Goethe et l’Orient Histoire samedi 18 octobre 2025 Hormis quelques relations de voyages, nous savons peu du lien que les Allemands entretiennent avec la culture et la civilisation arabo-musulmanes. Je ne compte pas les différentes guerres impériales entre la Turquie ottomane et l’Empire austro-hongrois, qui ont donné lieu à de nombreux récits de bataille. Bien sûr, il y eut quelques missions menées par des diplomates, des messagers, des hommes du monde. Au XIX e siècle, Mehren, un arabisant d’origine allemande, a même découvert une correspondance entre le philosophe soufi* Ibn Sab’in Abd al-Haqq et l’empereur Frédéric II Hohenstaufen, mais leurs échanges sont demeurés lapidaires et sans suivi. Aux XVIII e et XIX e siècles, des relations plus ténues semblent se nouer. Dans son Divan occidental-oriental, Westöstlicher Diwan, Johann Wolfgang von Goethe (1749- 1832) tente de s’affranchir de toutes les inhibitions liées à l’histoire mouvementée de ces deux civilisations, guerres comprises, pour se mesurer au Diwan* du poète persan Hafiz, mort en 1389 mais dont la traduction allemande venait tout juste de paraître (1813-1814). Goethe était attiré depuis longtemps par l’Orient et il avait consacré au Prophète un poème quelques années plus tôt (1773). Dans ce recueil poétique, celui qui « domina la littérature allemande pendant un demi-siècle » (dixit Napoléon) voulait traduire la renaissance sensorielle et le rajeunissement physique et spirituel d’un homme déjà mûr – Goethe avait alors 70 ans – épris de passion pour Marianne von Willemer. Conçu comme le voyage poétique d’un Occidental en Orient, un peu à la manière des Lettres persanes mais à l’inverse, son Divan occidental-oriental, écrit en 1819, est, selon les propres termes de Goethe, une « seconde puberté », tandis que Heinrich Heine, son contemporain, prétendait qu’il était « la chaleur du sein de l’Orient » que l’Occident recherche car il est dégoûté de sa faible et froide spiritualité. Il faut dire que la rédaction de l’œuvre, qui correspondait aussi à un retour du poète aux sources de son enfance en Rhénanie, transcende le cycle ordinaire de la passion pour s’élever à un niveau d’universalité que n’ont pas les autres écrits de Goethe : « Fuis donc vers le pur Orient/Goûter à l’air des patriaches. » L’un des aspects de cette universalité du Divan de Goethe fut sa continuité dans le temps. En effet, le Punjabi Mohammed Iqbal (1873-1938), grand réformateur de l’islam, a écrit une suite persane au dialogue que Goethe avait imaginé avec Hafiz. Cette suite s’appelle Message de l’Orient (Payam-i-Mashriq). Il s’agit d’un long poème qui vise à redonner à l’homme tout le prestige dont il a été trop souvent dépossédé. Ne fais pas de fête sur le rivage Où se meurt doucement la mélodie de la vie : Plonge dans la mer, lutte avec les vagues ; L’immortalité est le prix d’un combat (Iqbal). Et puisque j’ai évoqué la culture allemande, on ne sait pas grand-chose non plus des liens entre l’Autriche et le monde arabe, hormis évidemment l’intérêt que Sigmund Freud (1856-1939) manifeste pour l’Orient, encore que la civilisation pharaonique l’ait bien plus inspiré que l’islam ou le monde arabe. Voir la source Source de l'article Malek Chebel Dictionnaire amoureux de l’Islam. Qui êtes-vous ? Votre nom Votre adresse email Votre message Titre (obligatoire) Texte de votre message (obligatoire) Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Veuillez laisser ce champ vide : Veuillez laisser ce champ vide : Commentaires