalité de sa dette de guerre. Pendant ce temps, Massinissa multipliait les expéditions pour enlever aux Carthaginois une ville, une place ou un territoire plus conséquent. En 150, exaspérée par la volonté de Massinissa de récupérer lambeau par lambeau la terre de ses ancêtres, Carthage réunit une armée de près de cent mille hommes pour lui faire entendre raison. Mais, Massinissa, alors âgé de quatre-vingt-huit ans, sortit vainqueur de cette grande et violente confrontation.

Après que la ville ait été conquise rue par rue et maison par maison, les habitants préférèrent se livrer aux vainqueurs. Carthage sera rasée. Carthage détruite, les Romains vont-ils se retirer de cette terre amazighe d’Afrique d’où ne pouvait désormais venir aucune menace ? Le Sénat romain en décida autrement. Le territoire accaparé par Carthage fut décrété « Province romaine ». Dès lors, les Romains prendront définitivement pied en Afrique du Nord (Tamazgha), où ils resteront, malgré les révoltes et les insurrections, six cents ans. Face à « l’impérialisme romain » (Ch. A. Julien), Massinissa utilisait subtilement et avec un art consommé l’immunité de fait – la terre appartenait à ses ancêtres – qui lui permettait de chasser l’envahisseur punique du sol berbère. Cela n’empêcha point l’aguellid de développer dans son royaume tout ce qui touchait à la civilisation punique. Depuis l’époque de Syphax, Cirta, la capitale berbère, devint une ville importante ouverte sur l’extérieur. Des historiens affirment que Massinissa était très attaché à la civilisation punique. Les villes qu’il créait étaient administrées comme Carthage par des magistrats appelés Suffètes ; titre qui correspondait au Majoral (Mezwer) kabyle.

Qu’il y’ait eu coïncidence entre les deux cultures politiques, c’était fort possible ; mais, de là à affirmer que le « suffète » avait donné naissance au « Mezwer » berbère, c’est ignorer que ce titre, ou son équivalent plus ancien « Admu », avait déjà cours dans les institutions Amazighs bien avant l’occupation de Carthage d’une partie du territoire berbère. C’est le moment que saisit le grand Aguellid Massinissa pour unifier son royaume. Massinissa transforma avec énergie, nous dit Julien, les nomades en d’ardents agriculteurs. Énergie impulsée à sa capitale, Cirta, admirable plate-forme défendue par des ravins abrupts, mais en relation assez aisée avec les ports et les grandes cités de Numidie. Après la chute de Carthage (146 av. J.C), c’était Micipsa, fils de Massinissa, qui régna pendant trente ans (148-118). La paix revenue, il permit à de nombreux artisans puniques de s’installer dans les villes de l’intérieur. Il protégea également les prêtres qui favorisèrent la culture libyco-phénicienne, pendant que la culture hellénique se répandait également dans le royaume berbère. Ils furent sans aucun doute à l’origine des inscriptions bilingues libyco-puniques du mausolée où serait enterré Massinissa.

Outre l’extension du commerce et de l’agriculture, Massinissa aurait également contribué à la naissance et au développement de l’écriture libyque en s’inspirant de l’héritage de son grand-père Hiempsal 1er que les historiens ont décrit comme étant un grand érudit [2]. Des inscriptions auraient été découvertes une dizaine d’années après sa mort. Massinissa fit de la langue amazighe, qu’il développa, langue officielle et nationale de son royaume. Il entreprit un développement qui étonna plus d’un observateur : lors des famines qui frappèrent ses voisins grecs, il leur porta secours en remplissant ses bateaux d’orge et de blé. Selon Tite-Live [3] , « Massinissa proclamait que l’Afrique devait appartenir aux Africains », ce qu’il tenta de réaliser en étendant ses États de la Maurétanie à la Cyrénaïque [4] .

Selon Strabon [5], Massinissa aurait contribué au développement d’une agriculture berbère. Sous son règne, les paysans se groupèrent dans des bourgs fortifiés. Sans doute, la réalité a-t-elle été « moins romaine » et « moins phénicienne » qu’ont voulu la mettre en avant certains historiens. Car, selon d’autres, les paysans Amazighs se seraient regroupés selon leurs coutumes anciennes avec leurs magistrats élus (Mezwers) qui, vus de l’extérieur, pouvaient être assimilés aux Shoffetim des villes puniques. S’il s’agissait vraiment d’un emprunt, comme d’aucuns l’avancent, on aurait probablement retrouvé quelque racine qui nous aurait conduits vers ces Shoffetim. Or, selon Georges Marçais, c’est le terme de Mezwar – Amezwaru – qui est attesté depuis la plus haute antiquité [6] . Aucune trace donc du lexème punique chez les Amazighs, pourtant curieux de ce genre d’emprunt ! Mais, libérée des Phéniciens, l’Afrique du Nord ne faisait que changer de maître : Rome veillait jalousement sur « son butin ».

Au lendemain de la mort de Massinissa qui libéra son pays de Carthage, Rome n’attendait que l’occasion s’y prête pour reprendre d’une main de fer la terre berbère. Une commission de dix sénateurs décide la création de Africa Romana dont le gouvernement fut confié à un haut dignitaire romain. Le royaume de Massinissa, qui avait contribué à la victoire de Rome sur Carthage, devint soudain pour le général romain Scipion Emilien une menace pour Rome. Dès lors, le royaume de Massinissa fut divisé entre ses trois fils légitimes. L’aîné, Micipsa, reçut l’administration de la capitale Cirta ; Gulussa eut le commandement de l’armée et Mastanabal les pouvoirs judiciaires. Quand la mort de ses frères eut laissé le pouvoir à Micipsa, il servit fidèlement Rome à laquelle il fournissait du blé, des soldats et des éléphants. À l’intérieur, il poursuivit pendant trente ans la politique de son père, Massinissa, pendant trente ans. « Le roi des rois » Massinissa (Masensen) mourut sans avoir achevé son œuvre : unifier toutes les fédérations Amazighs et arracher toutes les terres de ses ancêtres aux envahisseurs étrangers. Avait-il inventé un alphabet de 23 lettres, utilisé de son vivant ou simplement utilisé l’écriture libyque verticale obtenue de Syphax, lequel l’aurait également héritée de Hiempsal [7] ?

Les historiens sont d’avis divers et divergents sur la question ; mais ils sont unanimes quant à la grandeur de l’aguellid. Mais, Rome et ses empereurs veillaient sur le pays berbère, « son grenier à blé ». Dominant le monde, elle multipliera les opérations militaires sur toute l’étendue du pays amazigh. Ses généraux attendaient patiemment la mort du grand Aguellid berbère pour imposer l’ordre impérialiste le plus redoutable et le plus criminel que la terre berbère avait connu jusque-là. Quand la mort happa le grand Aguellid
amazigh, les forces romaines s’abattirent avec forces et armes sur l’Afrique du Nord [8]. Les autochtones amazighs trembleront d’horreur et d’effroi pendant de nombreux siècles encore. Et Massinissa l’Africain n’était plus là pour veiller sur son peuple et sa terre.« Quelques cendres seulement, mais qui sont peut-être, si l’on tient compte de l’époque, du site, de l’architecture et de la pratique de l’incinération, celles de Masinissa dont le tombeau aurait dominé sa capitale, Cirta (Constantine), et rappelé à ses successeurs l’exemple du grand aguellid [9] ».

La race berbère donnera encore des partisans qui continueront le combat contre la puissance dévastatrice qu’était Rome. Jugurtha sera parmi les plus grands. Inoubliable sera son combat et éternel sera son nom.

Notes

[1Prenons le risque de l’anachronisme : Est-il besoin de rappeler que cela n’a absolument rien à voir avec « Cheikh-El-Chouyoukh » qu’un ahuri veut nous imposer comme un constat absolu, emporté par un mépris et un racisme dont seule la réification expliquerait la profondeur ! Ces
ahuris cherchent à cacher leurs origines en déversant, sans discernement ni raison, leur haine
du Kabyle autochtone. Mon grand-père disait à leur propos : « Ils sont comme des araignées :
ils piquent en avant et en arrière avant de lâcher leur venin ! »] » » (Mass-nsen) est né en 238 av. J.-C et mort en 148 av. J.-C vers l’âge de 95 ans. Il épousa la belle Sophonisbe déjà mariée à Syphax [[La tragédie de la belle Sophonisbe, fille du suffète carthaginois Hannon, mariée à Syphax puis épousée par Massinissa à la prise de Cirta, a été portée à la scène près d’une dizaine de fois, entre autres par Corneille et par Voltaire.

[2Titus Livius, Nouvelle histoire romaine, op. cit.

[3Tite-Live – Titus Livius - historien et auteur de l’histoire de Rome.

[4Maurétanie et le Maroc actuel ; la Cyrénaïque, province libyenne dont la capitale actuelle est Benghazi. Les Berbères de Libye l’appelaient « La cité côtière » (Taqernayt).

[5Géographe et historien grec né vers 63 av. J.-C. à Amasya (Turquie actuelle) et
décédé en 23 ap. J.-C. dans la même ville.

[664 Cf. La Berbérie musulmane et l’Orient au Moyen-âge, op. cit.

[7La tragédie de la belle Sophonisbe, fille du suffète carthaginois Hannon, mariée à Syphax
puis épousée par Massinissa à la prise de Cirta, a été portée à la scène près d’une dizaine de
fois, entre autres par Corneille et par Voltaire.

[8Louis Victor Cagnat, L’Armée romaine d’Afrique et l’occupation militaire de l’Afrique sous les empereurs, réédition Arno Press, 1975

[9Ch.-A. Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, ibidem

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