Installée en Irak avec Badgad pour capitale, la dynastie abbasside s’appuya sur les Iraniens qui jouèrent le principal rôle dans l’administration, tels les Barmékides, célèbres vizirs des califes. Ces derniers, se posant en restaurateurs de la Tradition offensée par les usurpateurs omayyades, prétendirent réunir en leur personne, plus étroitement que leurs prédécesseurs, pouvoirs temporel et spirituel.

En fait, loin de revenir aux habitudes primitives, ils ne firent qu’accroître le cérémonial aulique inauguré déjà par les califes de Damas, et se dérobèrent encore davantage à la vue de la foule. L’appareil administratif fut renforcé, et la succession du calife assurée en principe par la désignation de son vivant d’un héritier présomptif choisi parmi ses fils ; mais intrigues et séditions n’étaient pas sans mettre en péril la stabilité d’un pouvoir qui connut alors son âge d’or. Sous les califes Hâroun al-Rachîd (786-809), dont les relations avec Charlemagne sont difficiles à définir, et al-Mamoun (813-833), Bagdad fut le foyer d’une activité intellectuelle intense, à laquelle participaient Arabes d’origine et Iraniens convertis ; c’était le plein essor de la civilisation citadine préparée par l’époque omayyade : progrès des sciences religieuses, ampleur des discussions théologiques, formation de la prose, renouvellement des thèmes poétiques, introduction des sciences profanes empruntées à l’Inde ou à la Grèce.

Cet épanouissement s’accompagnait d’une vie économique fort active : agriculture et artisanats prospères, exportation de soieries, tapis, étoffes brodées (tirâz, produits des seules manufactures d’État), fabrication du papier de chiffons (invention chinoise) à Bagdad et Samarkand, trafic commercial important avec l’Extrême-Occident et l’Extrême-Orient. Mais dès le milieu du ixe siècle commença la décadence, due à des raisons tant intérieures qu’extérieures. Parmi les premières : prépondérance des mercenaires turcs de la garde califienne et de leur chef, « émir des émirs » et véritable maire du palais, – agitation kharijite, révoltes alides dans le Hedjaz en 762, 786 (massacre de Fakhkh), 814 (extension du mouvement en Irak) –, déséquilibre social dû au brusque essor économique engendrant la misère des basses classes, que séduira le programme social des sectes chiites extrémistes, et expliquant des troubles successifs. Entre 877 et 883 se soulèvent des esclaves noirs du Bas-Irak (Zanj), qui, sous la direction d’un prétendu alide, s’emparent de Bassorah ; puis de 901 à 906 la Syrie et l’Irak sont ravagés par des bandes dites « qarmates », en réalité ismaéliennes ; enfin le soulèvement populaire d’ouvriers et de paysans fomenté par Hamdân Qarmat aboutit à la constitution de l’État du Bahraïn, dirigé successivement par Abou Sa‘îd qui réussit à s’emparer de Bassorah et d’al-Koufa (913), puis par Abou Tâhir qui pilla la Mekke (929) et fut près de prendre Bagdad. Les causes extérieures tiennent à la dislocation de l’empire dont se détachent peu à peu les provinces extrêmes, qu’elles restent ou non liées nominalement au califat de Bagdad. En Occident : indépendance de l’émirat andalou fondé en 756, – apparition au Maghreb de royaumes pratiquement autonomes, Rostemide au centre (761-907), Idriside au Maroc, fondé par un alide, Idrîs, seul rescapé du massacre de Fakhkh (788-828), Aghlabide en Ifriqiya (Tunisie actuelle) (800-905).

En Orient : apparition au Khorassan de principautés iraniennes, Tâhiride (820-873), Saffâride (873-902), puis Sâmânide (902-999), laquelle favorisa la renaissance des lettres iraniennes et, faisant appel aux mercenaires turcs, provoqua l’essor de la première dynastie turque musulmane, celle des Ghaznévides, fondée par l’un de leurs anciens officiers. Le fameux Mahmoud de Ghazna (999-1030), mécène et chef militaire, accomplit alors l’œuvre maîtresse d’étendre ses domaines à l’Inde du Nord.

Au même moment en Égypte et en Syrie : formation des principautés, Toulounide (879-905) fondée à Fostât par un esclave turc, chef militaire émancipé, puis Ikhchidide (935-969), et du royaume Hamdanide de Saïf ad-Daula (944-967) à Alep (célèbres écrivains et poètes : al-Fârâbî, al-Motannabî). Enfin le califat lui-même était tombé dès 945 sous la coupe d’Ahmad le Bouyide, aventurier chiite des montagnes du Daïlam en Iran, qui prétendait descendre des rois sassanides et se fit donner le titre d’« émir des émirs ». Son successeur ‘Adod al-Daula, en 977, réussit à se rendre maître d’un empire comprenant les deux tiers de l’Iran et de la Mésopotamie : s’arrogeant le vieux titre persan de châhânchâh « roi des rois », il gouverna avec justice, malgré ses convictions chiites, les sujets sunnites du calife réduit à l’impuissance. La dynastie Bouyide disparut à l’arrivée des Turcs seljoukides (1055).

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L’islam
( Dominique Sourdel )

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