L’histoire de ce psychiatre antillais, devenu l’un des maîtres à penser de l’intelligentsia noire et de tous les révolutionnaires de la planète, est digne d’un roman d’aventures. Martiniquais de naissance, Lyonnais de passage il fit dans le Rhône une partie de ses études –, et finalement Algérien d’adoption, Frantz Fanon, icône des indépendantistes du tiers-monde, est au cœur de ce mouvement historique du milieu du XXe siècle qu’on qualifia d’« anti-impérialiste » parce qu’il avait été constitué en vue de combattre toutes les puissances qui occupaient et exploitaient des pays plus faibles et les dépouillaient de leurs ressources.

En 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, Fanon s’engagea dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI). Démobilisé, il fut affecté à Blida, en Algérie, où il passa quelques années paisibles (1953-1956). C’est à l’hôpital de Blida (ex-Joinville) qu’il travailla en pionnier à l’instauration de ce qu’on appellera plus tard la psychothérapie institutionnelle, dont il fut le devancier en Algérie. Inquiété par les autorités françaises qui voyaient en lui un « inspirateur dangereux » du FLN, ayant pris fait et cause pour la révolution algérienne, Frantz Fanon fut finalement expulsé du territoire. Il rejoignit à Tunis le GPRA, Gouvernement provisoire de la République algérienne, tout en travaillant à la Manouba, l’hôpital psychiatrique de la capitale tunisienne. Sa mission était toute trouvée, il devait s’occuper des troubles mentaux des djounouds, qui revenaient en mauvais état de la frontière électrifiée, laquelle posait beaucoup de problèmes aux résistants algériens. Frantz Fanon fut très vite intégré à l’action diplomatique du GPRA en exil.

En 1960, il le représenta notamment au Mali et au Ghana avec le statut d’ambassadeur. Atteint de leucémie, il mourut à Washington le 12 décembre 1961 quelques mois seulement avant la signature des accords d’Évian. Rapatriée dans son pays d’adoption, sa dépouille fut enterrée dans un endroit inconnu à la frontière algéro-tunisienne. Mais une stèle est élevée en son honneur à Aïn el-Karma (« l’œil du figuier ») dans la wilaya de Taraf. C’est au contact de la réalité coloniale, dans ce qu’elle a de foncièrement injuste et inhumain, que Fanon construisit peu à peu sa théorie de la « dépersonnalisation » des peuples asservis.

Il milita par la plume et son engagement personnel pour la dignité des peuples autochtones, ce qui, à ses yeux signifiait, dans le cas de l’Algérie, l’indépendance pleine et entière. Quatre titres résument son œuvre : Peau noire, masques blancs (1952), Sociologie d’une révolution. L’an V de la révolution algérienne (1959) ; Les Damnés de la terre (1961) ; Pour la révolution africaine (1969). L’éditeur rassembla dans ce dernier livre posthume les opera minora de l’auteur. Son engagement fut plébiscité en Afrique, dans le monde arabe mais aussi aux Antilles, sa terre de naissance

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Commentaires

rahni ali le 2026-01-03 00:11:50

Bonjour
Plezse
Avez des podcast ?
Merci